Monde Toronto

Elle est hétéro, lui gay, mais ils forment un vrai couple, selon la juge

30 sept. 2020

Un réfugié gay au Canada a dû faire appel à la justice pour qu’une amie et leur enfant puissent le rejoindre. L’administration ne voulait pas reconnaître leur famille atypique.

Un réfugié ouvertement gay et une femme hétérosexuelle peuvent former un couple valide aux yeux de l’administration canadienne. C’est ce qu’a reconnu un tribunal de Toronto dans une décision sans précédent, rapporte CTV.

La justice a été saisie pour statuer sur une demande de regroupement familial émanant d’un homme ayant obtenu l’asile au Canada en raison de persécutions subies dans son pays (qui n’est pas nommé) en tant qu’homosexuel. En exil, P. avait maintenu des contacts avec M., une amie rencontrée à l’université, à qui il n’avait pas révélé son orientation sexuelle. Ils s’étaient revus lors de voyages. Un soir, après une sortie en ville, ils avaient eu une relation intime. Neuf mois plus tard, un bébé naissait. Dès lors, P. avait envoyé de l’argent pour soutenir la mère, retournée au pays, et l’enfant, qu’il n’a pu voir qu’une seule fois, pour ses 2 ans.

P. et M. ont finalement décidé de vivre ensemble au Canada pour élever l’enfant. À cette occasion, l’homme aurait tardivement fait son coming-out auprès de la maman, qui l’a accepté. Il en est allé autrement de l’administration canadienne, qui a fortement tiqué en considérant la demande de regroupement familial de ce couple insolite. Elle a été rejetée avant même le stade des entretiens.

«Partenariat conjugal»

P. a dû porter son cas devant la Section d’appel de l’immigration (SAI) pour exposer son amour et son dévouement à l’égard de son amie et de leur enfant. Deuxième refus: un homme gay et une femme straight ne correspondent pas «à la composante sexuelle d’un partenariat conjugal», lui a-t-on fait savoir. La SAI a notamment objecté que la jeune femme était peu au fait de la vie du père de l’enfant et faisait preuve d’une certaine naïveté. L’instance a aussi relevé un «manque de communication» entre P. et M.

Ce n’est que lors d’un second recours, cette fois devant la justice, que le couple a enfin obtenu gain de cause, au début du mois. La juge a prié la SAI de revoir sa décision, qualifiée d’«inéquitable»: «Le fait que leurs orientations sexuelles soient différentes n’exclut pas la possibilité que P. et M. aient établi une relation dans une certaine permanence.»

L’avocate du couple, Athena Portokalidis, espère que ce jugement pourra créer un précédent. Selon elle, il existe d’autres cas similaires à celui de P. et de M. Le problème est «de juger des situations auxquelles on ne peut pas s’identifier, qu’on n’a jamais vues. Ce n’est pas parce qu’on a rien vu de tel que cela ne peut pas exister dans la réalité.»

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