Suisse

Manu et Sara nous ouvrent les portes de VoGay

Les secrétaires générales de Vogay Manu (à g.) et Sara. Photo: Enrico Gastaldello

Grisé par la joie entêtante suite au grand «oui» accordé au mariage pour toutes et tous, je pousse la porte de l’immeuble cossu qui abrite VoGay, l’association vaudoise de défense des personnes LGBTIQ+. Direction le 4e étage, pour rencontrer Manu et Sara.

Manu et Sara, les deux nouvelles secrétaires générales de VoGay s’installent sous une création réalisée par les participant·e·x·s du groupe jeune qui se réunit une fois par semaine à Lausanne. «Cet arbre est recouvert d’une myriade de drapeaux colorés qui représentent la diversité des orientations affectives et sexuelles et de l’identité de genre, expliquent-elles. C’est une des activités réalisées dans le cadre de ce groupe, qui permet à des jeunes LGBTIQ+ ou en questionnement de se retrouver entre pair·e·x·s, dans un lieu safe, loin du regard sociétal et familial encore parfois bien trop jugeant. L’association propose d’autres groupes de rencontres: celui dédié aux parents de personnes LGBTIQ+, le groupe méditation, international, évasion pour adultes de plus de 25 ans, le groupe C+H dédié aux personnes croyantes ou encore les rencontres «Et si on échangeait» où l’on aborde une fois par mois d’un sujet touchant aux thématiques queer.

«Les prestations de VoGay qui œuvrent à une amélioration de la santé des personnes LGBTIQ+ sont financées par le Canton, souligne Sara.»  En parallèle des groupes d’entraide, VoGay propose le service Accueil et Écoute dans lequel des répondant·e·x·s et professionnel·le·x·s de la santé somatique et psychique appartenant à la communauté LGBTIQ+ proposent un accompagnement et un soutien pour les personnes qui en ont besoin. Le programme Sensibilisation quant à lui parcourt les écoles du canton afin de déconstruire les préjugés et de lutter contre les LGBTIQphobies. Enfin, la nouvelle responsable santé aura la mission de coordonner des actions avec les différents partenaires du réseau afin de rendre plus inclusives les pratiques des professionnel·le·x·s de la santé.

Leurs connaissances détaillées des prestations offertes par l’association feraient presque oublier que Manu et Sara ne sont entrées en fonction que depuis le 1er septembre. Avant cela, elles travaillaient respectivement en tant que coordinatrice et responsable du programme Sensibilisation, postes qu’elles continuent à occuper en parallèle de leur nouvelle casquette de secrétaires générales.

Le parcours de ces deux jeunes quarantenaires est déjà bien rempli. Manu, passionnée d’alpinisme, a terminé un doctorat en psychologie sociale à l’Université de Lausanne. Elle a également une formation pédagogique de la HEP et a travaillé en tant qu’enseignante auprès d’adolescent·e·x·s. «Ce parcours me permet d’apporter une expertise dans la création du matériel pédagogique à destination des jeunes de tous horizons. Par ailleurs, mon expertise scientifique me permet de travailler de concert avec les institutions de recherche afin de faire avancer les choses au niveau politique.» Manu aborde également son identité de genre «que je peux maintenant considérer comme non binaire. Ayant grandi en Valais dans les années 80-90, ça n’a pas toujours été facile, j’ai pris de bonnes claques, car rien ne correspondait à mon identité de genre du fait des modèles dominants.»

Itinéraires
Sara, quant à elle, a débuté par un apprentissage, avant d’étudier la science politique à l’UNIL et de faire un master en socio-économie. «Les deux axes clés durant mes études ont toujours été les études genre et la migration. Je suis allée à Montréal faire un échange parce qu’iels sont à la pointe sur ces questions-là, et j’y ai énormément appris.» Après plusieurs expériences professionnelles en tant que responsable d’équipe, elle a toqué à la porte de VoGay. «J’ai d’abord été engagée pour le programme Sensibilisation. Après une année et demie et au vu de l’augmentation des actions, nous avons pu créer un poste supplémentaire et c’est là que Manu est arrivée. Cela fait trois ans que nous travaillons ensemble et notre duo fonctionne bien. Aussi, quand l’ancien secrétaire général est parti, nous avons eu l’envie de relever ce défi et avons proposé notre candidature conjointe.»

Nous sommes fin septembre lors de notre échange, et il n’est pas possible de ne pas aborder le mariage pour toutes et tous. D’emblée, Sara salue ce «dégradé de vert» qu’a été la Suisse lors des résultats à ce référendum, mais «la campagne a tout de même été hyper violente. Les jeunes ont pas mal discuté des affiches de l’opposition, et on a vu des personnes venir à la permanence psychosociale qui se sont senties mal à l’écoute des propos violents tenus par les opposant·e·s».

Manu, tout en étant heureuse de ces résultats, les pondère: «La commune dans laquelle je vis en Valais a refusé à 55%. Je dois quand même dire que j’ai été secouée, il y a des choses dont je pensais être débarrassée qui ont ressurgi. Il subsiste cette violence inverse, pour les gens qui vivent dans des lieux où la votation a été refusée. Bien sûr je suis contente que le Valais ait accepté majoritairement. Il y a cependant cet effet contradictoire: ce n’est pas acquis partout! Mais ça donne tout de même du baume au cœur.»

À l’école, c’est très polarisé. On trouve des jeunes très au courant de ces thématiques, qui font face à des personnes extrêmement LGBTIQphobes

Les deux collègues assurent qu’une des clés pour poursuivre sur cette avancée en termes de droit est de continuer à intervenir dans le cadre scolaire. «À l’école, c’est très polarisé, souligne Manu. On trouve des jeunes très au courant de ces thématiques, qui font face à des personnes extrêmement LGBTIQphobes et qui ont peu d’information sur ces sujets-là. Finalement, ce sont deux groupes qui évoluent côte à côte mais en vase clos, sans forme de débat possible parfois.»

Malgré tout le travail et le soutien du Canton sur ces thématiques, elles soulignent des disparités entre les différents établissements scolaires. L’une des pistes soulevées par Sara serait l’implémentation d’un bloc de quelques heures permettant de familiariser les élèves aux thématiques de l’orientation affective et sexuelle et de l’identité de genre. «Cela permettrait de donner à tout un chacun une base commune, à la manière de la prévention routière ou en santé sexuelle finalement.» 

Futur Refuge
Enfin, Manu et Sara évoquent quelques projets futurs, tels que la création d’un Refuge qui permettrait d’accueillir et de loger des personnes LGBTIQ+ ou en questionnement qui font face à un rejet de la part de leur famille. Elles souhaitent également accentuer la collaboration inter-associative, tout en continuant à appuyer la recherche scientifique pour porter leurs voix. Les prochaines étapes à ce niveau-là sont notamment la poursuite de travaux sur la santé sexuelle des FSF (femmes* qui aiment les femmes*), sujet encore très peu exploré scientifiquement, ou encore la valorisation de la publication d’une étude menée par Unisanté traitant de l’état de santé des jeunes LGBTIQ+. Cette dernière devrait être rendue publique prochainement. 

Après une heure d’échange où personnel, politique et associatif se sont savamment mélangés, il est temps de laisser Manu et Sara. Avant de partir, elles soulignent que de plus amples informations peuvent être trouvées sur vogay.ch. Par ailleurs, VoGay met à disposition ses locaux pour des activités organisées par d’autres associations sur les thématiques LGBTIQ+. Il est également possible d’initier la création d’un groupe d’entraide. À vous de jouer donc!

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5 nov. 2021   Thèmes: Étiquettes : , ,

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