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«Ouvertement» est out; «out» est in

L’utilisation des expressions «ouvertement gay», «ouvertement lesbienne», etc. est contestée outre-Atlantique. Un énième avatar du politiquement correct?

Le souffle de diversité qui a envahi la nouvelle administration américaine a amené son lot de gros titres dans la presse US: ici un ministre «ouvertement gay» (Pete Buttigieg aux Transports), là une cheffe adjointe de département «ouvertement trans» (Rachel Levine, à la Santé) et ainsi de suite. Cet adverbe, «ouvertement», le scénariste et écrivain Richie Jackson n’en peut plus. Dans The Advocate, il avance que la constante utilisation de ce terme, certes pavée de bonnes intentions, n’en est pas moins «offensante» pour les LGBTQ+.

Selon lui, elle insinue que la convention dans la vie publique serait de cacher son orientation et son identité. «Ouvertement salue l’audace, signale qu’une personne LGBTQ+ out n’est pas la norme et que cette personne n’en a pas honte comme il se doit.» En outre, l’expression est faite, à ses yeux, pour la majorité hétéro et cis, afin qu’elle puisse suivre l’itinéraire de personnalités qui ne correspondent pas à la norme. Accepter cet «insigne», c’est rendre un mauvais service à la communauté, décrète l’auteur.

Il reste nécessaire de célébrer chaque fois qu’un plafond de verre est brisé, que ce soit en politique, dans le show-business ou en sport, par exemple. Aussi, en guise d’alternative à ouvertement, Richie Jackson défend l’adjectif out, forgé par la communauté elle-même, et parfaitement compris par le grand public. «Chacun·e de nous définit ce que out signifie pour nous-mêmes et choisit si cela décrit de façon adéquate notre mode de vie.»

Archaïsme
La chronique, publiée dans le magazine gay historique The Advocate, a suscité des réactions plutôt tièdes. Plusieurs étaient même exaspérées: «N’importe quel foutu mot est offensant maintenant?!», «Voilà, on nous dit – encore – quel label on devrait ou ne devrait pas utiliser…»

Certaines admettaient toutefois que ce ouvertement utilisé à tort et à travers commençait effectivement à résonner de façon archaïque. «C’est comme si les journalistes devaient rassurer leurs lecteurs qu’ils ne commettent pas une diffamation ou qu’ils ne divulguent pas un secret», note un utilisateur de Twitter. Ouvertement est problématique? Un autre internaute propose avec ironie de revenir à d’autres épithètes, que les médias utilisaient il n’y a pas si longtemps, comme «homosexuel pratiquant», «notoire» ou «avoué»…

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5 mars 2021   Thèmes: Étiquettes : , ,

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Pour la B.O de l’article, réécoutez Serge Gainsbourg « Qui est in, qui est out » (1966 !)

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