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QlubQueer, l’arc-en-ciel après la tempête

QlubQueer, l’arc-en-ciel après la tempête

À un an de la Pride de Martigny, on part à la découverte de QlubQueer, jeune collectif né suite à une sombre attaque homophobe mais qui fait bouger la communauté LGBTIQ+ du Bas-Valais.

Dans les ruelles du centre de Martigny, au 8 de la rue de l’Hôtel-de-Ville, se trouve une maisonnette rose arborant fièrement, en guise de rideaux, des drapeaux colorés. Au bout d’un étroit escalier joliment décoré par des collages créatifs, on trouve les locaux du QlubQueer. Ce petit appartement appartenant à la Ville m’a bien surpris. En effet, les membres de l’association ont su en faire un endroit chaleureux et sûr pour la communauté LGBTIQ+ du Bas-Valais.

J’y suis reçue par Philippe. Il a 36 ans et fait partie du comité QlubQueer en tant que responsable du pôle prévention et secrétariat. C’est lui qui me fait visiter les lieux: espace accueil et buvette. Au bar, il nous sert des boissons et il me montre brièvement le balcon. Le salon accueille des musiciens lors de soirées ou expose les projets d’artistes locaux. Ce soir, c’est d’ailleurs le vernissage d’une nouvelle expo, sur le thème de la Dissection, par Milan et Boon, un mélange de personnages à la fois mignons et étranges, dissection des corps, mais aussi des émotions. La table de mixage est surmontée d’un grand logo QlubQueer pailleté, fait à la main! Enfin, je visite la mezzanine, avec ses jeux de société et sa une bibliothèque remplie de livres aux thématiques féministes et queer. C’est ici qu’on s’installe pour siroter nos boissons et discuter.

Alliance

La musique retentit, une atmosphère joyeuse et festive vibre à travers les murs. Ce samedi 1er juillet est un jour de fête. À minuit pile, on souffle la première bougie de l’association. Comme me l’explique Philippe, QlubQueer est né d’un triste événement: une agression homophobe survenue le 28 juin 2021, après la victoire de la Suisse sur la France à l’Euro de foot. Ce soir-là, dans les rues de Martigny, des militants LGBTIQ+ en voiture brandissent le drapeau arc-en-ciel. Un groupe d’individus les attaque. Au volant, Kelly est frappée au visage. C’est cette attaque qui a mené à l’alliance entre les victimes et d’autres activistes communautaires (on est en pleine campagne en faveur du mariage pour tous·tes·x). Ensemble, iels ont lancé l’association QlubQueer et en ont ouvert ses portes l’année suivante.

Ce 1er juillet 2023, on fête aussi le verdict qui vient de tomber: les agresseurs viennent d’être condamnés à de la prison avec sursis et la norme pénale anti-homophobie se voit appliquée pour la première fois dans le canton du Valais. Le matin-même, la RTS était présente afin d’interviewer Kelly et Raphaële. À 19h30, on s’entasse sur le balcon afin de visionner le reportage sur un écran de téléphone. Dans les regards, de la joie, de la fierté et aussi du soulagement: justice est faite, l’exemple est donné.

De la première à la prochaine Pride

Je repense à la première Pride valaisanne, à Sion en juillet 2001, qui avait provoqué des remous dans la population, en particulier dans la frange la plus religieuse. Aujourd’hui à Martigny se trouve un lieu de plus pour la communauté LGBTIQ+ et la ville s’apprête à accueillir la Pride romande, l’an prochain. Je m’interroge, avec mes biais de citadine vaudoise: une asso queer dans un canton catholique, n’y a-t-il pas eu des réticences? Philippe m’assure que l’accueil a été très bon. La Ville de Martigny est d’ailleurs une alliée de l’association. Elle l’a aidée dans sa quête de locaux en lui proposant des biens à un loyer raisonnable.

Aujourd’hui, QlubQueer regroupe environ 200 membres, dont une vingtaine de bénévoles actifs. Les réseaux sociaux ont eu un rôle important, mais le lien social a su s’établir dans la réalité, grâce à son local. L’association a ainsi comblé une lacune, celle du manque d’espaces et d’événements LGBTIQ-friendly dans le Bas-Valais. Malgré la présence d’Alpagai à Sion, Philippe m’explique qu’auparavant il fallait se déplacer jusqu’à Lausanne pour se retrouver et se divertir. La distance rendait cela compliqué, en particulier pour les plus jeunes. Les personnes présentes ce soir-là de tous genres et tous horizons entrent dans la tranche d’âge 18-25, avec bien sûr quelques exceptions. QlubQueer a amené de la visibilité et une présence tangible de la communauté queer. La proximité physique a permis à des liens de se nouer entre les membres de la communauté, à la manière d’une seconde famille. «Ça a vraiment aidé des gens à aller mieux», m’explique Kevin, le responsable communication. Ainsi, d’un événement violent est né quelque chose de beau. Comme une rose au plein milieu du désert, qui annonce l’éclosion d’autres fleurs à l’avenir.