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Comment on cuisine les chauds lapins

Comment on cuisine les chauds lapins

Quand le sexe comme une drogue devient dépendance et qu’il annihile tout autre aspect de la vie d’un individu, ce dernier doit avoir recours à une aide médicale. Quels sont les moyens thérapeutiques mis en œuvre en Suisse et à l’étranger?

Pain bénit pour les tabloïds, les frasques sexuelles des célébrités font généralement sourire ou saliver leurs lecteurs et n’entachent guère la carrière des personnalités «incriminées». Ainsi, la prétendue cure de désintoxication de Michael Douglas ou les confessions d’Usher (rappeur américain) ont fait vendre quelques milliers de Sun et de National Enquirer supplémentaires tout en forgeant une grivoise mais sympathique réputation de chauds lapins à ces deux obsédés de la foufoune. Le phénomène de dépendance au sexe, s’il n’est pas toujours étalé à la une des journaux à scandales, concerne, malgré tout, une foule d’anonymes et provoque une réelle détresse chez les personnes concernées.
L’obsession, la constante poursuite de nouvelles relations et la perpétuelle frustration sont de lourds fardeaux qui entravent vie sociale, professionnelle et sentimentale. Dépendance reconnue et analysée à partir des années 70 par le psychologue américain Daniel Cranes, son traitement s’avère particulièrement délicat dans la mesure où l’abstinence complète n’est pas envisageable à l’instar de l’alcool ou des drogues. Cette perversion, nommée paraphilie en psychologie, est une défense érigée contre divers agents comme un traumatisme infantile, un sentiment de vide existentiel, une anxiété d’abandon, un doute quant à sa masculinité ou sa féminité.

Les thérapeuthiques possibles
La sexologue et chercheuse Denise Medico, maître-assistante à l’université de Genève et spécialiste du problème, rencontre fréquemment des «sex-addicts», anglicisme définissant ce type d’individu, lors de ses consultations. Ceux-ci représentent, selon elle, environ 20% des demandes à son cabinet et lui parviennent soit contraints par la police, soit de leur propre chef, pour échapper à «l’emprisonnement de la dépendance». Elle nous explique qu’en Suisse, cette dépendance est principalement réfrénée au moyen «de la méthode cognitivo-comportementale, qui s’attaque aux symptômes et non aux causes de la dépendance». Le patient (un nombre infime de cas féminins est connu) apprend à gérer ses émotions sans chercher à régler les traumatismes ou les stress responsables de l’addiction. «Cette méthode fonctionne plutôt bien, poursuit-elle, mais en période de stress intense, tous les réflexes appris grâce à cette méthode sont oubliés. Pour une guérison complète, j’envoie mes patients faire une psychothérapie qui prend beaucoup de temps, mais dont les résultats sont plus durables.»
Dans les pays anglo-saxons, une méthode de cure calquée sur le modèle des alcooliques anonymes promet de se débarrasser de cette addiction en douze étapes-séances. Denise Medico ne croit pas à ce programme accompagné de relents moraux et religieux très marqués. D’après elle, chaque victime de cette dépendance devrait bénéficier d’un programme personnalisé.

Jugement médical ou moral?
Le nombre de sex-addicts est en constante augmentation ces dernières années; preuve en est notamment l’explosion des réseaux téléphoniques mais surtout internautiques qui permettent une chasse au partenaire aisée et rapide. Les gays sont certainement plus touchés par ce phénomène, mais, dans le même temps, une vie sexuelle débridée s’accorde mieux avec la norme du milieu homosexuel, dont le dénominateur commun entre ses acteurs est l’attirance pour le même sexe. Quant au traitement de cette addiction, on ne s’étonnera pas de voir figurer les Etats-Unis sur la plus haute marche du podium. Outre un système médical performant pour ceux qui en ont les moyens, cette nation est aussi l’une des plus puritaines. De fait certains milieux religieux tentent de récupérer à leur profit ce thème et ceux qui en souffrent (lire le questionnaire ci-après). Ainsi, l’identification de cette dépendance est parfois biaisée par les codes, en particulier moraux, en vigueur dans les sociétés ou milieux qui voient évoluer les individus en proie à ce phénomène.

Là où l’aide devient prosélytisme
Les Sexaholiques, groupe de sex-addicts anonymes américains animé par une certaine Eglise, drainent de possibles émules en diffusant un test via leur site internet. 360° le reproduit. Répondez à ces 12 questions pour déterminer si vous souffrez d’un problème d’addiction sexuelle.

1. Est-ce que vos besoins sexuels vous ont conduit à consommer du sexe dans des endroits ou des situations incongrues ou encore avec des personnes que vous ne choisiriez normalement pas?

