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«On veut s’embrasser sans devoir fermer tous les rideaux»

Les réfugiés syriens sont 1,3 million au Liban. Parmi eux, un couple gay attend son salut du Canada.

Danny se grille une cigarette sur la terrasse parsemée de plantes pendant qu’Aamer finit de préparer le dîner. Les deux jeunes syriens habitent dans un appartement à Hamra, quartier à majorité musulmane de Beyrouth. Et même s’il n’y a pas toujours de l’eau et qu’il faut gravir les étages sans lumière, leur cocon leur permet de supporter leur vie libanaise, avec leur chienne Phoebe, recueillie au pays du Cèdre. Depuis leur arrivé à l’été 2012, ils ont tous deux trouvé un travail. L’un comme journaliste pour une célèbre publication américaine. L’autre comme vendeur d’équipements médicaux à la personne. Leur situation peut paraître plus supportable que pour beaucoup d’autres réfugiés survivant sous des tentes dans la plaine de la Bekaa.

«Nous haïssons le Liban»
Mais Danny et Aamer n’en peuvent plus et veulent émigrer. «Nous haïssons le Liban. Un jour, on était dans un taxi et le conducteur nous a expliqué pendant vingt minutes combien tous les Syriens sont des terroristes… Evidemment, il pensait qu’on était libanais. Ici, pour les Libanais, les embouteillages, le manque d’eau, la hausse des loyers, le manque de travail etc. tout est à cause des Syriens. Mais ce n’est pas de notre faute si nous devons accepter de travailler deux fois plus que des Libanais pour deux fois moins. En plus, on fait les boulots qu’ils refusent.» Fatigués du Liban, les deux hommes ont décidé de postuler pour un visa de réfugié au Canada avec l’aide de l’association Rainbow refugee basée à Vancouver. Danny s’énerve: «Je veux pouvoir embrasser mon copain sans avoir à fermer tous les rideaux, pouvoir faire l’amour sans me dire qu’il ne faut pas faire de bruit. Notre rêve c’est juste de vivre heureux, de se marier et d’adopter des enfants. Le Canada c’est notre dernier espoir.»

Danny, 29 ans et Aamer, 26 ans, se sont rencontrés sur Internet puis dans la vraie vie. «J’ai eu deux ex copains à Damas, l’un qui m’avait volé mon passeport et l’autre qui s’est avéré être un prostitué. Il me menaçait alors Aamer a joué le mec syrien fort et m’a promis de me protéger. C’est comme ça qu’a débuté notre histoire» raconte-t-il dans un sourire. Aamer, lui, n’était pas certain qu’une histoire avec Danny verrait le jour. «Sur son profil, il avait écrit qu’il voulait trouver quelqu’un avec qui faire des brunchs et discuter de films et de livres. Les films j’aime bien les voir mais en parler…» plaisante-til en lançant un clin d’oeil à Danny. Pourtant, ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. A 18 ans, Danny quitte la Syrie pour l’Egypte après une dispute avec son père qui vire au coming-out et un enfermement de trois jours dans sa chambre dont il s’échappe. «En Syrie, nos parents veulent que nous soyons des hommes forts, pas des fan des Backstreet boys», dit-il dans un soupir.

Printemps arabe
L’Egypte lui permet de commencer sa carrière de journaliste dans des magazines. En 2011, il vit les premières heures de la révolution place Tahrir, se fait attaquer par des pro- Moubarak et décide de rentrer à Damas. Nous sommes le 1 février 2011. «Pour moi la communauté LGBT syrienne, c’était tout nouveau. La plupart de ses membres sont soit mariés, soit se détestent eux-mêmes ou entre eux. En Egypte, ce sont plus des activistes qui s’acceptent en tant qu’homosexuels.» Pour Danny, le Liban reste la communauté la plus «flamboyante» de la région. «A Beyrouth, on a des bars gays, ce n’est pas comme en Syrie et en Egypte. On peut se balader à Hamra et Gemayzé. Mais attention ce n’est pas une ville gayfriendly, ça concerne juste certaines rues…» Le couple n’ose pas, même dans ces rues, se tenir la main. Hors de question pour eux de finir au poste de police.

Convaincus qu’ils n’ont «pas de futur au Liban», ils se prennent à rêver. Au Canada, Aamer se voit entrer à l’université pour devenir prothésiste dentaire. Danny imagine sa future carrière d’écrivain. Si leur couple leur permet de tenir, ils ont beaucoup d’amis souffrant de troubles de stress post-traumatique. «Un de nos amis est devenu prostitué ici au Liban» racontent-ils désabusés. Une quarantaine de gays syriens sont aidés par des Libanais qui leur offrent un soutien psychologique et des cours d’anglais. Mais Danny et Aamer, comptant l’un sur l’autre, n’ont pas senti le besoin d’y participer.

Soirées en amoureux
Début novembre, ils ont déposé leur dossier auprès des autorités canadiennes. Maintenant, il faut attendre. «On espère vraiment être acceptés avant fin 2014. Le Canada a dit qu’il voulait accueillir plus de réfugiés syriens… On espère en faire partie» souffle Danny. Pour s’évader et tuer l’attente, Danny et Aamer vont aux plages publiques, jouent aux cartes et fréquentent leurs amis mais pas dans les bars, trop chers pour leurs maigres revenus. Chaque vendredi soir, ils s’accordent une soirée en amoureux. Ron Rosell, un Canadien de Vancouver qui les aide pour leur visa, est devenu un personnage central de leur vie. «Il est très sage. Je peux tout lui raconter. C’est devenu un père pour moi et mon meilleur ami» assure Danny. Le jeune syrien poursuit: «Aamer sait ce que c’est d’avoir une famille sur laquelle on peut compter. Pas moi, alors je suis devenu très proche de Ron. Il me raconte sa vie, je lui raconte la mienne. Je lui envoie même mes articles pour relecture. Si on construit notre vie au Canada, c’est sûr, je veux qu’il devienne le parrain de l’un de nos enfants.»