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Futurs pluriels

Futurs pluriels
photos: Alizée Quinche, Ben Pi, Mathilda Olmi.
Du 18 au 21 mai aura lieu la 11e édition de ce qui était connu jusqu’à maintenant comme la Fête du slip. Ce week-end lausannois incontournable fait sa mue pour devenir la FdS, festival artistique des affects, des genres et des sexualités. L’occasion de se pencher sur ce que représente cet espace queer particulier et de s’attarder sur trois artistes pluriel·le·x·s à découvrir en mai.

Au cours des échanges avec Arunà Canevascini, Gérald Kurdian et Loïc Valley, plusieurs fils rouges émergent des discussions. Il y a tout d’abord un vocabulaire riche, précis et mouvant. Les formats sont «versatiles», les spectacles «protéiformes», les sensations «empouvoirantes». L’utopie occupe une place prépondérante dans leur art: iels cherchent à proposer de nouveaux imaginaires. En outre, il y a une notion d’archive vivante, de traces et de durabilité. Pas question de graver nos héritages dans la pierre, on les inscrit dans une matière fluide en constant mouvement qui s’infiltre dans les interstices de la société. La question du partage et de la transmission est omniprésente: la communauté parle et s’adresse à tous·tes·x. 

Gérald Kurdian, les possibles de la voix
Musicien·ne·x et performer, notre cover person place sa pratique artistique entre culture et activisme. Présent·e·x dans de grandes institutions européennes et dans le milieu militant, Gérald Kurdian ressent la nécessité de détourner des formats bourgeois  – on pense notamment à sa création X! (un opéra fantastique) – pour investir des espaces culturels hégémoniques et ainsi toucher un large public. Par ailleurs, iel crée des espaces radicaux et protégés pour échanger entre personnes issues des minorités. À la croisée des pratiques, son art est «versatile» et multiple, se glisse là où on ne l’attend pas.

En 2017, Gérald fonde Hot Bodies of the Future. À la fois «média, maison de production, label et fabrique d’archives vivantes», ce projet puise son inspiration dans les écologies sociales des corps marginalisés. Son but est «d’inventer et de promouvoir une vision alternative de la création et de la production dans les domaines des musiques actuelles, des arts visuels et du spectacle vivant» et permet à l’artiste et à ses collaborateur·ice·x·s de créer des espaces de «partage, d’émancipation et d’inclusivité».

Le projet se décline en trois formes. Le Hot Bodies Club est une série de soirées inclusives auxquelles sont convié·e·x·s des artistes avec différents agendas politiques et qui célèbre la fête comme espace de rencontre. Une autre facette des Hot Bodies se dessine dans les performances solo de Gérald, dans lesquelles iel explore son univers de personne queer, non binaire et écosexuelle par l’autofiction. Enfin, le Hot Bodies Choir est un projet choral en trois temps: iel réunit un chœur autour de textes queer et féministes, lequel écrit ensuite son propre texte puis le chante devant un public.
 
Pour Gérald, chanter en chœur s’inscrit dans une démarche queer de réappropriation de pratiques séculaires. Car avant de devenir un art réservé aux initié·e·x·s, le chant faisait partie des pratiques courantes contribuant à densifier le tissu social, au même titre que la danse. Selon ellui, revendiquer cet héritage permet aujourd’hui d’explorer des pratiques de coexistence, d’instaurer une conversation dans un groupe et d’expérimenter avec les possibilités de la voix. Que veut dire «porter la voix pour quelqu’un d’autre?» Comment le chant permet-il de faire «corps commun» pour exprimer des émotions ou des affects impossible à exprimer autrement? Autant de questions qui guident son travail.  

C’est ce projet que Gérald poursuivra lors de la FdS dans un workshop sur plusieurs jours et un concert qui clôturera le festival le dimanche 21 mai. Iel formera un nouveau chœur ad hoc et éphémère qui se produira ensuite avec le Hot Bodies Choir permanent de Paris lors du Festival de la Cité.

Arunà Canevascini, fantasmes de céramique
Arunà est photographe, vidéaste, plasticienne et depuis peu céramiste: elle a récemment fondé sa propre marque de dildos en céramique nommée Téthys. Cette dernière idée lui est apparue lors d’un séjour à Buenos Aires. En résidence artistique durant la pandémie et dans l’incapacité de réaliser son projet de vidéo à cause du confinement très strict, elle se lance dans cette pratique après avoir fait la rencontre d’un céramiste. La sensation de la terre sous ses doigts réveille sa sensualité et fait voyager son imaginaire: à quoi bon faire des tasses quand on peut former ses propres toys?

