Suisse

«Neutre et désincarné, They/Them est ce qui me correspond le mieux»

Nayansaku Mufwankolo, 33 ans, est enseignantx, poète, historienx et chercheurx à Lausanne.

«Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais voulu être un garçon et je ne me suis jamais sentix être une fille, se souvient Nayansaku Mufwankolo. Je ne me reconnaissais pas du tout dans ce que je voyais comme étant des codes de représentations de la masculinité et de la féminité.» Dès sa plus tendre enfance, Nayansaku est différentx, le ressent sans parvenir à l’exprimer, tout simplement car la nomination d’identités non binaires (genderfluid, genderqueer, non-binaire) fait alors défaut à la langue française. «Sans mot pour traduire, c’est comme si tu ouvrais ta bouche et rien ne sort, observe they. Tu te retrouves malgré toi face à un mur, sans aucun moyen d’expliquer et de permettre aux gentexs en face de toi de saisir un minimum.»

Ajouter des mots, c’est aussi rendre visibles des franges de la communauté LGBTIQA+ laissées de côté. They le constate à ses propres dépens à l’adolescence. «Étant afrodescendantx, j’ai découvert à quel point le racisme était très présent au sein de la communauté, de même que la transphobie, la mysoginie etc. On ne parlait pas du tout de notion d’intersectionalité à ce moment-là.»

Les mots justes

Aujourd’hui, Nayansaku a 33 ans, vit pleinement sa différence et se sent sereinx car les mots existent enfin. Ce sentiment de plénitude remonte à 2018. Une année déterminante dans son parcours de vie de personne trans non-binaire. Jusque-là, they ne se reconnaissait pas vraiment dans le terme de transidentité, qui est systématiquement représenté sous un prisme binaire «M to F» et «F to M». Cette représentation ne reflète pas toute la complexité des transidentités. «À travers des recherches, de nombreuses lectures, des échanges et des discussions enrichissantes», comme Nayansaku le précise, they a découvert ce qui lui convient le mieux. «C’est un processus très récent qui me fait beaucoup de bien. Mettre des mots permet de réfléchir de façon structurelle à ma relation à moi-même et aux autres, mais aussi de façon autoréflexive à mon vécu jusqu’à présent.»

Dans le pronom iel, Nayansaku entend fortement une continuité entre le «il» et le «elle». «La langue française cloisonne beaucoup trop, c’est pour cette raison que j’ai pris le parti d’utiliser le They/Them. Pour moi, c’est complètement neutre et désincarné. Cela me correspond complètement et je le revendique», explique Nayansaku. Au téléphone, sa voix est posée. On perçoit dans ses phrases précises ce besoin de choisir les mots justes.

Sa mère, sa bataille

Nayansaku a grandi dans un environnement familial safe, bienveillant et compréhensif rendu possible par sa mère, un élément très important car déterminant pour sa vie tout entière. «Ma mère était vraiment super. Si je voulais porter un caleçon de bain plutôt qu’un maillot une pièce en étant enfant, j’étais librex. Dans sa forme de militantisme à elle et de manière générale, je dirais que ma mère est mon «role model», déclare they. Cet ancrage dans un «safe space» a certainement contribué à donner l’élan à Nayansaku de militer pour la communauté. Un militantisme intersectionnel dont l’objectif est de participer, à son échelle, au changement en profondeur des structures de l’éducation institutionnelle.

À la HEAD-Genève où they est assistantx pour le programme de Master CCC et à l’Eracom où they dispense des cours en anglais technique pour les «media interactive designers» depuis 2018, they commence chaque nouveau cours en demandant à ses élèves quels pronoms iels utilisent. «J’essaie de sensibiliser au maximum et de déconstruire aussi les stéréotypes véhiculés à travers la production visuelle. Il s’agit aussi d’une forme d’inclusivité.» Sa sensibilisation va plus loin: «Je commence par établir un contrat de bienveillance avec les élèves. Au sein de l’espace de travail que nous partageons, nous nous respectons les unexs les autres dans nos différences et de fait tout commentaire ou blague à caractère sexiste, raciste, LGBTIQA+ phobe, qui ne respecte pas les croyances des personnes, ou validiste, c’est dehors.»

Bio express
Nayansaku Mufwankolo
Pronom: They/Them 33 ans
Enseignantx, poète, historienx et chercheurx en art contemporain, intervenantx en études postcoloniales, décoloniales, afroféministes, queer et de genre, enseignantx à l’Eracom (Lausanne) et assistantx pour le programme de Master CCC à la HEAD – Genève. Titulaire d’un Master en anglais avec spécialisation en New American Studies et en histoire de l’art.

Les autres portraits mis en ligne à ce jour sont sur 360.ch/themes/visibilite-a-360

2 comments

Donc utiliser le pronom « ils » en anglais change la donne. Va falloir m’expliquer car là c’est juste de l’absurdité étant dit que ça existe déjà depuis la nuit des temps en français. Bref, chercher son identité ok, trouver un langage pour en parler, ok, mais utiliser des mots préexistants pour se faire est juste manquer de réelle ambition pour se faire et rester au final dans une normalité préexistante

Non, “they” n’est pas le pronom “ils”. Le “they” anglais est un pronom neutre et n’a donc pas d’équivalent français. Il s’agit de la troisième personne du pluriel, mais sans distinction de genre (contrairement au français avec “ils” et “elles”), et par extension, du pronom utilisé pour parler d’une personne non-binaire ou de quelqu’un dont on ignore le genre.
Il n’y a aucune “absurdité” dans le fait d’affirmer son identité de genre et l’utilisation du pronom qui nous convient le mieux. Si vous ressentez, pour vous-même, le besoin d’inventer un nouveau pronom, très bien. Mais personne ne vous doit rien quant au choix de son/ses propre(s) pronom(s), surtout pas de l’ “ambition” ou de l’originalité.

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