Le Pink Dot 2014. Photo: flickr/Jnzl's Photos (CC BY 2.0)

Singapour s’accroche à sa législation antigay

L’anachronique Section 377A, petite sœur de la loi indienne tout juste abrogée, reste en vigueur dans la prospère Ville-Etat. Ils seraient 55% à soutenir cette disposition, qui prévoit la prison pour les homosexuels.

L’Inde a écrit une page de son histoire la semaine dernière quand sa Cour suprême a abrogé l’article 377 du Code pénal, qui maintenait les gays et lesbiennes dans l’illégalité. Mais cet article 377, scorie de l’Empire colonial britannique, survit dans une autre pays: Singapour. Dans la très cosmopolite et prospère Ville-Etat de 5 millions d’habitants, une des premières places financières du monde, l’homosexualité reste passible d’une peine de 2 ans de prison et de châtiment corporel (coups de cane) en vertu de la Section 377A sur les «outrages à la décence». Ces dispositions ne sont généralement pas appliquées, mais comme en Inde, elles font peser une lourde menace sur les citoyens concernés. Elle justifie en outre la censure portant sur la «promotion» des thèmes LGBT dans les médias.

Or selon un sondage réalisé cet été, 55% des Singapouriens s’opposeraient encore à la dépénalisation – un rejet particulièrement marqué dans la population masculine et âgée. L’institut Ipsos note cependant un «changement lent» des mentalités, un tiers des répondants admettant que leur opinion sur les gays et lesbiennes avait changé positivement au cours des cinq dernières années. De fait, dans une précédente étude de 2014, 78% des sondés avaient qualifié les relations homosexuelles de «mauvaises».

Le gouvernement ne se mouille pas
Dans la foulée de la décision indienne, plusieurs pétitions circulent pour l’abrogation de de la Section 377A, mais aussi pour son maintien, rapporte le quotidien local «Straits Times». «Le gouvernement est entre les deux», a prudemment commenté le ministre singapourien des Lois et des Affaires intérieures, qui a estimé que l’affaire était du ressort du Parlement. C’est aussi l’avis de la Cour suprême, qui avait statué en 2014 que l’article de loi ne violait pas la Constitution.

Malgré ses lois homophobes, Singapour a vu se développer une scène LGBT vivante. Une manifestation annuelle originale, le Pink Dot, réunit des dizaines de milliers de personnes pour former un énorme point rose dans un parc de la ville et réclamer une reconnaissance de l’Etat. L’événement a longtemps été largement soutenu par les banques et géants du numériques installés à Singapour, avant d’en être bannis par les autorités, tout comme les participants de nationalité étrangère.

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