Le site prenait pour mascotte Billy, la marionnette de la franchise d'horreur «Saw».

Le spectre de la chasse aux gays resurgit en Russie

Une plateforme «ludique» destinée à terroriser, violenter et rançonner des gays et lesbiennes a été fermée par les autorités. Les militants LGBT restent vigilants.

«Notre futur sans ces foutus homosexuels et pédophiles dépend de vous!» Apparu au printemps de 2018, un site de «chasse aux gays» appelé Pila a été bloqué cette semaine par les autorités russes à la demande de l’organisation locale LGBT Network. Ce nom (qui signifie «scie» ou «tronçonneuse» en russe) se réfère à la série de films d’horreur «Saw», où un tueur sadique confronte ses proies à un «jeu» censé tester leur volonté de survivre.

Le site était présenté comme une plateforme «ludique», publiant les photos et coordonnées de personnes prétendument LGBT en vue d’actes de violence. Pila suggérait la possibilité de harceler, tabasser, enlever ou «livrer en Tchétchénie» les personnes visées. «Vous pouvez tout faire sauf les tuer.»

Plusieurs militants des droits de l’homme et journalistes y étaient répertoriés, obligeant certains à quitter le pays, comme le leader de LGBT Network, Mikhail Tumasov. Pila proposait aussi de pourchasser les rescapés des rafles anti-LGBT ayant fui la Tchétchénie depuis 2017 pour se réfugier ailleurs en Russie.

Rançon
Les informations sur les cibles potentielles étaient accessibles aux «chasseurs» moyennant 200 roubles (3 fr./2,80 euros). Pour les effacer, les personnes visées devaient quant à elles débourser 1500 roubles (23 fr./21 euros). De quoi alimenter une cagnotte pour récompenser les auteurs d’attaques et assurer leur défense en cas d’ennuis judiciaires, promettait la plateforme.

L’affaire rappelle la campagne d’agressions «Occupy Pedophilyaï», en 2013-2014, inspirée par le néonazi Maksim Martsinkevich. Cette chasse aux gays avait été relayée par les réseaux sociaux, notamment via des vidéos virales, dont les images étaient republiées sur Pila.

LGBT Network précise toutefois qu’elle n’a trouvé à ce jour aucune preuve d’agressions menées au moyen du site Pila. Mais l’organisation estime la menace bien réelle. Elle prévient d’ailleurs que Pila a déjà été fermé, avant de rouvrir. En outre, aucune procédure pénale n’a été lancée à ce jour contre les auteurs du site.

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