Road movie transgénérationnel

Comédie transgenre, transparentale et coast-to-coast, «Transamerica» est le premier long-métrage du réalisateur indépendant Duncan Tucker. A voir, ne serait-ce que pour la performance de Felicity Huffman.

Bree, une transexuelle sur le point d’accéder enfin à une opération de réassignation, apprend que les services sociaux new-yorkais sont à la recherche du père d’un jeune délinquant de 17 ans. Bree comprend immédiatement: ce père, c’est elle. Ou plutôt, c’était elle. Mais qui est ce petit c… qui surgit dans sa vie au plus mauvais moment? Devant l’insistance de son psy, elle se résout à partir pour New York récupérer ce fils prénommé Toby. Elle trouve celui-ci sous les verrous pour racolage et consommation de cocaïne. A la suite d’un quiproquo, elle lui dissimule son identité. Sans se poser trop de questions sur cette femme, Toby décide de l’accompagner en Californie où le garçon rêve… de retrouver son père.
Road movie somme toute très classique, le film révèle la véritable identité de ses protagonistes au fil d’escales et de rencontres plus ou moins délirantes, comme l’arrivée chez la bonne copine qui a justement convoqué à la maison tous ses amis transgenres qui jettent immédiatement leur dévolu sur l’adolescent, ou la rencontre explosive entre Bree et ses parents, d’abominables nouveaux riches égocentriques qui la découvrent en femme pour la première fois.

Apprentie lady
Si le rôle de Toby (Kevin Zegers) est écrasé par des thématiques lourdes: maltraitance, suicide, prostitution et nostalgie de l’enfance – qui rappellent un peu trop «Mysterious Skin» de Gregg Araki – en revanche la personnalité de Bree (Felicity Huffman) étincelle. Fragile et déterminée, timide et volontaire, sexuellement bien moins dégourdie que son fils («Je n’ai fait ça qu’une fois, et en plus c’était avec une lesbienne – j’ai pensé que ça ne comptait pas!»), mais incollable en ethnologie et en biologie, elle est une apprentie lady terriblement attachante.
Les dialogues féroces et clins d’œil goguenards impriment à ce premier film de Duncan Tucker (jusqu’ici chouchou des festivals gay de courts métrages) une grande légèreté de ton. Au final «Transamerica» a l’efficacité et le rythme soutenu des meilleures séries télé de l’époque («Desperate Housewives», dont Felicity Huffman est l’une des vedettes). Et c’est avec un tact qui n’exclut pas quelques pointes de politiquement incorrect, qu’il retrace le parcours du combattant des trans qui, dans leur quête d’identité intime et sociale, entreprennent d’accorder leur passé et leur présent.

«Transamerica» de Duncan Tucker (Etats-Unis, 2005), 103 min.
Sortie en Suisse romande et en France le 26 avril

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