La fureur de vivre sans fourrure

Mauvais temps pour les transi·e·s de la fourrure. Rejetée comme jamais, elle se trouve à la croisée d’opinions tranchées amplifiées via les réseaux sociaux. Surtout, de nombreuses marques et designers y renoncent radicalement.

Au fil des pages de l’édition de septembre de «Vogue» Paris, on découvre un publireportage signé Wearefur.com (en français, «Nous sommes la fourrure») faisant l’éloge de la fourrure, la vraie. Morceau choisi: «Merveille de la nature: splendide et durable, éthique et exquise, la fourrure est irrésistible», le tableau de chasse est planté. Déroulons à présent le tapis des arguments cinglants en écho direct avec les préoccupations de cette ère chaotique: «En ce début de XXIe siècle, il existe une autre raison du retour en grâce de la fourrure auprès de la jeune génération: l’inquiétude grandissante pour l’avenir de la planète. La préoccupation croissante concernant l’impact des plastiques sur les océans et les sols et les conséquences de la pollution sur l’environnement renforcent plus que jamais l’importance de nos choix quant à ce que nous portons, ce que nous consommons et notre mode de vie en général.»

Oui, vous avez bien lu et non, il ne s’agit pas d’une fake news hilarante du Gorafi ou Nordpresse. En gros, selon la Fédération internationale de la fourrure, en porter équivaut à respecter l’environnement et contribuer à lutter contre la pollution. Sur Instagram, la campagne en faveur de la vraie fourrure redouble d’ardeur avec des posts qui renvoient sur des articles relatant de quelle manière les médias sociaux la poussent hors de la mode. Pas de doute, il se passe quelque chose du côté du business des peaux mortes : éternel reflet de la société, de ses péchés mignons et de ses démons, la mode évolue inconsciemment au gré des consciences. Climax. Pendant que les un.e.s ne craignent pas le ridicule en avançant une argumentation fallacieuse, de nombreux designers et marques montent aux barricades en déclarant renoncer au pelage animal de façon définitive.

«Statement fashion» fracassant!
La dernière en date n’est autre que Burberry, la marque de luxe qui a fait de l’imperméable et du tartan écossais sa signature. Profitant de l’annonce de l’arrivée de son nouveau big boss à la création, le designer superstar Riccardo Tisci qui a fait ses armes chez Givenchy, la maison anglaise a savamment construit son fashion buzz autour de la succession à Christopher Bailey après 17 ans de bons et loyaux services. Début août, la montée des marches de l’Italien ténébreux était amorcée sur Instagram mettant au grand jour ses échanges d’emails avec le graphiste britannique Peter Saville en charge du nouveau logo. Mais le véritable point d’orgue de ce battage médiatique n’est autre que la déclaration fracassante de Burberry deux semaines avant la première collection signée Tisci dévoilée pendant la semaine de la mode à Londres : sous la bannière «No Fur», la nouvelle ère initiée avec sa nouvelle recrue se fera sans fourrure.

Que les antispécistes se rassurent, ils pourront encore coller leurs stickers sur les vitrines de l’enseigne britannique pendant quelque temps, car contrairement à Stella McCartney il y a quelques années, la marque ne renonce pas au cuir pour autant. Le désamour de la pelisse dans la mode ne date pas d’hier : en rejoignant le club du marketing anti-fourrure, Burberry se hisse aux côtés de Gucci et Donatella Versace, qui affirmait tourner définitivement le dos au poil en mars 2018. Le timing est parfait : cette prise de conscience collective dans le milieu de la mode adoucit les mœurs à point nommé dans un monde qui préfère toujours et encore infliger les mauvais traitements aux animaux au profit d’une industrialisation triomphante, notamment dans le business alimentaire. Agitation générale, évolution des mentalités. Pourtant, le combat n’est pas gagné d’avance. Si certains créateurs capitulent à l’unisson, les trublions de la mode parisienne, berceau historique de la Haute couture avec un grand H, ne sont pas près de renoncer à la fourrure : tenaces et entêtés,

Karl Lagerfeld et Jean Paul Gaultier défendent passionnément son usage. Le premier, coutumier des déclarations scandaleuses et créateur des collections pour la maison romaine très fourrure Fendi depuis 1965, répète régulièrement que son recours permet aux chasseurs du Grand Nord de travailler pour gagner leur vie. Chômage ou carnage? Lagerfeld a choisi son camp. Pas certain que le dernier des Mohicans de la mode ne cautionne pareil traitement à sa célèbre chatte Choupette (photo ci-contre), affichant fièrement son pelage de sacré de Birmanie sur Instagram… Trêve de plaisanterie clownesque. «Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis»: si le proverbe dit vrai, réjouissons-nous de constater que parmi les figures iconiques de la mode, certain·e·s retrouvent la raison en découvrant que le style éthique n’a rien en toc.

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