2. Vous surprenez-vous à traquer des articles ou des scènes scabreuses dans des magazines, des quotidiens ou dans d’autres médias?

3. Est-ce que des fantasmes d’ordre sexuel perturbent votre relation de couple ou vous empêchent de regarder la vie en face?

4. Souhaitez-vous fréquemment fuir votre partenaire sexuel après le coït? Ressentez-vous souvent remords, honte ou culpabilité après un rapport sexuel?

5. Avez-vous honte de votre corps ou de votre sexualité?

6. Est-ce que chaque nouvelle relation amoureuse reprend le même schéma qui avait causé la rupture de la précédente?

7. Est-ce que pour atteindre le même degré de satisfaction, vous avez besoin d’une plus grande fréquence et variété de partenaires qu’auparavant?

8. Avez-vous déjà été arrêté ou en danger d’arrestation à cause de coups de téléphone indécents, de détournement de mineurs, de vos pratiques voyeuristes ou exhibitionnistes, etc.?

9. Est-ce que votre quête de sexe interfère dans vos croyances ou développement spirituels?

10. Est-ce que vos activités sexuelles comprennent une part de risque, de violence, de viol, de grossesse ou d’infection?
11. Est-ce que la réalité de votre comportement sexuel vous a déjà fait vous sentir seul, désespéré et suicidaire?

12. Avez-vous des secrets concernant votre vie sexuelle pour vos proches? Menez-vous une double vie?

Si vous avez répondu par l’affirmative à plus d’une de ces questions, un petit tour dans une paroisse évangéliste ne serait pas superflu.
Questionnaire traduit et issu du site: www.sexaa.org

Parole de sex-addict
Vincent*, un français dans la cinquantaine, est un butineur qui a volontiers répondu à notre appel à témoins. Même si ses réponses apparaissent hors normes, elles traduisent assez bien les difficultés rencontrées par les sex-addicts.

360°: Vous considérez-vous comme dépendant au sexe?
Vincent: Oui et d’ailleurs, je me soigne. Je suis actuellement une cure de désintoxication contrôlée qui concerne d’autres dépendances et j’en profite pour tenter une période d’abstinence sexuelle.

Et ça marche?
Pas totalement, mais le climat frigide et asexué de ce pays est un bon soutien.

Comment se manifeste cette dépendance, est-ce un besoin permanent?
Non, j’oscille entre des périodes monacales et des périodes hyperactives. Dans ces moments-là, je peux avoir jusqu’à quinze partenaires par jour. Etant bisexuel, cela double le nombre de tentations et de partenaires potentiels.

Souffrez-vous de cette dépendance?
Oui, énormément. Lorsque la dépendance est installée, il n’est plus possible d’éprouver du plaisir. C’est une sorte de pulsion morbide qui m’étreint. Parfois, je peux rester une nuit entière à faire l’amour avec un ou plusieurs partenaires sans me sentir apaisé ou satisfait. Lors de mes nuits de chasse, je fréquente tous les lieux susceptibles de me fournir un partenaire: saunas, parcs, toilettes publiques, aires d’autoroutes, et même les lieux de prostitution.

Choisissez-vous quand même votre partenaire ou c’est plutôt «qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse»?
Ça dépend de la période. Au début d’une phase compulsive, la plupart du temps, je suis sélectif pour me limiter. Comme j’ai l’esprit collectionneur et ludique, je m’impose un sexe, un âge, une couleur de cheveux ou de peau pour la semaine ou la journée. Par contre, lorsque la dépendance devient trop forte, n’importe qui fait l’affaire, ce qui m’attriste toujours après coup.

Cette dépendance vous pose-t-elle des problèmes d’ordre socio-professionnel?
Oui, bien sûr. Au lieu d’accomplir des tâches quotidiennes importantes, je m’adonne continuellement à mon sport favori. En pleine phase compulsive, je laisse tout tomber: travail, famille et amis. C’est parfois difficile à gérer. Je dépense également beaucoup d’argent en prostitution même si c’est une chasse facile qui ne me satisfait pas totalement. Associé à ça, il y a aussi beaucoup d’argent qui part en drogue, en voyages et en cadeaux divers. C’est une dépendance qui est assez comparable à la dépendance au jeu.

Avez-vous cherché d’autres moyens de vous désintoxiquer?
Je me suis marié trois fois! J’ai ainsi eu des phases de rémission, mais j’ai aussi divorcé trois fois. Sinon, j’ai un soutien thérapeutique qui me permet de parler de ces problèmes. Ça marche plutôt bien pour mes problèmes de drogue, c’est plus laborieux en ce qui concerne ma dépendance sexuelle car elle reste ma drogue préférée.

* prénom fictif