Édito

Bonjour nos fiertés

Par

Rédacteur en chef

Dans son livre Adieu ma honte, le footballeur gay Ouissem Belgacem décortique les pressions externes et «le chaos intérieur» qui l’ont mené à être privé d’une carrière professionnelle (découvrez son interview). Dans son enfance en banlieue d’Aix-en-Provence, il nourrit deux rêves: devenir un pro du ballon rond et devenir hétérosexuel. Si le deuxième s’avère impossible à réaliser, son talent le hisse au rang de jeune espoir du centre de formation du Toulouse Football Club. Adulte, il voit son rêve d’enfance brisé par le milieu du foot. Et c’est là que réside la véritable honte: dans le camp des adversaires homophobes. Dans un climat de ras-le-bol généralisé du côté des minorités tous bords confondus, l’époque gueule l’urgence du changement de camp. De la honte à la fierté, inversons les rôles.

On entend souvent que notre rapport au monde se forge dans l’enfance, cette courte période d’innocence où se cristallisent les méandres de nos constructions identitaires. Y mettre des bâtons dans les rouages se révèle d’une violence inouïe, qui ne nous laisse pas d’autre choix que de devenir des combattant·e·x·s au quotidien.

Le beau gosse chef de meute qui tentait de me foutre la honte
D’un coup, réaliser rétrospectivement qu’effectivement, durant toutes les après-midi obligatoires sur ce maudit gazon, la passivité du prof trahie par son sourire complice avec mes camarades de classe était une véritable torture psychologique. Ceux-là même qui ne voulaient pas de Pascal et moi dans leurs équipes de foot, la honte était dans leur camp. De toute façon, on n’en avait rien à foutre de leur foot.

Il n’est jamais trop tard pour transcender les situations d’inconfort, d’injustice et de honte en fierté

Un petit pas pour chacun·e·x d’entre nous, un grand pas pour l’humanité, il n’est jamais trop tard pour transcender les situations d’inconfort, d’injustice et de honte en fierté. Je l’ai réalisé des années plus tard à mes propres dépens lorsque, accoudé au bar d’un club en attendant ma consommation, j’ai vu une figure spectrale ressurgir du passé. Le harceleur sans répit de mes récréations, le beau gosse chef de meute qui tentait de me foutre la honte dans mon manteau rouge et mes baskets montantes de boxeur venait me demander pardon. Avant de s’effondrer en larmes sous le poids de sa propre culpabilité. J’avais même consenti à le consoler après qu’il m’ait offert mon drink, puis ceux qui suivirent. Faut pas déconner quand même, tout dédommagement a un prix! Mais le plus important, en attendant les surprises de la Geneva Pride les 26 et 27 juin, soyons fier·e·x·s de qui nous sommes et de nos différences!

Alexandre Lanz. Photo ©Ricardo Caldas

À lire également