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Une envie qui n’en finit pas de couver

L'homoparentalité n'est certes jamais une sinécure, mais au masculin, c'est un très long parcours d'obstacles encore peu balisé, sur lequel quelques gays romands s'aventurent.

Il y a 12 ans, le magazine Têtu publiait un sondage selon lequel 37% des hommes gays envisageaient de devenir parent. Manifestement, en 2009, très peu ont réalisé ce projet.

Le mouvement est ténu. Il se dessine dans les associations où les garçons commencent à se faire une place au milieu des mamans lesbiennes. A maints égards, ce sont encore des «éclaireurs» de l’homoparentalité au masculin. Comme Pascal Pellegrino, qui vient de livrer son témoignage Papa gay, lettre à mon enfant interdit. Sorti il y a peu en librairie, il a rencontré un fort écho médiatique. Ce Lausannois de 43 ans, père d’une petite Roxane depuis un an et demi, avait songé à intituler son livre «Papa pédé». Une manière de choquer, de mettre le doigt sur le poids des préjugés émanant de la société, mais parfois aussi de la communauté gay. A ce sujet, Pascal évoque le «divorce du papa et du pédé», qui est intervenu après la venue de son enfant, conçu par insémination artisanale avec une amie lesbienne. «Je me suis posé la question: est-ce que je peux embrasser mon compagnon devant mon enfant? Je ressentais cette pression d’une société qui ne veut pas que les homosexuels élèvent des enfants. Jusqu’à ce qu’un jour, un ami me dise que c’était le plus beau cadeau à faire à ma fille, de lui montrer que son père aime.»

Trouver la formule
Devenir père, quand on est gay: oui, mais comment? Certains explorent les possibilités de «maternité pour autrui» à l’étranger (ce que l’on appelle péjorativement les «mères porteuses», une pratique interdite en Suisse) ou l’adoption, souvent également à l’étranger du fait des barrières légales et administratives existant dans ce pays. Celles-ci sont, théoriquement, contournables. A condition de cacher son homosexualité. Cette démarche, Pascal y a songé, avant d’y renoncer: «Je n’avais pas l’envie d’aller contre l’interdiction, de devoir mentir. Si j’avais décidé d’adopter, j’aurais eu besoin que l’Etat me fasse confiance.»
Dans ces conditions, beaucoup de gays qui aspirent à devenir pères recourent à la «coparentalité». La terme s’applique à la conception (généralement par insémination «artisanale») d’un ou de plusieurs enfants dans le cadre d’un projet collectif. Le plus souvent, les protagonistes en sont un papa gay, une maman lesbienne, et leurs compagnon et compagne respectifs, ces derniers pouvant à leur tour devenir les parents biologiques d’un nouvel enfant. En France, selon un sondage mené auprès des membres de l’Association des parents et futurs parents gay et lesbiennes, l’APGL, près de trois quarts des gays concernés par un projet homoparental optent pour cette formule, où les mères occupent une place à part entière.

Une maman, sinon rien
Pour Alexandre, un Fribourgeois de 32 ans, c’est carrément une évidence: «ça a toujours été clair, un enfant doit avoir un papa et une maman» «….Et s’il doit y avoir une personne dans la salle d’accouchement,» renchérit la future maman Magali, «ce sera Alex!» A la question de savoir si le compagnon d’Alexandre sera second papa et la compagne de Magali une seconde maman, Alexandre, pince-sans-rire, tranche: «Ah, non, on n’est pas au kolkhoze! L’enfant doit savoir qui est qui.» Mais la complicité qui rapproche Alexandre et Magali n’est pas forcément tout de suite au rendez-vous entre les futures mamans et les futurs papas. Ces derniers peuvent avoir une certaine appréhension de voir le projet leur échapper. D’autant qu’en Suisse, juridiquement, le père biologique n’a que peu de droits. Alexandre le dit tout net: «Je n’aurais pas été prêt à partir à la chasse d’une maman sur un forum de petites annonces. Si je faisais un enfant avec une personne qui ne s’avérait pas être la bonne, je perdrais tout!»

