Lausanne

Extra Viewing Party

sam 22 juin, 18:00
Genève

Le Temple: Fusion

sam 6 juillet, 23:00
Lausanne

Talent Show Chaud Cho

dim 30 juin, 16:00
Montreux
#places à gagner

Henry Moodie + Lauren Spencer Smith

ven 5 juillet, 20:30

Regard sur un éveil amoureux

Avec «17 anni», son dernier court métrage, le jeune réalisateur tessinois Filippo Demarchi continue de faire parler de lui. Et de rafler les prix. Interview.

Filippo Demarchi vient de gagner le prix de la RTS pour le meilleur court-métrage international lors de la dernière édition du Festival Tous Écrans. Avec 17 anni (coproduit par Cinédokké, l’ECAL et la RSI) le jeune réalisateur tessinois, né en 1988, propose un film très réaliste sur l’obsession d’aimer à l’adolescence. Après Taglia Corto!, bref essai documentaire où le cinéaste interrogeait ses parents sur son homosexualité, 17 anni relève du genre fictionnel et raconte l’histoire de Matteo. Ce dernier se découvre une attirance pour le curé du village qui dirige la fanfare dans laquelle l’adolescent joue du tambour. Décelant dans cette figure d’homme d’église un sens de l’accueil et de l’écoute, le jeune garçon brave les sentiments des autres pour lui ouvrir son coeur. Rencontre.

– Filippo, par rapport à ton dernier film, Taglia Corto!, 17 anni est moins un film sur l’homosexualité que sur l’éveil du sentiment amoureux.
Filippo Demarchi– Tout à fait. Le coeur du film c’est le trouble intérieur, la confusion. Comment ce trouble naît, se développe, se confronte à autrui et se résout, tel est le propos du film. Ce que vit Matteo n’est pas à proprement parler un désir physique, mais plutôt une émotion complexe. Il s’agit en réalité davantage d’un besoin d’intimité, d’écoute et de compréhension. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi un prêtre qui ne soit pas trop sexe-symbole. Sinon le spectateur aurait sans doute assimilé cette attirance à un désir sexuel.

– Le problème principal auquel se heurte Matteo, c’est moins son homosexualité que le fait qu’il s’adresse à un adulte. Comment s’est imposé le choix du prêtre?
– Matteo est un ado qui ne s’est jamais confié à personne. Le film raconte comment on sort d’une carapace pour la première fois, comment on partage ses sentiments intimes avec quelqu’un. Comme Matteo découvre qu’il est homosexuel, je voyais difficilement qu’il se confie à un copain de son âge, à une fille qui est amoureuse de lui, comme Nadine dans le film, ou à un parent. J’ai pensé que la figure du prêtre représentait un bon terrain d’ouverture et de dialogue. C’est pour cela que j’ai construit le personnage de manière très chaleureuse et accueillante.

– Une grande part du langage émotionnel du film passe par les yeux de Matteo.
– Oui, je l’ai choisi pour son regard que j’ai trouvé très fort. Quand il est venu au casting, j’ai tout de suite senti, derrière sa timidité et sa retenue, cette puissance du regard. Un monde bouillonne dans ce personnage qui ne pouvait pas être exprimé avec des mots. Mais je ne cherche pas à penser cela comme Ingmar Bergman qui a écrit des livres sur la puissance du regard dans ses films. Chez moi c’est inconscient, c’est un pur désir.

– Pourquoi avoir choisi de travailler avec un acteur non professionnel pour ce rôle d’ado?
– Précisément parce qu’il avait ce regard, alors que les acteurs professionnels des agences que j’ai rencontrés ne l’avaient pas. Et puis, ce qui m’a plus, avec Matteo, c’est l’incertitude physique qui se dégageait de lui. Il ne savait pas quoi faire de son corps, paraissait égaré, et j’ai pensé que ce serait une force pour le rôle qu’il devait interpréter, un rôle plus à la merci des situations que celui du prêtre. La recherche de l’identité à l’adolescence passe aussi par la quête d’une posture corporelle.

– Pour le prêtre par contre, un acteur professionnel s’imposait?
– Oui, prendre un non professionnel aurait été dangereux avec le prêtre. Au contraire des jeunes personnages qui subissent les scènes du point de vue de l’émotion, le prêtre mène la barque. Il orchestre l’action du film, se démène pour que la fanfare soit prête, donne la messe et s’investit pour les jeunes. Il fallait une personne dégageant beaucoup d’énergie, et capable de la transmettre. Ignazio Oliva, qui joue le rôle, m’a tout de suite plu. Il m’a semblé que son visage pouvait être filmé de plein de manières différentes. Un visage très vivant, mais qui cache en même temps une blessure.

– Comment es-tu arrivé à un résultat aussi réaliste et fin au niveau de l’expression des sentiments?
– J’ai beaucoup gommé au fil des versions du scénario. Au début, il y avait plus de dialogues, puis le film est devenu silencieux. Par exemple, la scène où Matteo et Nadine tentent de faire l’amour était dialoguée. L’enjeu intime de la scène était un moment de frustration, de vengeance sentimentale. Je me suis rendu compte en filmant que c’est à travers l’expérience de son corps que Matteo comprendrait que ça ne marcherait pas avec Nadine. J’ai donc choisi d’enlever les mots de la scène, et il me semble qu’elle fonctionne mieux ainsi.

– Réaliser une fiction de 22 minutes, qu’est-ce que cela change par rapport au documentaire?
– Avec la fiction, l’enjeu est de parvenir à nouer un pacte de vraisemblance et de croyance avec le spectateur. Comme je voulais réaliser un film naturaliste, très proche de ce que vivent les personnages, il m’a fallu trouver des moyens pour faire oublier le dispositif fictionnel. J’ai dû prendre des risques, laisser place à l’improvisation, afin de capter sur le vif des moments de complicité entre l’ado et le prêtre.

– Est-ce que 17 anni t’a permis de revisiter une partie de ta propre vie?
– Evidemment… Surtout pendant l’écriture du scénario. Écrire est un processus de connaissance de soi. Définir des personnages, c’est comprendre quels liens on tisse avec eux, quels désirs on a pour eux. Quand j’étais ado, je me souviens avoir vécu de la rage contre une personne que j’aimais. Je lui en voulais de ne pas m’aimer. Comme Matteo qui, à la fin du film, finit par se rebeller contre le charme que le prêtre exerce sur lui. Écrire ce film m’a permis de prendre de la distance avec des situations que j’avais vécues, de mieux comprendre le point de vue de l’autre. Ce fut presque une thérapie par moment (rires).

» «17 anni» sera prochainement diffusé à la RTS. Il concourra également aux festivals du film d’Angers et de Soleure.