Le livre qui dévoile Tariq Ramadan

Caroline Fourest, spécialiste des intégrismes religieux, vient de publier un livre explosif sur Tariq Ramadan. Cette analyse fouillée de son discours relance la polémique sur la dualité du personnage.

Tariq Ramadan est-il un représentant d’un islam moderne et ouvert, comme il le prétend et comme le pensent bon nombre d’intellectuels issus de la mouvance altermondialiste? Ou est-il un prédicateur habile et charismatique dont la modération apparente cache des positions autrement plus dangereuses? Ces questions ont déjà été évoquées au sujet de Tariq Ramadan. Mais jusqu’ici, rares sont ceux qui se sont vraiment essayés à faire la démonstration de la dualité du personnage. Avec ce livre intitulé «Frère Tariq», dont la parution vient de faire grand bruit, Caroline Fourest, spécialiste des intégrismes religieux, a choisi de s’y attaquer avec une méthode finalement fort simple: elle a lu ses livres, elle s’est rendue à ses conférences, et des heures durant elle s’est initiée à sa pensée en écoutant ses séminaires enregistrés sur cassette. Au bout de cette longue analyse de discours, une conviction: pour l’auteure, Tariq Ramadan est un prédicateur dangereux auquel on ne peut plus accorder le bénéfice du doute.
Dans son livre, Caroline Fourest montre que Tariq Ramadan tient bien le double langage qu’on lui soupçonne: il présente aux journalistes une façade sympathique d’homme respectueux de la démocratie, mais à ses élèves, séduits dans un premier temps par sa modération, il tient un véritable discours de chef en guerre contre la laïcité et la modernité. «Bien qu’il s’en défende, Tariq Ramadan initie ses élèves à la pensée fanatique de son grand-père, Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, qu’il cite en permanence comme un modèle à suivre», explique Caroline Fourest. «Il transmet son message sans aucun esprit critique. Il appelle simplement à “contextualiser” cette pensée pour mieux poursuivre l’œuvre et les objectifs de Banna: l’islamisation sociale puis politique, dans chaque pays où il existe un musulman, afin de réformer les lois pour qu’elles s’inspirent le plus possible de la charia.»
A partir de là, Caroline Fourest constate que l’influence de ce prédicateur auprès des jeunes n’est pas aussi modératrice qu’il aimerait le faire croire. Ramadan est un passeur: les fidèles séduits par son discours sont orientés vers des théologiens beaucoup plus radicaux. Opposé, dans ses cassettes, à l’intégration à l’Occident qu’il considère comme dépravé, Ramadan exalte l’identité musulmane, qu’il place au-dessus des lois, quitte à créer à terme un contre-pouvoir musulman. De plus en plus de jeunes qui l’ont côtoyé manifestent leur mécontentement face à son autoritarisme. Leur déception rejoint celle des musulmans libéraux surpris de voir une partie de l’opinion publique assez naïve pour soutenir un prédicateur intégriste sous prétexte de défendre les musulmans.

«Les grands péchés»
Sa position à l’égard des femmes est particulièrement révélatrice de son intégrisme, poursuit Caroline Fourest: «C’est un homme obsédé par la pudeur des femmes. Il demande aux musulmanes de porter le voile afin de rester discrètes et pudiques, ce qui est une interprétation fondamentaliste et archaïque du Coran. Il sait qu’au XXIe siècle, il ne peut pas les y forcer. Il leur laisse donc le temps de comprendre d’elles-mêmes que pour être une bonne musulmane, il faut être voilée, en leur donnant des modèles de femmes islamistes. A la place du féminisme, qui, pour lui, monte les femmes contre les hommes, il prône un “féminisme islamique”, où les femmes se libèrent de la libération des femmes.» L’une de ses positions les plus scandaleuses concerne le mariage mixte. Le livre rapporte les propos tenus lors d’une conférence: «Le Coran interdit qu’une femme musulmane épouse un non-musulman. Cela veut dire que chaque fois que vous laissez une de vos sœurs, une de vos amies, une femme de votre famille se marier avec un non-musulman, c’est quelqu’un qui sort de notre communauté.»
Dans une cassette intitulée Les grands péchés, Tariq Ramadan invite aussi les jeunes à mener le djihad des piscines non mixtes. Il leur interdit aussi d’aller en boîte de nuit, de regarder des films immoraux et d’écouter de la musique immorale, donc non islamique. Ses cassettes et ses livres décrivent un Occident matérialiste et permissif. Un des signes de dépravation, selon lui, réside dans le fait que les chrétiens deviennent moins homophobes. Dans son dernier livre, il s’élève contre la reconnaissance sociale de l’homosexualité et du Pacs.
Outre l’analyse du discours de Tariq Ramadan, ce livre contient des révélations troublantes. Pour Caroline Fourest, il ne fait aucun doute que le Centre islamique de Genève, dirigé par son frère Hani et dont Tariq Ramadan est toujours l’administrateur, accueille les Frères musulmans en exil, y compris des djihadistes. «Le 2 octobre dernier, le Centre islamique de Genève annonçait la venue pour une conférence d’un ancien membre du FIDA, le groupe chargé pour le GIA du meurtre des intellectuels en Algérie. Dans ses cassettes, Ramadan tient des propos plus que modérés sur un groupe aussi radical que le GIA», s’étonne Caroline Fourest. Son livre n’a sans doute pas fini de faire parler de lui.

Frère Tariq: Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan,
Caroline Fourest, éditions Grasset

À lire également