Denis Parrot au milieu des héros de «Coming Out».

«Maman, j’ai quelque chose d’important à te dire…»

Le réalisateur français Denis Parrot a compilé près d’une vingtaine de vidéos de coming out mises en ligne sur les réseaux sociaux ces dernières années par des jeunes LGBT du monde entier. Il signe un documentaire bouleversant à voir absolument.

Monteur de métier, Denis Parrot a passé deux ans à visionner plus d’un millier de vidéos de jeunes LGBT filmant leur coming out ou l’évoquant après coup. Habilement agencés, dénués de commentaires qui auraient affaibli la force du propos, ces témoignages glanés sur le web sont à la fois un concentré de courage et de fragilité exposée face à des parents pas toujours compréhensifs ou délicats dans leurs propos. Ils sont aussi motivés par un puissant altruisme à l’égard des millions de jeunes internautes homo ou trans* qui n’ont pas encore osé faire leur coming out, à qui ces vidéos sont destinées.

Comme le déclare face à sa webcam un jeune violoniste russe qui n’aurait sans doute jamais pu révéler son homosexualité à ses proches s’il était resté dans son pays: «Nous crions, nous faisons le plus de bruit possible pour que les personnes comme nous qui ont peur et ne peuvent pas être elle-mêmes sachent qu’elles ne sont pas une erreur, qu’elles ne sont pas seules.» Sorti au cinéma en France au mois de mai, ce documentaire n’a malheureusement pour l’instant pas encore été projeté en Suisse, faute de distributeur. À bon entendeur/se!

360° – Quel est le point de départ de ce film?
Denis Parrot – Je suis tombé sur une vidéo de coming out il y a deux ans dans laquelle un jeune Britannique téléphonait à sa grand-mère pour lui annoncer qu’il était homosexuel. Il n’osait pas dire un mot, tandis qu’au bout du fil elle essayait de combler le silence tant bien que mal. On le voyait se décomposer durant de longues minutes, devenir tout rouge, cela illustrait toute la difficulté de rompre ce silence. Cette vidéo m’a beaucoup touché et m’a rappelé mon adolescence, quand je me posais les mêmes questions, que je voulais annoncer à mes parents que j’étais gay et que je ne savais pas du tout comment m’y prendre.

– Comme vous le précisez au début du film, il n’y avait pas encore internet à l’époque où vous avez fait votre coming out. Est-ce qu’internet a réellement diminué le sentiment d’isolement chez les jeunes LGBT?
– La donne a changé grâce aux réseaux sociaux. Les jeunes ont maintenant beaucoup plus de facilité à communiquer, même si cela reste encore compliqué dans beaucoup de familles et que cela change énormément selon les zones géographiques. Il n’y a par exemple pas de vidéos de jeunes vivant en Russie, au Moyen-Orient ou en Afrique dans le film: j’ai eu beau chercher, je n’en ai pas trouvées. Il y a quelques années, le réalisateur Sébastien Lifshitz a fait un très beau film, Les Invisibles, qui parle de personnes âgées LGBT qui font partie d’une génération qui est restée cachée. Moi j’avais envie de faire un film sur les visibles, sur cette nouvelle génération qui arrive en disant: «Nous on n’a pas envie d’être caché.e.s, il n’y a pas de raison de l’être, nous sommes juste des êtres humains qui aimons à notre façon.»

– La façon qu’ont ces jeunes de partager ce moment très intime avec le monde entier vous a-t-elle surpris?
– Cela m’a paru très étrange au début. Je ne suis pas de cette génération, donc cela m’a beaucoup interrogé mais aussi beaucoup touché. Je trouve que ces jeunes ont un courage assez dingue de se lancer là-dedans. Ils donnent beaucoup d’espoir parce qu’ils affirment qu’il n’y a aucune honte à être lesbienne, gay, bi ou trans* et qu’il faut rompre ce silence qui pousse encore beaucoup de jeunes au suicide, même dans les pays où les lois ont progressé. Et même dans les pays comme la France, il y a encore beaucoup de jeunes qui se font virer de chez eux quand leurs parents apprennent qu’ils sont homosexuels ou trans*. Le fait qu’il y ait beaucoup de vidéos de coming out montre aussi qu’il y a encore beaucoup de discriminations. Ces jeunes en ont assez, et ils le disent très bien.

– Pour qui avez-vous fait ce documentaire?
– Je pense que ce film s’adresse aux jeunes et à leurs parents, et en priorité à leurs parents, car il y a encore beaucoup de parents, et parmi eux ceux qui se disent très ouverts d’esprit, qui ont du mal à accepter que leur propre enfant soit gay, lesbienne, bi ou trans*. Comme si c’était quelque chose qui ne pouvait concerner que les autres familles. Or chacun d’entre nous a un cousin, un frère, une sœur, une mère ou un père LGBT… Si ces parents pouvaient juste ouvrir une petite porte dans leur esprit et envisager que leur enfant pourrait aussi être LGBT, cela ouvrirait déjà pas mal les consciences. Tant que la majorité des parents penseront par défaut que leur enfant sera hétéro, les jeunes auront besoin de faire leur coming out. Si ce n’était pas le cas, les choses seraient plus simples.

– Le film a-t-il été projeté dans les collèges et les lycées en France?
– Oui, j’ai déjà montré le film plusieurs fois en milieu scolaire et les retours sont assez incroyables. Il y a déjà eu cinq coming out de jeunes lycéens et lycéennes à l’issue des projections, qui se sont exprimés devant leur classe. Il y a un grand besoin de parole chez ces jeunes, et une vraie souffrance à rester invisible.

» «Coming Out», de Denis Parrot, 63 minutes kmbofilms.com

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