La bourse aux homoparents
Même s’ils suscitent la méfiance, les forums internet restent le seul recours de gays qui ne trouvent personne dans leur entourage, ou hésitent à aborder le sujet avec des connaissances. Les lesbiennes, elles, recourent de plus en plus fréquemment à l’insémination artificielle à l’étranger. Aussi le «marché» des homoparents est-il peu favorable aux gays à la recherche de futures mamans. «Les femmes sont en position de force et peuvent imposer leur choix face à des hommes tout heureux de trouver une partenaire parentale», constate le chercheur français Emmanuel Gratton dans un livre récent.
Karl*, un Genevois de 36 ans, a décidé de faire une pause après plusieurs tentatives avec des femmes rencontrées par ce biais. Il admet qu’il y a un côté gênant dans cette sélection: «On n’est pas amoureux, donc chacun veut que tout soit ‘en ordre’ chez l’autre: santé, situation, beauté, etc.» Passé ce cap, il reste perturbant de devenir intime sans se connaître, admet Karl, qui relativise: «Moi, j’ai tendance à avancer au feeling et à croire à ma chance.»

Déshabillage
Avant d’élever avec sa compagne une petite fille, conçue par insémination artificielle, Béatrice* et sa compagne ont longuement réfléchi un projet de coparentalité, avec des couples ou des hommes seuls, homos et hétéros. Une expérience «épuisante», confie-t-elle: «On touche des points très intimes avec des gens que l’on ne connaît pas. Et en plus on s’attache. Ça génère plein de choses dans le couple et entre le père et la mère biologique, qui ne sont pas simples à vivre pour les partenaires.»
«Il faut accepter de se déshabiller l’âme complètement», confirme Pascal qui, sans trop en dire, raconte qu’à un moment de sa vie, ses projets de bébé ont pesé lourd sur sa vie conjugale. «Avec mon ex-copain, on avait ce projet fou de coparentalité croisée avec un couple de femmes. A un moment donné, mon copain a eu peur. Ça a entraîné notre séparation.» Finalement, c’est en tant que célibataire que Pascal est devenu père, avant de trouver un nouveau partenaire. «Quand il est sorti avec moi, il savait qu’il ne sortait pas juste avec un mec, mais avec un père. Auparavant, j’ai pu constater que ça faisait peur à beaucoup de monde.»

«On est faits pour ça»
Rétrospectivement, Pascal Pellegrino, estime que cette période de réflexion et de dialogue avec la future maman a été capitale. «J’ai eu la chance de travailler mon rôle», explique-t-il en clin d’oeil à sa formation de comédien, pour finalement «passer mon permis de bébé» avant même la naissance de Roxane. Ce qui ne l’a pas prémuni contre une angoisse fugace au moment de prendre sa fille chez lui, tout juste une semaine après sa naissance, comme convenu au préalable avec la maman. «Je ne ferai jamais assez d’éloges sur la qualité de confiance qu’elle m’a témoignée», insiste-t-il. Depuis, Pascal affirme ne plus avoir aucun doute: ce nouveau rôle de papa gay est fait pour lui: «Quand tu vois cette perfection qu’est un bébé, cette perfection que toi, l’homme imparfait, tu as faite, ça te procure toute la confiance dont tu as besoin.»

*Noms d’emprunt

«Certains futurs pères y vont très light»

Béatrice a croisé, au sein des associations, beaucoup de futurs pères gay. Elle s’étonne de voir la timidité de beaucoup de ces projets parentaux. «Je suis frappée de voir combien la transmission des gènes ou du nom est primordiale. Je trouve que certains discutent peu de leur projet… ils y vont très light». Pourtant, pour Béatrice, pas de doute, «Je ne vois pas en quoi l’homme ne pourrait donner tout l’amour et les soins dont un enfant un besoin.» Et Béatrice de se rappeler cette rencontre, au cours d’un débat à Berne: deux pères qui revenaient des Etats-Unis où ils avaient adopté conjointement une petite fille née d’une grossesse pour autrui. «Ils pouvaient être radieux, car il viennent d’un pays qui leur donne tous les droits. Tout était clair pour eux. Et en les écoutant, pas un instant je ne me suis dit qu’il manquait une mère.»

