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Appelez-la par son nom!

Appelez-la par son nom!

Dans 20’000 espèces d'abeilles, la réalisatrice espagnole Estibaliz Urresola Solaguren se penche (un rien longuement) sur une identité de genre en éveil. Avec sensibilité, subtilité et intelligence.

«Quand je serai grande, est-ce que je ressemblerai à papa? Parce que je ne veux pas. Pourrais-je mourir et renaître en petite fille?»

Comment faire quand on a 8 ans, qu’on se sent étranger·ère à son propre corps, mais qu’on a du mal à le formuler? À l’image de l’androgyne et boudeuse Cocó, née garçon sous le nom détesté d’Aitor. Elle a pourtant fait avec, jusqu’à ces vacances d’été en famille dans un coin de campagne basque où bruissent les abeilles.

S’ébattant parmi les ruches, jouant avec une fillette du voisinage naturellement complice, elle refuse désormais qu’on continue à l’appeler Aitor. Ou Cocó, ce surnom qu’elle n’aime pas davantage. Un vœu d’abord ignoré par sa rigide grand-mère Lita – pour qui un garçon est un garçon, point – et qui trouve ses cheveux trop longs. Quant à sa mère, Ane, vouant un amour inconditionnel à son enfant mais empêtrée dans ses propres problèmes conjugaux et professionnels, elle évite le débat en biaisant. Tu peux être ce que tu veux, se contente-t-elle de répondre évasivement à ses nombreuses questions.

Seule l’aide vraiment sa grand-tante Lourdes, apicultrice émérite perpétuant une pratique ancestrale. Prenant du temps, prêtant une oreille attentive au désarroi de Cocó, elle se révèle ouverte, compréhensive. Bienveillante, rassurante, elle lui garantit qu’elle n’a pas besoin d’attendre de mourir et de renaître dans un autre corps pour être aimée ici et maintenant. Dans un monde où cohabitent 20’000 espèces d’abeilles, il y a forcément une identité qui lui correspond…

Ni pédagogie ni militantisme

Abordant le thème complexe et délicat du genre dans son premier long métrage, la cinéaste basque espagnole Estibaliz Urresola Solaguren livre ainsi avec sensibilité, subtilité et justesse le portrait émouvant d’une enfant trans dans sa confuse et difficile quête d’identité. Évitant le film à sujet pédagogique ou le militantisme, elle montre, entre poésie, réalisme et métaphores, l’éveil d’un être avide de s’affirmer et de s’accepter, au contact de deux autres générations de femmes qui finissent elles aussi par se remettre en question.

Remarquablement portée par la jeune Sofía Otero, lauréate de l’Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale l’an dernier, cette œuvre émouvante et intelligente aurait toutefois gagné à plus de resserrement, moins de digressions. Si elle se concentre principalement sur l’évolution de Cocó, déterminée à exister telle qu’elle est profondément, la réalisatrice a en effet tendance à s’éparpiller. Tenant à évoquer le poids de la famille, des traditions, elle nous emmène dans quelques scènes longuettes avec pour toile de fond les sculptures du défunt grand-père, réalisées avec de la cire d’abeille, réveillant des souvenirs aussi troublants que douloureux.

Par ailleurs, on rappellera que le film, sorti au printemps 2023 en Espagne, a résonné avec le débat sur la loi trans, qui permet désormais l’autodétermination de genre à partir de 16 ans, voire dès 12 ans dans certains cas.

Dès le mercredi 28 février dans les salles romandes.