The real Queen

En salles mercredi, «Bohemian Rhapsody» retrace l’incroyable destin de Freddie Mercury, le leader charismatique aux attitudes souveraines du groupe Queen. Icône du rock absolue.

Lorsqu’elle atteint des sommets, la célébrité est identifiable en un coup d’œil, voire en un mot. Les imbattables au jeu de société Time’s Up le savent bien. Une posture fière torse bombé, une moustache, une voix puissante : en l’occurrence, Freddie Mercury jaillit immédiatement à l’esprit. Emporté par une pneumonie à tout juste 45 ans le 24 novembre 1991, il avait déclaré la veille qu’il était atteint du sida. Aujourd’hui l’artiste revient sur le devant de la scène au cinéma. En salles à partir du 31 octobre, le film biographique britannico-américain réalisé par Dexter Fletcher et Bryan Singer «Bohemian Rhapsody» retrace la vie incroyable de l’inoubliable frontman du groupe Queen, avec Rami Malek dans sa peau.

De la trempe d’Elvis Presley et Jimi Hendrix – ses héros – le souvenir de Freddie Mercury est spectral, à l’image de la statue à son effigie sur les quais de Montreux, où il a vécu avec son compagnon Jim Hutton. Au-delà de sa disparition résonne à tout jamais le refrain prémonitoire du titre «The Show Must Go On». Perpétrée par les nombreux classiques du groupe, la légende du chanteur britannique se cristallise autour des hits qu’il a co-écrits et composés: «Bohemian Rhapsody», «Somebody to Love», «We Are the Champions», «A Kind of Magic».

Loin d’être exhaustive, la liste complète le catalogue pharaonique de Queen, dans lequel la complexité des compositions s’apparente à un opéra rock fantastique et les mélodies triomphantes sont autant de véritables hymnes à la vie. Signe particulier des plus grands, son empreinte est telle que l’on n’oublie pas notre tout premier instant «Freddie Mercury». A chacun·e le sien. Pour la petite histoire, après avoir méticuleusement lu un maximum sur les mécanismes de la célébrité selon Andy Warhol et appliqué ces principes pour devenir une star elle-même, une chanteuse pop au look bien trempé avait choisi Lady Gaga comme nom de scène, en clin d’œil à la chanson Radio Gaga de Queen sortie en 1984.

Des grognements rock à la coloration cristalline
Le terme «icône» aurait pu être inventé pour lui. Figure du rock inégalée, il assurait le show dans une théâtralité qui n’appartient qu’à lui. Et cette voix, unique, dont l’énergie emplissait les stades de façon extatique. Sa voix, le biographe David Bret la décrit comme «escaladant quelques gammes allant du profond, guttural grognement rock, au ténor tendre et vibrant, puis à la coloration haut-perchée, parfaite, pure et cristalline dans les hauts sommets.»

Pas moins élogieuse, la soprano catalane Montserrat Caballé, qui avait interprété «Barcelona» en duo avec lui, se souvenait: «Sa technique était impressionnante. Il chantait avec un sens du rythme incisif, glissait d’un registre à un autre sans effort. Il avait une grande musicalité. Son phrasé pouvait être subtil, délicat et doux ou énergique et claquant. Il était capable de trouver la bonne coloration, la bonne nuance expressive pour chaque mot.»

Un posterboy puant le sexe
Freddie Mercury n’aurait pas été la star qu’il a été sans son charisme féroce sur scène. Une image de posterboy puant le sexe, machine à fantasmes pour tout le monde, des petites filles à leurs grandmères, sans oublier leurs oncles coquins. Délaissant sa panoplie de rocker des seventies au passage des années 80, il remplaçait ses longs cheveux et son vernis à ongles noir par la moustache et le débardeur dévoilant un torse intense et viril. Un look sulfureux à l’esthétique très SM.

Libéré après avoir révélé son homosexualité dans une interview accordée au magazine «NME» en 1974, il faisait du parfum de scandale sa signature, maîtrisant son image publique avec la même virtuosité que ses qualités vocales. Il fut le premier à s’amuser des codes et des genres, affichant une virilité exacerbée tout à fait compatible avec l’image du travesti à l’œil aguicheur dans le clip de «I Want to Break Free». Et quand la princesse Diana avait le vague à l’âme, elle pouvait compter sur son ami pour aller se changer les idées dans les bars gay de Londres, déguisée en homme par ses bons soins pour passer incognito.

Plus forte que toutes les modes, la légende Freddie Mercury porte haut la flamme de l’optimisme et de la fureur de vivre. Comme le disait son ami Maurice Béjart : «Dans ce no man’s land où nous irons tous un jour, Freddie Mercury, j’en suis sûr, se met au piano avec Mozart». Avant de le vérifier, courons découvrir «Bohemian Rhapsody» au cinéma.

 

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