Jeux de jambes

Une exposition et un livre rendent hommage à Pierre Molinier, créateur androgyne et fétichiste.

Homme à femmes, mais aussi «homme-putain» comme il se définissait lui-même, Pierre Molinier incarne un idéal androgyne, un rêve d’auto-sexualité qu’il réalisait dans des montages hallucinés, de prodigieuses orgies dont il est le seul protagoniste. Peintre artisan bordelais devenu artiste ésotérique et subversif, il est moins connu pour son œuvre picturale pourtant célébrée par André Breton que pour ces photomontages hérissées de jambes en bas-résille, flottant dans l’air, enserrant les têtes, s’échappant d’orbites et d’orifices. C’est chez lui avec un matériel de fortune que Molinier se photographiait lors de véritables rituels minutieux et sensuels, allant du maquillage et du travestissement jusqu’au développement des planches contact. Des photos obtenues, il découpait des parties qu’il ré-assemblait en nouveaux corps contorsionnés, offerts, démultipliés. Blaguant, il avouait ainsi des affinités avec Landru et Petiot, autres grands découpeurs devant l’éternel. Pierre Molinier mit fin à ses jours en 1976. Son œuvre faite d’allers-retours entre peinture et photographie donne une impression de vertige, d’une course échevelée non pas vers le plaisir, mais vers autre chose: la beauté peut-être.

«Pierre Molinier : Jeux de miroir», au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux jusqu’au 20 novembre. L’exposition place l’œuvre de Molinier en regard de travaux d’artistes contemporains consacrés au genre et à sa subversion.

«Je suis né homme putain. Pierre Molinier: dessins, journal, correspondance», de Jean-Luc Mercié. Editions Biro

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