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Du leader excentrique à la première icône LGBT

Trente ans après son assassinat, Harvey Milk reste un symbole essentiel de la communauté LGBT de San Francisco.

Harvey Milk n’avait a priori rien d’un homme politique, ni d’un symbole de la communauté LGBT. Né en 1930, élevé dans une famille juive de l’Etat de New York, le jeune Harvey, diplôme de mathématiques en poche, ambitionne d’abord d’être enseignant. Mais, au début des années 1950, les Etats-Unis mènent la Guerre de Corée et Harvey Milk rejoint alors la marine américaine. Puis, dès son retour dans la vie civile, il décroche un poste dans le domaine des assurances. Costume trois-pièces, appartement dans l’Upper West Side de Manhattan, passion pour les spectacles de Broadway, Harvey Milk est alors résolument new-yorkais. Jusqu’à son premier voyage à San Francisco au début des années 1970. Le coup de foudre est immédiat.
San Francisco, déjà connue pour son Summer of Love de 1967, incarne la légèreté. La ville abrite le Castro, le quartier de la communauté LGBT. Entre mouvement hippie, liberté sexuelle, idéalisme, San Francisco contraste avec le formalisme de la côte Est des Etats-Unis. Elle semble la ville de tous les possibles. Milk s’y installe avec son amant en 1972 et, quittant les assurances, il ouvre un petit magasin de photographie, dans le Castro.
C’est à ce moment-là seulement, dans cette cité en pleine effervescence, que l’homme est titillé par la politique. Il entreprend d’abord de défendre les intérêts des commerçants du quartier. En 1977, après plusieurs tentatives malheureuses, il est élu au «Board of Supervisors», l’équivalent du conseil municipal de la ville.

Une réussite politique
Aidée par une modification du mode de scrutin, l’élection de Harvey Milk, premier homme politique ouvertement gay, est une étape essentielle pour la communauté LGBT. «Harvey Milk incarnait l’espoir. La communauté LGBT a pu gagner en confiance, se donner une identité. Tout cela s’est matérialisé avec son élection, explique Teddy Whiterington, directeur exécutif du San Francisco Gay Men’s Chorus*.
Excentrique, ambitieux, habile politicien et doté d’un certain sens théâtral, Harvey Milk confirme sa réussite politique lorsque, au terme d’une campagne véhémente, la «Proposition 6», une initiative visant à interdire l’accès aux postes d’enseignants aux homosexuels, est rejetée. Mais la carrière politique de Harvey Milk ne sera que de courte durée. Le 27 novembre 1978, l’ancien superviseur Dan White, frustré de ne pouvoir reprendre un poste dont il avait lui-même démissionné, s’introduit dans la mairie et abat froidement George Moscone, maire de la ville, et Harvey Milk, avec lequel il entretenait une relation à la fois amicale et conflictuelle. San Francisco est sous le choc.
«La communauté gay a vraisemblablement perçu cet assassinat comme une attaque homophobe, observe Sandra Leigh, proviseure de l’école Harvey Milk Civil Rights Academy**. Mais je n’en suis personnellement pas persuadée. Je crois plutôt que Dan White avait peur de Harvey Milk, de sa personnalité et de sa force politiques.»
Ancien policier, vétéran du Vietnam, Dan White est condamné à sept ans de prison. La relative clémence dont il bénéficie soulève un immense tollé. Relâché après 5 ans, il se suicidera une année après sa sortie de prison.

Un combat inachevé
Trente ans après l’assassinat, San Francisco compte des dizaines, voire des centaines d’organisations LGBT. Plusieurs personnalités politiques sont ouvertement gay, comme le superviseur Tom Ammiano ou Anne Kronenberg (qui fut la directrice de campagne de Harvey Milk), au Département de la Santé de la ville, ou encore Theresa Sparks, première transgenre élue au poste de présidente de la Commission de Police de la Ville.
Le buste de Harvey Milk trône au cœur du Castro et de nombreuses organisations ont été nommées en son honneur. «Je crois que l’héritage de Harvey Milk n’est pas seulement local. Il est national. Tout au long des années qui ont suivi sa nomination, jusqu’à l’élection de l’actuel président, il y a eu de plus en plus d’ouverture aux questions gays», se réjouit Sandra Leigh.
Mais trente ans après l’assassinat de Harvey Milk, trente ans après le rejet de la Proposition 6, vient aussi l’adoption de la Proposition 8, l’interdiction du mariage entre individus de même sexe. Une décision populaire qui tombe au moment même de la sortie, aux Etats-Unis, du film qui rend hommage à Harvey Milk. Comme si, par une cruelle ironie, l’aboutissement de la Proposition 8 venait rappeler à la communauté LGBT et au reste de la Californie que le combat mené par l’excentrique Harvey Milk n’est – de loin – pas encore gagné.

* www.sfgmc.org
** www.harveymilk.com

Photo: Nicoletta / Ascot Elite