Culture Obscénité

Des clichés qui dérangent le musée gay

30 sept. 2012

Un centre de documentation LGBT réputé aux Etats-Unis a déprogrammé une exposition de photos. Elles suscitaient le malaise au sein d’un institut en quête de respectabilité.

Des hommes entre deux âges presque nus, ou revêtus de leur tenue fétichiste préférée, posant au milieu de leur living-room. A priori, rien de pornographique là-dedans. Encore que. Il flotte dans ces photos signées Jeff Larson comme un parfum d’obscénité, dont on ne sait pas trop s’il est lié à la pose des modèles ou à la contemplation de leur intimité, tour à tour kitsch, modeste ou banale.

Trop cru
De fait, cette série de travaux crée la controverse aux Etats-Unis depuis l’annulation en catastrophe d’une exposition prévue tout le mois de septembre à Fort Lauderdale (Floride). Cette volte-face n’est pas due à une quelconque galerie ou musée d’art moderne: c’est le Stonewall National Museum & Archives (SNMA), un centre de documentation sur l’histoire des LGBT, qui l’a décidée. En cause, le caractère trop cru ou explicite («graphic», un terme habituellement réservé à la pornographie ou à la violence) des clichés.

Jeff Larson est, naturellement, furieux. Il a dénoncé la censure du comité de l’institution, alors même que les invitations et les communiqués de presse étaient prêts. «Nous avons fait tout ce qu’ils voulaient. Mais parce qu’ils étaient mal à l’aise avec les images, ils les ont enlevées», a-t-il expliqué.

Embarrassant
La direction du centre parle, elle, d’un couac «regrettable» dans le processus d’approbation de l’expo, relève le site South Florida Gay News. En fait, des membres du comité du SNMA avaient menacé de ne plus amener de lycéens et de groupes d’étudiants au centre de peur de les confronter à l’exposition. Tom Tabor, président du conseil d’administration, a d’ailleurs expliqué que la nature «provocatrice des images mettait en danger les tentatives de Stonewall» de toucher un public plus large, d’attirer des fonds et de «développer sa mission d’éducation auprès de écoles, a-t-il ajouté. On a mis un pied dans la porte, ce n’est pas pour se la faire claquer à la figure.»

Interrogé par South Florida Gay News, l’historien Christopher Reed a dénoncé l’attitude du SNMA: «Il y a quelque chose de très gênant dans l’idée qu’une institution du nom de Stonewall – le site d’une rupture fondatrice provoquée par les homos les plus marginalisés – se pose à pose à présent en censeur d’une partie de la communauté. Dans l’intérêt de quoi: de courtiser des hétéros? Et tout cela avec l’aide d’homosexuels conservateurs pressés d’exclure précisément les gens et les idées qui ont fait Stonewall.»

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