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«Notre identité a toujours été différente»

Par nature, la Pride est une manifestation fédératrice de la communauté LGBT. Pourtant, aux Etats-Unis, la minorité noire se distancie ouvertement en créant ses propres mouvements parallèles. De l’arc-en-ciel aux Prides de couleur…

Mal représentés. Comme s’ils étaient en décalage au sein d’un mouvement pourtant fédérateur. C’est le sentiment qui a motivé les homos et les lesbiennes noirs des Etats-Unis, ou une partie tout au moins, à se distancer de la Gay Pride pour créer les Black Prides, dotées d’une identité culturelle propre. Et, à l’heure où la communauté LGBT de San Francisco célèbre «son week-end» de fin juin, les mouvements parallèles ou radicalement indépendants se comptent par dizaines dans le pays. «Nous ne nous sommes pas retrouvés dans ces événements, commente l’artiste Blue Buddha, coproducteur de la Soul Pride (African American), un espace dédié aux gays* noirs de la Pride de San Francisco. Nous voulions voir nos activistes, nos artistes, nos hommes politiques.»
Ainsi la communauté LGBT noire s’est-elle organisée. Quelque quinze ans après la mise sur pied des premières manifestations noires, Oakland, New York, Los Angeles, Chicago et bien d’autres villes américaines comptent désormais leur Black Pride. L’International Federation of Black Prides (IFBP), créée en 1999 par le regroupement de plusieurs associations, est désormais active dans plus d’une quinzaine d’Etats américains, au Canada et en Afrique du Sud.
«Nous ne nous sentons pas rejetés de la Gay Pride. Ce n’est pas vraiment cela, explique Sylvia Rhue, qui travaille pour la National Black Justice Coalition, un organisme de soutien pour la communauté LGBT noire. Mais notre identité a toujours été différente. Nous avons notre propre culture, notre façon de nous habiller et de danser. Comme notre musique d’ailleurs. Et la communauté noire a généralement un lien plus fort, voire une identification plus forte, avec l’Eglise chrétienne que la communauté gay* blanche. La question identitaire n’est donc pas la même.»

Les Prides ethniques
Mais plus encore qu’une identité, un mode de vie ou d’expression, les homos noirs aux Etats-Unis sont confrontés à des obstacles que la communauté blanche ne connaît pas. En effet, si la question du mariage est l’une des premières préoccupations des blancs, les noirs, eux, se heurtent encore à des problèmes de discrimination raciale qui s’ajoutent à la stigmatisation de leur orientation sexuelle. Ces divergences expliquent pourquoi les noirs peinent à s’identifier aux célébrations de la Gay Pride, qui restent à large majorité blanche. Dans une récente interview accordée au quotidien San Francisco Chronicle, le président de l’IFBP, Earl Fowlkes, assurait que «la plupart des gens qui allaient aux Black Prides ne vivaient pas dans les ghettos gay, comme le Castro à San Francisco.» Et de poursuivre: «Ils ne disposent donc pas d’institutions et d’espaces attribués.» Espace propre et visibilité. En effet, c’est là aussi que le bât blesse. Encore largement véhiculés par les médias, les stéréotypes ont la vie dure. La représentation de l’homosexualité qu’a le public est encore celle d’un homme jeune, beau, de classe moyenne supérieure et – surtout – blanc. De homos noirs, point. Invisibles. Comme s’ils n’existaient pas, ou alors seulement dans l’ombre d’un mouvement plus général. Et c’est ce que les Black Prides visent à changer. Les gays et les lesbiennes noirs ne sont d’ailleurs pas seuls à vouloir affirmer leur identité propre. Les communautés LGBT d’autres minorités ethniques suivent la tendance: les latinos, comme les asiatiques, comptent désormais aussi leurs Prides.

* Aux USA, ce terme désigne autant les hommes que les femmes.

International Federation of Black Prides
http://www.ifbprides.org/
National Black Justice Coalition
http://www.nbjcoalition.org/

Célébration de la ségrégation?

Une journée spéciale, une fête à laquelle il est fidèle depuis longtemps. C’est par ces mots que Mario Benton (photo), habillé en drag queen indienne pour l’occasion, décrit la Gay Pride de San Francisco. «C’est une telle chance d’être là, d’être en vie. Ça mérite d’être célébré.» C’est son spectacle aussi qui rythme une partie de la Soul Pride, espace dédié à la communauté LGBT black de San Francisco. «C’est bien que nous ayons notre scène. Nous pouvons exprimer notre culture et ses différents aspects.» Mais il ajoute un bémol. «Maintenant, chaque groupe ethnique a sa scène.» Et la séparation est si évidente qu’il n’hésite pas à parler de ségrégation. «La discrimination raciale a toujours cours. Même partager un char pour la parade est difficile.» Une situation d’autant plus absurde qu’il est, selon Mario, indispensable que la communauté homosexuelle se solidarise autour d’une cause commune, des droits pour lesquels il est encore nécessaire de se battre. Et les difficultés de la lutte, il connaît. Il se souvient de la rupture avec sa famille quand il fait son coming out. «Cétait en 1978. Le concept même d’homosexualité était alors tout simplement inacceptable.» Il se rappelle la chute qui a suivi. Drogue, prostitution. Une dérive de plusieurs années. Avant de reprendre pied. Un job d’assistant social qui l’a conduit à son travail actuel: redonner confiance aux jeunes défavorisés, leur donner un espace dans lequel ils peuvent apprendre la danse, la musique et la mode. «Mais vous savez, mon prochain but est de créer une école de «bonnes manières». Mario éclate de rire.