En savoir plus

Pour remettre à leur place tous ceux qui qualifient l’homoparentalité de «mode», deux ouvrages qui ont le mérite de replacer le phénomène au coeur des métamorphoses contemporaines de la famille, et d’explorer le désir d’enfants chez les gays et les lesbiennes dans toute leur diversité et leur inventivité:
– Emmanel Gratton, L’homoparentalité au masculin (PUF, 2008)
– Anne Cadoret, Des parents comme les autres (Odile Jacob, 2002)
Parmi les rares témoignages de pères gay,
– Pascal Pellegrino Papa gay, lettre à mon enfant interdit (Favre, 2009) http://papagay.canalblog.com/

L’homoparentalité près de chez vous

Groupe homoparents d’Espace 360, Genève. La seule structure dédiée aux parents et futurs parents LGBT en Suisse romande. Organise des réunions régulières et des sorties. A noter, le 22 mai, une rencontre avec Pascal Pellegrino. www.360.ch/espace/homoparents
«Familles arc-en-ciel», un nouveau groupe de LOS et de Pink Cross réunissant les gays et lesbiennes concernés par l’homoparentalité, venus de toute la Suisse. Un weekend à Broc (FR), les 13 et 14 juin. www.los.ch / www.pinkcross.ch
APGL. L’association française des parents gay et lesbiens existe depuis plus de 20 ans. Compte plus de 2000 membres. www.apgl.asso.fr

4 thoughts on “Une envie qui n’en finit pas de couver

  1. Pour ceux qui souhaitent avoir un enfant dans la cadre d’une hétéroparentalité ou homoparentalité : http://www.coparents.fr site de petites annonces pour trouver un co-parent.

  2. Voilà un article qui montre très bien les difficultés d’une situation où il y a une absence de droits. Et il est vraiment clair que l’on se trouve dans un cas où (pour une fois serait-on tenté de dire), la situation est encore plus compliquée sur les hommes. Encore juste une remarque concernant le langage utilisé dans l’article lorsqu’il y est parlé de « «maternité pour autrui» (…) (ce que l’on appelle péjorativement les «mères porteuses») ». Je crois qu’il est bon de signaler que ces termes désignent avant tout deux facettes de la même réalité (respectivement l’acte et la personne qui l’effectue). De plus, il me semble pour le moins trompeur de designer l’expression « mères porteuses » comme péjorative, puisqu’elle a été largement utilisée en première, depuis des années, alors que « maternité pour autrui » n’est apparu que beaucoup plus récemment. La raison de ce changement est probablement à chercher dans une forme de politiquement correct, d’euphémisme, visant à évacuer la connotation devenue négative de la première formule, mais également pour éviter de se concentrer sur la personne au profit d’un acte, que l’expression présente comme altruiste (avec notamment l’usage d' »autrui », terme fortement connoté). N’allez pas croire que mon intervention marque une quelconque désapprobation des faits présentés ici, je dois dire que je n’ai pas encore réussi à me faire pleinement une idée. Je trouvais par contre important de mettre en avant l’importance du choix des termes utilisés avec tous les biais qu’ils peuvent amener au débat.

  3. Le terme de gestation pour autrui ne doit rien à une volonté de parler politiquement correct. Il provient de la loi française qui a voulu interdire en 1994 les deux formes de « mères porteuses » : la procréation pour autrui et la gestation pour autrui (cette dernière caractérisée par l’absence de lien génétique entre la femme et l’enfant qu’elle porte pour autrui).

    Il est à noter que l’Organisation Mondiale de la Santé vient d’officialiser le terme « gestational carrier » pour la gestation pour autrui, et non pas le terme « surrogate mother » (mère de substitution) qui est faux et imprécis comme l’est « mère porteuse ».

    Je vous recommande d’aller faire un tour sur le site de l’association CLARA (http://claradoc.gpa.free.fr) qui regorge d’infos sur la GPA.

  4. Il est déjà difficile d’obtenir des droits dans le cadre d’une homoparentalité à deux, peut-être que dans 50ans des lois protègeront la co-parentalité…

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