Alexandra Camposampiero.

Du trottoir aux planches

Avec son «Complexe de l’hôtesse de l’air», Alexandra Camposampiero raconte la construction de sa féminité. Un chemin, qui interroge sur les différentes formes de soumission subies par les femmes.

«Mon ex m’a dit une fois que j’avais un petit côté hôtesse de l’air. Internationale. Souriante. Conciliante. À rigoler aux blagues. À ne pas prendre parti. À avoir toujours besoin de plaire. Un petit côté comédienne quoi.» Sauf que sous des dehors un peu lisses, Alexandra Camposampiero se révèle être une femme bien plus complexe. «Ce spectacle est un projet autobiographique dans lequel le sujet principal est la construction de mon identité féminine, explique-telle dans sa note d’intention. La vérité personnelle à laquelle je fais allusion est mon expérience professionnelle en tant que prostituée dans un salon de haut standing à Genève, où j’ai travaillé par choix pendant plusieurs mois entre 2010 et 2011.»

Une expérience réalisée en pleine conscience et en toute liberté, qui la pousse à s’interroger sur le pourquoi de la démarche. Les différentes réponses débouchent sur une confession qui parle de transgression, de satisfaction de l’autre, de soumission et d’émancipation. Pas question pour autant d’en faire une généralité. «Le complexe de l’hôtesse de l’air n’est ni un cours autour de la question de l’égalité des sexes, ni un manifeste féministe, poursuit la comédienne. Il est l’exposition d’une histoire vécue, en parlant en mon propre nom et en exposant mes questionnements intérieurs à travers l’expérience de la prostitution. Au cours de cette narration intime il y aura, je l’espère, des femmes et des hommes qui pourront se reconnaître dans les circonstances évoquées ou les attitudes assumées et qui pourront se questionner à leur tour sur les raisons qui ont permis à certaines situations de trouver place dans leur vie.»

Transition en douceur
Et si la démarche peut choquer, Alexandra, elle, n’y voit aucune honte, ni humiliation. Bien au contraire! «À travers mes différentes expériences professionnelles j’ai pu constater une similitude plus que marquante entre le métier de comédienne et le métier de prostituée», conclut-elle. «C’est d’ailleurs quand j’ai commencé à travailler de manière professionnelle en tant que comédienne que j’ai arrêté la pratique de la prostitution. Cette transition s’est faite en douceur, sans que j’aie la sensation de changer complètement de paradigme. Comparer ces deux métiers, ce n’est pas rabaisser le métier de comédienne, c’est rehausser le métier de prostituée à sa juste valeur.» Une jolie manière de faire mentir son ex, en lui prouvant que son «petit côté hôtesse de l’air» est somme toute très décomplexé…

» «Le complexe de l’hôtesse de l’air», de et avec Alexandra Camposampiero. Théâtre du Grütli; Général-Dufour 16, Genève. Du lundi 18 au jeudi 21 novembre, tous les soirs à 19h en collaboration avec le Festival Les Créatives. Plus d’infos sur grutli.ch

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