«Nous sommes libres de rire de nous-mêmes!»

Auteur de plusieurs documentaires et fictions, le réalisateur Q.Allan Brocka se taille un joli succès avec la série d’animation Rick et Steve, une satire féroce de la vie gay américaine.

Dans leurs couleurs pimpantes de pseudo-figurines Lego, Rick et Steve, le couple gay le plus heureux du monde, fait déjà figure de phénomène aux Etats-Unis – après tout juste quatre épisodes diffusés par le réseau de télévision gay Logo. La série d’animation se situe à West Lahunga Beach, petite communauté apparemment idyllique, avec son fitness, son magasin bio et son sex-club… Outre les deux mignons trentenaires mariés de longue date, on découvre leurs «meilleures amies», les lesbiennes Kirsten et Dana, avec lesquelles ils s’engagent dans un projet homoparental plutôt périlleux. Farouchement politiquement incorrecte, la série passe à la moulinette, pêle-mêle, bears, latinos, fétichistes, butches ou séropos, comme ce couple sérodiscordant, composé d’un jeune latino dans la dèche et d’un daddy bear acariâtre, tous deux accros aux drogues de toutes sortes. Quant aux hétéros, ils vivent dans un monde gris et terrifiant, peuplé exclusivement de «casseurs de pédés».

Quand on découvre Rick and Steve, on se dit : Enfin, les gays sont capables d’autodérision !
Q. Allan Brocka – Nous autres gays sommes les plus sarcastiques, les plus «bitchy» que l’on puisse imaginer, sauf quand il s’agit de parler de relations gay ou de familles homoparentales. Là, tout d’un coup, nous sommes tellement soucieux de savoir quelle image nous projetons de notre communauté! Pourtant, je pense qu’au point où nous sommes arrivés, nous n’avons plus à nous inquiéter de savoir si toutes les blagues que nous faisons sur nous-mêmes vont êtres vues comme représentatives de la communauté. Nous avons enfin atteint une liberté qui nous permet de nous regarder nous-mêmes, de rire de nous-mêmes et de nos problèmes.

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui…
Evidemment, quiconque essayera d’utiliser ce dessin animé pour chercher des arguments contre les gays les trouvera… Je ne fais pas ce cartoon pour des anti-gay. Je le fais pour des gays et je crois que se censurer pour des raisons de ce type serait simplement céder à l’homophobie.

Qui sont les modèles des personnages… à part vous-même bien sûr?
C’est à peu près tous les gens que je connais et que j’ai croisés dans ma vie !

Vous n’avez pas peur d’épuiser rapidement tous les sujets?
– Je compte bien voir la série continuer encore des années! Il y a tellement d’aventures vécues, tellement d’observations à faire… il y a ce bébé que les deux couples essaient d’avoir ensemble, les relations de couples elles-mêmes… J’y pense parfois comme aux Simpsons: un noyau familial, et comment celui-ci reste une famille, en dépit de toutes les mésaventures.

Certains vous trouvent encore trop gentil avec le modèle du couple gay…
– Même si certains trouvent que c’est un sujet conservateur, c’est la première fois que l’on s’intéresse vraiment à un «noyau familial» gay. Moi, ce sujet me permet surtout de tester ce modèle jusqu’à ses limites. Parce que ces personnages ont ce noyau «noyau familial», ils peuvent être d’autant plus méchants les uns avec les autres!

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