Monde États-Unis

Le long chemin de Joe Biden vers la défense des LGBTQ+

8 nov. 2020

Joe Biden dans les années 1970 et en 2019.

Sur le «Don’t Ask Don’t Tell», le sida ou le mariage pour tous, le prochain président des États-Unis s’est longtemps aligné sur des positions conservatrices et frileuses avant de devenir un champion de l’égalité.

Les États-Unis connaissent enfin le nom de leur prochain président: Joe Biden. Sa victoire, proclamée hier après-midi, a donné lieu à des scènes de liesse dans les grandes villes américaines, où l’on a pu voir flotter de nombreux drapeaux arc-en-ciel. Un soutien LGBTQ+ auquel le président-élu n’a pas manqué de rendre hommage dans son discours le soir même, en mentionnant les «gays, straight et trans» parmi les membres de la coalition qui l’a porté au pouvoir. À cette occasion, il s’est engagé à faire passer l’Equality Act, vaste plan anti-discriminations, dans les 100 jours.

Si la campagne de Biden a été saluée comme la plus inclusive de l’histoire américaine, les médias LGBTQ+ comme PinkNews rappellent toutefois que ce vétéran de la politique n’a pas toujours été un allié. Depuis son élection au Sénat au 1979, il avait plusieurs fois objecté à la présence d’homosexuels dans les forces armées. En 1994, il avait ainsi soutenu la doctrine du Don’t Ask Don’t Tell, qui avait mis sur la touche des milliers de militaires et employés civils.

Toujours au cours des années 1990, le sénateur du Delaware avait également voté pour l’interdiction d’entrée sur le territoire US des étrangers porteurs du VIH, ainsi que contre la reconnaissance légale de la cohabitation de personnes de même sexe, en pleine hécatombe du sida.

Ralliement tardif

Biden n’a pas non plus été un pionnier du mariage égalitaire – ce que l’équipe de campagne de Trump a rappelé avec une certaine hypocrisie. En 1996, il avait voté en faveur du Defence of Marriage Act, visant à renforcer la définition strictement hétérosexuelle du mariage. Une position que le sénateur a maintenue jusqu’à son accession à la vice-présidence, aux côtés de Barack Obama, en 2008, alors que plusieurs États légiféraient. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’il a annoncé son ralliement à un mariage égalitaire sur le plan fédéral, prélude au ralliement du président Obama. Le droit a finalement été établi au niveau national par un arrêt de la Cour suprême en 2015.

«Il y a de bonnes raisons de penser que c’est grâce à [Joe Biden] qu’on a accéléré les choses à la Maison-Blanche sur le dossier du mariage, il faut lui reconnaître cela», explique Pete Buttigieg, son ancien rival aux primaires démocrates et aujourd’hui membre de son équipe de transition. Le vice-président de Barack Obama a aussi témoigné de son soutien aux droits des trans, jusque là largement ignoré par la Maison-Blanche.

Interrogé sur ce revirement qui a fait de Biden, en 2012, un champion de la cause LGBTQ+, l’intéressé a plusieurs fois rapporté une anecdote de jeunesse. Adolescent, il avait vu deux hommes s’embrasser. Son père lui avait simplement expliqué: «Joey, c’est simple, ils s’aiment.»

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