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Annulez tout!

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Un an à la tête de 360° et toujours la même sensation inconfortable de marcher

Un an à la tête de 360° et toujours la même sensation inconfortable de marcher sur des œufs: un étrange sentiment de devoir filer droit, d’éviter certaines questions pour passer entre les mailles du filet de la cancel culture. Wikipedia définit cette expression anglaise ainsi: «dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, des individus, groupes ou institutions responsables d’actes, de comportements ou de propos perçus comme inadmissibles […], en particulier sur les réseaux sociaux.»

Tous·tes·x connecté·x·s, tous·tes·x en joue l’un·e·x de l’autre, prêt·e·x·s à dégainer la dénonciation publique en cas de faux pas. «Homophobe, transphobe!», autant de termes brandis à l’intérieur même de la communauté. Non pas que les personnes queer soient exemptes de biais LGBTIQphobes, mais ces mots ne devraient-ils pas être utilisés avec parcimonie, sous peine de perdre leur pouvoir d’indignation? Une attaque violente physique comme celle en Valais en 2021 doit être qualifiée ainsi parce qu’elle est sournoise et repose sur l’ignorance, la bêtise et la peur haineuse de la différence. Un mot mal pensé, une interrogation toute maladroite qu’elle soit, une organisation à parfaire mériterait d’autres qualificatifs, sous peine – je le répète parce que ça me semble capital – de perdre la force de mobilisation des mots désignant la queerphobie ambiante. Vers qui se retourner en cas de besoin si nous allons jusqu’à nous annuler mutuellement?

Question épineuse et complexe que celle de la cancel culture qui se plaît à ostraciser tel ou tel individu sur la base d’accusations publiques relayée par les suiveur·euse·x·s de la doxa queer. Question aussi complexe que la communauté LGBTIQ+ est protéiforme et multiple. Mais que fait-on des personnes concernées qui ne s’y retrouvent pas, qui n’utilisent pas le vocabulaire parfaitement adéquat, qui n’arborent pas la tenue queer standard? Est-ce qu’on les laisse à la marge de cette communauté «inclusive»? N’y ont-iels pas une place? Le queer serait-il lui aussi renfermé face à la différence, face à la non-queeritude LGBT?

L’ambiance générale qui se dégage de la pensée queer dans la société civile concernée donne l’impression que tout le monde est d’accord, qu’il n’y a pas de dissidence, qu’une homogénéité intellectuelle a été trouvée, comme si on avait collectivement atteint LA vérité. Magnifique cohésion ou chimère intellectuelle?

Le revers de la médaille, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de place pour les questions, pour s’interroger mutuellement, pour décloisonner sa pensée et surpasser ses biais. Si on fait un parallèle avec les vagues successives de la pensée féministe, qu’est-ce qu’on regarde maintenant avec circonspection? Qu’est-ce qu’iels ne voyaient pas? Où est-ce que nous ne sommes plus d’accord aujourd’hui? Même exercice avec la pensée queer: qu’est-ce qui nous semblera incongru, dépassé, contreproductif quand le queer sera un concept obsolète, archaïque?

Prenons les safe space, notre communauté est obsédée par ces espaces prétendument préservés de toute violence. Mais qui est-ce qu’ils préservent? De quelle violence? Est-ce qu’être queer nous empêche magiquement de ne pas produire de violence envers autrui, jamais? Je sais la force de se retrouver entre pairs dans un lieu confortable, mais est-ce une valeur cardinale à suivre aveuglément? Quelle marge critique envers ces espaces est possible et surtout qui peut émettre ces critiques et être pris au sérieux, sans risqué d’être traité de *phobe, voire annulé?

Je n’ai pas de réponse définitive à ces questions, mais les œufs que je m’efforce de ne pas écraser depuis un an m’interrogent…Je vous laisse ici avec la traduction de quelques catchphrases de Clementine Morrigan, co-hôte du podcast @fuckingcancelled, qui participent à mes interrogations:
«Les espaces “queer” obsédés par le fait de surveiller [policing] l’identité et le genre des gens ainsi que le language utilisé pour ceux-ci ne m’intéressent pas.»
«Les espaces “queer” qui sont puritains et obsédés avec l’idée de “sûreté” [safety] ne m’intéressent pas.»
«Les espaces “queer” qui proclament “fuck la police” et “la première pride était une émeute” mais ensuite se surveillent et s’annulent parmi ne m’intéressent pas.»