Rencontre avec un imam gay

Ludovic-Mohamed Zahed a ouvert la première mosquée progressiste et inclusive à Paris en 2012. Invité le 9 avril par l’Antenne LGBTI du LAB de l’Eglise protestante de Genève, il est revenu sur son parcours vers la réconciliation.

Il fallait oser, comme l’a d’entrée relevé Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève, le 9 avril dernier lors d’une rencontre un peu particulière! Inviter un imam gay, dans un temple protestant en présence de représentants de plusieurs confessions, d’associations LGBTI et de la société civile, à une période où la simple évocation de la religion est aussi sensible, était même terriblement gonflé.

Ce rêve de transversalité et de solidarité, c’était celui d’Adrian Stiefel, chargé de ministère et responsable de l’Antenne LGBTI du LAB, qui, à travers cette rencontre, voulait réunir les mondes ecclésial, institutionnel et associatif autour de la même aspiration d’une société plus tolérante. «Avancer main dans la main vers un monde inclusif qui ne juge et ne discrimine pas», symbolise ce jeune homme animé par une foi indéfectible. «Ensemble on peut prévenir les LGBTphobies et tendre vers ce monde meilleur auquel je veux croire.»

En proie avec ses contradictions
Invité par le LAB, l’imam parisien Ludovic-Mohamed Zahed aspire aux mêmes libertés. Celles d’être libres de vivre sa foi et sa sexualité, quelle que soit sa religion. Devant un parterre comble et bienveillant, il a raconté son parcours. Celui d’un adolescent algérien, attiré par l’islam et en proie avec ses contradictions. «Je ressentais le besoin de choisir entre la religion et cette homosexualité, dont j’étais de plus en plus conscient», se souvient ce membre actif de la communauté musulmane progressiste de France. «Il m’a fallu des années d’études de psycho et d’anthropologie pour que cet enrichissement culturel et spirituel me permette de déconstruire les préjugés et de voir que la spiritualité ce n’est pas dogmatisme, misogynie et homophobie, mais amour, liberté et acceptation de tous et de toutes, sans distinction.»


 
Pour ce premier imam à s’être marié avec son compagnon, en 2010, l’homosexualité n’existe pas dans le Coran. «Aucun verset ne condamne ni même n’aborde la sexualité» assure le Franco-Algérien. «Mais c’est la lecture et l’interprétation qu’ils font de certains passages, comme ceux sur Sodome et Gomorrhe, pour justifier leurs préjugés qui attise les discriminations et la haine homophobe de certaines communautés.» Selon lui, le terme homosexualité n’est apparu qu’au XIXe siècle en Europe, évoqué par des médecins qui considéraient l’homosexualité comme une maladie.
 
Carolina Costa, pasteure à l’Eglise protestante de Genève, a ensuite partagé son engagement pour la déconstruction des mythes et des légendes de la Bible. «Les interprétations sont vastes et cette parole de Dieu est à questionner pour faire sens aujourd’hui dans notre société, détaille cette mère de famille, co-fondatrice du LAB. Ici nous voulons accueillir tout le monde dans cette diversité qui fait la société. Et je regrette que l’Eglise réformée, pourtant progressiste, ne permette toujours pas la bénédiction d’un couple de même sexe.»
 
Emportés par la passion et l’enthousiasme contagieux de celui dont la tête est mise à prix dans plusieurs pays dirigés par des mouvances islamistes, les participants à cette soirée ne sont pas ressortis indemnes. Ancien porte-parole de la mosquée de Genève et directeur de la Fondation de l’Entre-Connaissance, Hafid Ouardiri a félicité Ludovic-Mohamed Zahed pour son ouverture. «Dieu nous a donné la liberté de croire à notre manière, a-t-il ajouté. Certains salafistes se sont éloignés des textes et ont transformé les mosquées en lieu d’exclusion, vous rouvrez la maison de Dieu à tous, bravo.»

«Ça fait tellement de bien d’entendre parler de l’islam que nous vivons et non de celui qui terrorise le monde»

«Ça fait tellement de bien d’entendre des personnes aussi cultivées nous parler de l’islam que nous vivons et non de celui qui terrorise le monde», soulève une jeune Marocaine à la sortie. «C’est la première fois que je ressens cette sérénité dans une église, alors que je suis totalement athée, probablement parce que ma famille catholique pratiquante a toujours rejeté l’homosexualité», confiait un quinquagénaire.

Sandrine Salerno a également souligné «l’importance d’aller sur ces terrains dangereux en requestionnant les textes, pour sortir des dogmes et refuser les discours discriminatoires. Afin de replacer l’individu au centre de la société, quelle que soit sa religion, son orientation sexuelle, sa couleur de peau ou son genre».

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