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Le courage du dévoilement

Le jeune réalisateur suisse-italien Filippo Demarchi interroge ses parents sur son homosexualité dans un court-métrage plein de finesse et d’humour.

Un jardin en fleurs au-dessus du lac Majeur. Le ronronnement d’un moteur. Un homme à quatre pattes au premier plan, liquette blanche, taille la pelouse au ciseau. Au second, un jeune homme traverse le jardin de droite à gauche en poussant la tondeuse. C’est sur cette séquence de la vie domestique et familiale d’une maison tessinoise que s’ouvre «Taglia corto!» (taillé court), le troisième court-métrage de Filippo Demarchi. Présenté cette année en compétition officielle au festival documentaire de Nyon, le film aborde la question du dialogue intergénérationnel en racontant l’histoire d’un fils qui revient un week-end à la maison pour parler de son homosexualité à ses parents.

Cartes sur table
Filippo DemarchiNé en 1988 à Zurich, Filippo Demarchi grandit à Ascona et découvre le cinéma d’Agnès Varda et Michael Haneke au Cinéclub de Locarno. Après trois ans au Conservatoire libre du cinéma français de Paris, il s’inscrit à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne et réalise ses premiers films avec le désir de trouver un langage visuel approprié à l’expression de la vie intérieure. Suite à «Au ras du sol», une fiction courte sur la jalousie et l’irruption de la violence entre jeunes gars dans un collège universitaire, dont le résultat ne le satisfait pas, il décide d’utiliser la caméra pour approfondir qui il est et capter la façon dont ses parents le perçoivent. «Ce film est né d’un besoin de mettre les cartes sur la table. C’était une façon de me libérer et, en même temps, je souhaiterais que le film puisse aider d’autres personnes à oser affirmer qui ils sont, comme m’ont aidé certains films de Nicolas Ray ou Pedro Almodovar. » Et rien ne fut simple, car au départ ses parents ne veulent pas être filmés. Le fils doit ruser: il propose alors à son père de l’interroger sur le libéralisme, ce qu’il accepte, mais à condition d’être présenté comme un professeur anonyme. «Puis il y a pris goût raconte Filippo. On a voyagé ensemble, je l’ai accompagné à des manifestations, car il est communiste à Turin. Petit à petit le jeu s’est renversé, et à la fin des interviews, on a commencé à parler de moi. Je me suis progressivement exposé et il a fini par me suivre. »

Cela donnera «Taglia corto!», une saisie à vif de réactions et d’émotions suscitées par le fils-réalisateur, qui cherche à débusquer dans ce milieu de non-dits et de tabous qu’est la famille, un chemin pour une parole sincère. Une succession de plans fixes cadrent alternativement le père dans la cuisine, la mère au bureau, le couple sur le canapé du salon, puis dans le jardin. Cela donne des échanges frontaux, à la fois abruptes et touchants, parfois cocasses, tant l’écart entre la représentation «traditionnelle », parfois stéréotypée des parents et la manière spontanée et franche du fils semblent par moment inconciliables. Mais au final, ce qui l’emporte, c’est le souci partagé de se prêter au même effort de sincérité, et au jeu de la caméra.

Étiquette réductrice
Sans pour autant se revendiquer d’un cinéma gay engagé, Filippo Demarchi reconnaît la part militante de son film. Pour cet admirateur de Maurice Pialat et Kieslowski, le cinéma a le pouvoir de faire bouger les représentations dans le bon sens. «Cela étant, je ne fais pas un film pour exprimer des idées politiques, mais des sentiments humains, des fragilités, des zones de fracture », expliquet- il. Même si il présentera «Taglia corto!» en août prochain au Gender Docufilm Festival de Rome, l’étiquette de film gay lui semble réductrice, tant le cinéma n’a pas attendu l’émergence et la multiplication de tels festivals pour s’intéresser à la question. «Le cinéma a toujours traité de l’ambiguïté sexuelle. Parfois de manière humoristique et stéréotypée, comme dans certaines comédies françaises ou américaines, avec la figure de l’homo en tapette, en efféminé extraverti. » Mais l’histoire du cinéma ne s’est pas bornée à cette seule représentation: «Dans les films de Nicolas Ray par exemple, il y a tout un sous-texte homosexuel qui passe par l’émotion plutôt que par l’humour, et chez Mankiewicz, les homos sont le plus souvent des personnes avec des enfants, ou des célibataires qui ont un mode de vivre tout à fait normal. » Tel est bien l’univers représentationnel dans lequel s’inscrit « Taglia corto!» Un film qui pense et donne à penser la problématique de l’intimité grâce au travail audacieux d’un jeune réalisateur prometteur. A suivre…