Monde États-Unis

Goodbye, Mr. Pinkwashing…

12 juillet 2020

Richard Grenell à la Maison-Blanche en 2017

Seule figure ouvertement gay de l’administration Trump, Richard Grenell s’est mis en retrait après deux ans d’hyperactivité controversée, notamment sur le dossier LGBTQ+.

C’est notre homme à Washington. Richard Grenell incarne tout ce dont les LGBTQ+ à travers le monde peuvent rêver de la part de l’Amérique: un soutien fort pour la liberté. C’est ainsi qu’en 2019, ce diplomate ouvertement gay a pris la tête d’une «initiative globale» pour décriminaliser l’homosexualité dans près de 70 pays. La grande idée! Mais à y regarder de plus près, cette offensive ressemble plus à une pitoyable opération de pinkwashing.

Attardons-nous d’abord sur l’impressionnant CV de Grenell. Le fringant Républicain de 53 ans, diplômé d’Harvard, a été porte-parole des États-Unis à l’ONU, puis celui du candidat malheureux à la présidentielle Mitt Romney. On le retrouve entrepreneur médiatique avant de devenir le chouchou de Trump. Ce dernier l’a nommé à un poste-clé: ambassadeur à Berlin. Dès son arrivée, il s’est mis à dos la quasi totalité de la classe politique allemande: tweets sexistes, remontrances aux entreprises, critiques de la politique d’Angela Merkel. «Je veux absolument renforcer le pouvoir des autres leaders conservateurs à travers l’Europe», confiait-il même à Breitbart News. Quitte à frayer avec les très homophobes régimes hongrois ou polonais.

En janvier 2019, le magazine «Der Spiegel» publiait un portrait gratiné du diplomate. Ceux qui le côtoyaient soulignaient son ignorance de l’Allemagne, de l’Europe et de ses dossiers en général. Ils relevaient sa «personnalité vaniteuse et narcissique, qui balance agressivement, mais peine à supporter la critique». Bref, un Trump miniature.

Quasi ministre

Défendant son «initiative globale pour la décriminalisation de l’homosexualité», Grenell bombait le torse dans une interview au «New York Times», en avril. Il prétendait que l’Amérique ne partagerait plus de renseignements stratégiques avec les 68 pays pénalisant l’homosexualité. Pour cela, il pouvait se targuer de sa nouvelle casquette: celle du directeur du renseignement national, un poste quasi ministériel.

Ces rodomontades ont provoqué un profond agacement parmi les ONG, non consultées. Pas plus que le groupe de l’ONU chargé de promouvoir les droits des LGBTI. L’initiative US était d’autant plus malvenue que la situation des minorités sexuelles aux États-Unis s’est détériorée depuis l’arrivée de Trump à la présidence. De plus, la méthode musclée prônée par Grenell était perçue comme contreproductive. «Au lieu de se concentrer seulement sur la décriminalisation nous avons besoin de promouvoir l’acceptation, la compréhension et l’égalité», a rappelé Jessica Stern, de l’ONG Outright.

Big flop

Quinze mois plus tard, il ne reste pas grand chose de l’offensive lancée par le diplomate américain. Les alliés des États-Unis (Égypte, Arabie saoudite, etc.) continuent de persécuter les LGBTQ+ en toute impunité. Certes l’Angola et le Botswana ont décriminalisé l’homosexualité, mais c’est le fruit de longues procédures menées par des militants locaux.

Finalement, en juin, Richard Grenell a cédé sa place à la tête des services de renseignements. Au même moment, il quittait son poste d’ambassadeur à Berlin. Il reste émissaire spécial de Washington dans les difficiles négociations entre le Kosovo et la Serbie. De l’avis des observateurs, sa carrière est loin d’être finie. Surtout si son mentor à la Maison-Blanche s’arroge un second mandat.

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