Très vite, la Tessinoise entrevoit le potentiel du travail de la terre. Libre de créer n’importe quelle forme, elle laisse libre cours à son imagination et explore le champ des possibles: quelle est la forme de mon plaisir? comment créer des volumes qui divergent d’un imaginaire phallique très codé? Former son propre objet de plaisir est, selon elle, une sensation «empouvoirante» et libératrice. Elle évoque un processus créatif durant lequel on «charge l’objet d’une énergie érotique» et fait dialoguer le corps et la forme.
 
Un projet d’autant plus empouvoirant qu’il permet de s’émanciper du marché: pas de plastique, pas de nouvel achat. La porcelaine de ses dildos est ultra résistante,  hygiénique, durable. L’artiste se plaît à imaginer ses dildos comme des objets d’archive qui pourraient être découverts par des archéologues dans des milliers d’années…

Dans le cadre de la FdS, Arunà proposera, le 18 mai, un atelier céramique en collaboration avec Meli (aka Mevil), tarologue et magicien. Comme la fabrication complète d’un objet en céramique est assez chronophage, les participant·e·x·s auront l’occasion de réaliser leur propre forme qu’Arunà se chargera ensuite de cuire et d’émailler. Une occasion unique d’explorer ses fantasmes et de façonner de ses propres mains son objet de plaisir.

Loïc Valley, donner corps à d’autres réalités
Improvisateur·ice·x, acteur·ice·x, metteur·euse·x en scène, chanteur·euse·x et pédagogue suisse, Loïc Valley étend encore le spectre de ses compétences artistiques en expérimentant la réalité virtuelle. Sa pratique puise dans les questions de genre et de la représentation de ces minorités dans le milieu des arts vivants. Elle s’articule autour de la question «Comment s’emparer de formes simples pour parler de sujets complexes?» et cherche à proposer de nouveaux imaginaires.
 
Inscrit dans le cadre de la médiation culturelle de la FdS, son spectacle Voyage dans le genre pose la question suivante: «Qui sont nos ancêtres queer?» Iel raconte à un jeune public le parcours de figures LGBTIQ+ qui ont marqué l’histoire. Loïc y voit la possibilité d’atteindre un moment clé dans la construction de l’identité et du développement de l’imaginaire. Sa pièce permet aux enfants de s’identifier à d’autres modèles: elle représente ce qu’iel aurait aimé voir plus jeune et lui a manqué tout en créant une forme d’émancipation à travers la réappropriation de figures queer du passé. Iel cherche à «donner corps à d’autres réalités» et à montrer que les personnes évoluant hors des normes de genre ont toujours existé.
 

Trois questions à Valentina d’Avenia, directrice de la FdS

 
Qu’est ce qui rend le festival indispensable?
Je pense que le point fort de la FdS réside dans le fait que c’est un espace de construction queer et féministe conçu par des minorités (queer, TdS, racisées, personnes dissidentes du genre, etc.) et qui s’adresse autant à la communauté concernée qu’à un large public de curieux·ses. Nous poursuivons un espace/temps dévolu à une culture qui existait avant nous et qui existera après: la culture trans/afro/féministe, queer, post-porn et sex-positive. C’est un renversement des logiques habituelles dans un contexte où des contenus queer sont programmés un peu partout. À la FdS, c’est la communauté elle-même qui choisit, valorise et met à disposition des savoirs utiles à une société diverse et tolérante. Je pense que ce qui est indispensable c’est aussi de créer un espace de travail au sein duquel il n’est pas nécessaire d’avoir à rendre de comptes ou de s’expliquer en tant que personne trans* par exemple.
 
Que représente ce festival pour toi personnellement?
Faire vivre cet espace queer et féministe est pour moi un engagement militant, il ne me permet pas de vivre. C’est le cas de la plupart des personnes qui y travaillent. Pour moi, ce festival est une espèce d’être monstrueux et magique dont je prends soin avec d’autres. Je l’aime profondément tout comme j’aime celleux qui y contribuent. C’est aussi un espace qui permet de mettre en pratique une vision politique de comment devrait fonctionner une organisation culturelle.
 
Quels sont les événements à ne pas manquer cette année?
Je recommande tout! Mais puisqu’il faut choisir…. Il y aura la table ronde Matérialismes trans à l’Arsenic avec Pauline Clochec, Joao Gabriel, Cynthia Kraus et Nayansaku Mufwankolo en collaboration avec la HEAD de Genève et l’Université de Lausanne. Ce soir-là aura lieu la soirée Black Technique qui met à l’honneur les techniques noires dans la musique électronique. Il y aura aussi la ginguette queer en collaboration avec le podcast Destination Vieillistan, à la Maison de quartier Sous-Gare. Leur but est de réunir différentes générations dans un contexte festif. Enfin, je recommande aussi les films d’Ediy Porn, des productions de porno «déviant» qui ont gagné deux prix l’année passée et renouvellent l’imaginaire post-porn.

Plus d’infos sur fdsfestival.ch