Culture

Tanel par Antonio

Depuis chez lui à San Francisco, Antonio Contreras a réalisé «Exubérance» en lockdown. Il se remémore les longues discussions au téléphone avec Tanel Bedrossiantz qui ont donné vie au film, ainsi qu’à une amitié retentissante de sincérité.

Antonio Contreras, le réalisateur originaire de Mexico City, a hâte de montrer son film. Tanel lui-même préfère garder la surprise et le voir en même temps que le public. La première d’Exubérance, nominé dans huit catégories de La Jolla International Fashion Film Festival en Californie, aura lieu le 25 juillet. Installé dans son salon à San Francisco où il vit depuis 1992, Antonio ne se lasse pas de parler du héros de son film, qu’il qualifie d’activiste. Rencontre via Skype et en hoodie Moschino x MTV. 
 
Quand avez-vous vu Tanel pour la première fois?
C’était dans un VOGUE en 1989, que j’ai toujours dans mes archives. Son image a eu un impact énorme sur beaucoup de gens, dont je fais partie. 
 
Comment l’avez-vous rencontré?
J’avais fait un reportage pour La Jolla International Fashion Film Festival sur le défilé d’adieu de Jean-Paul Gaultier en janvier 2020, dans lequel Tanel était la star. Il avait vu la vidéo sur mon Instagram et m’avait remercié. C’est comme ça que tout a commencé.
 
Comment est née l’idée du film?
Je trouvais qu’il était temps de lui rendre un véritable hommage. Nous avons commencé à échanger juste avant que le Covid ne mette la planète à l’arrêt et le projet s’est vite profilé. Par contre, je ne pouvais pas me rendre à Paris pour le rencontrer à cause du virus. Nous avons décidé de nous appeler tous les vendredis pendant une heure. 
 
Le courant est passé entre vous. 
Tanel n’a aucune intention cachée. Et personnellement, j’applique toujours le conseil que l’on m’avait donné au début de ma carrière: être aussi transparent qu’un verre d’eau. Nous nous sommes tout de suite beaucoup appréciés. Il y avait quelque chose d’innocent et d’honnête dans nos échanges, nous avons développé une confiance aveugle l’un envers l’autre. À mesure qu’il s’ouvrait pour me partager son histoire, nous sommes devenus très proches.

Antonio Contreras

 
Une histoire d’amitié à longue distance. 
Il me racontait ses souvenirs et m’a confié certaines choses qu’il n’avait jamais dites avant. C’est certainement l’interview la plus intime et introspective qu’il n’ait jamais donnée. 
 
Quelle est sa qualité qui vous a le plus marqué?
Son sens de l’humour, très pointu. Un trait de caractère que j’ai essayé de transmettre dans le film. 
 
Le biopic est intégralement illustré par vos soins. Pourquoi ce choix?
Je ne pensais pas au départ le peindre en entier, je pensais utiliser des photos d’archives que Tanel me donnerait. Au final, l’aspect fait main donne un effet couture au film.


 
Le film dure 13 minutes. Qu’avez-vous décidé de ne pas montrer dans le film?
Je voulais surtout éviter les clichés auxquels on peut s’attendre dans un film consacré à un super modèle, du genre sex, drugs & rock’n’roll. Je voulais parler de lui en tant que personne et activiste. 
 
Pourquoi activiste?
Pas le genre d’activiste qui proteste et crie dans les rues! Mais pour moi, défiler comme il l’a fait avec la complicité de Jean-Paul Gaultier, c’était de l’activisme. Ils ont cette relation quasi ésotérique et sont indissociables l’un de l’autre. Jean-Paul pouvait le jucher sur des talons, lui faire porter des robes et du maquillage, Tanel marchait différemment des autres modèles homme aux yeux du monde entier. Souvenez-vous de la visibilité unique et internationale dont jouissait Gaultier à la fin des années 80! Pour Tanel, le podium était un moyen de s’exprimer. 
 
Comment décririez-vous leur collaboration?
Comme Catherine Deneuve était la muse de Luis Buñuel et Audrey Hepburn était celle de Givenchy, Tanel était la muse de Jean-Paul Gaultier. 
 
Il a ouvert la voie au gender fluid?
D’autres l’ont fait avant lui, comme Sylvester, l’artiste disco non-binaire qui portait des robes sur scène. Tanel ne sera certainement pas le dernier, mais il a ouvert la voie à des gens comme Harry Styles, Lil Nas X, Conchita Wurst. À travers eux, les jeunes générations peuvent comprendre l’importance de ce qu’il représente. 
 
Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes générations LGBTQ+? 
J’ai envie qu’elles s’amusent en découvrant la mode et les couleurs. Et puis j’espère que les gosses qui verront le film réaliseront qu’il est possible d’être soi-même et avoir du succès.

In bed with Tanel

Thèmes: Jean-Paul Gaultier  Mode 

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