Un certain hard de vivre

Par l’entremise de son site web, référence du hard et du SM, Chapshard recrute des candidats pour des «stages» et «séquences découvertes» dans son donjon d’Annecy (Haute-Savoie).

«Tu enfiles une cagoule aveugle, tu sais pas où on va te trimbaler: dans ta tête, ça tourne à 3000 à l’heure… un véritable shoot à l’adrénaline.» C’est ainsi que Chapshard décrit avec gourmandise le début d’un plan hard proposé aux esclaves mâles, novices ou expérimentés, qu’il recrute sur son site. A vous de postuler, en remplissant un questionnaire de 12 pages, véritable catalogue de supplices, vexations et plaisirs; du (relativement) anodin jusqu’au plus glaçant: « Plan abattage? Momification? Dressage en klébard? Rasage de sourcils? » Votre choix de réponses: « oui / non / peut-être / veux essayer. » Et un profil personnel à remplir, allant de « Tu avales le sperme? » à « Sais-tu faire la cuisine ? »
Le mec cagoulé qui pose sur le site en boots ou en combi vinyl s’avère un quadra sympathique, avec un regard vif et du bagout à revendre: « J’aime pas le flou, explique-t-il. Il faut annoncer la couleur quant à la typologie de ses pratiques. » Un point en particulier est clair et non négociable : le safe-sex . «Il y a des gars pour lesquels le risque de s’abandonner à n’importe qui sans savoir s’il est bareback ou safe, positif ou négatif, fait partie du trip. C’est même une demande de plus en plus fréquente, devenue presque une pratique à part entière, comme l’uro ou le bondage. » S’il est sélectif avec ses recrues, c’est que Chapshard veut offrir les garanties d’un bon plan hard, c’est-à-dire sûr et respectueux des désirs (et tabous) de chacun. Apparemment les gens sont en confiance: l’expérience, le sens de la mise en scène, un bon matos… « Tu as le SM ludique et celui que je qualifierais de pathologique. Pour moi, le SM est du domaine du jeu et de la concertation. On fixe des limites ; on va s’en approcher le plus possible, voire les dépasser – mais toujours d’un commun accord. Si le gars est chaud, réceptif – on ira plus loin, jusqu’à ce qu’il dise stop. Le sado pathologique, lui, restera dans son délire: il ne s’arrêtera pas. » Une exigence de sécurité et de respect de l’autre que Chapshard tient dans son introduction plutôt brutale dans le monde du SM: « C’était pas concerté. Je me suis fait prendre à défaut. Le gars, je lui en voulais à mort, mais huit jours après je le rappelais pour qu’on remette ça. » Du coup, le hard, il le voit comme « un engrenage: on s’en sort jamais». Ce qui n’empêche pas de vivre une relation stable faite de»complicité et de tendresse» avec «son mec», Gauthier, 24 ans, rencontré au cours d’un plan hard. Ils n’en font plus beaucoup aujourd’hui: «On n’est plus crédibles l’un pour l’autre, on pique des fou rires…»

Skins vs. Bourrins
Bottes, bombers, polo Lonsdale… Chapshard et son «mec» Gauthier sont adeptes du look skinhead. Rien à voir avec le néo-nazisme auquel le mouvement est selon eux trop facilement associé. L’attitude skin, ils la revendiquent pleinement. «C’est avant tout l’entraide, la fraternité et un tempérament carré, franc et direct», explique Chapshard. Pour Gauthier, le skinhead, c’est «l’équivalent du loubard qui faisait se pâmer les jeunes filles des années 50.» Entre fachos et gauchos, on se demande si pour ces skins, l’idéologie n’est pas remplacée par le fantasme — ce d’autant plus que de l’aveu même de Chapshard, les «skins apolitiques» sont bien souvent homos. Ainsi Chapshard dit avoir «glissé» autrefois. «c’était par mimétisme, explique-t-il, vers 18-20 ans. J’en suis vite revenu — d’abord parce que tu te retrouves au milieu de bourrins qui tournent à 5g de 1664.» De cette période, il ne reste plus guère qu’une cicatrice faite «à l’acide et à la cigarette» pour effacer un tatouage… en forme de croix gammée.

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