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Honte, ad nauseam

Honte, ad nauseam

«Sa main sur ma cuisse. Je fixe la télé, mais je ne regarde pas le

«Sa main sur ma cuisse. Je fixe la télé, mais je ne regarde pas le film. J’ai honte. Je trouve tout ça ridicule. C’est moi qui devrais avoir la main sur sa cuisse. Et lui il devrait être une fille qui se met du vernis rouge en ricanant. C’est comme ça que devait se passer toute ma vie.»

Dans La prochaine fois que tu mordras la poussière, véritable phénomène de cette rentrée littéraire, Panayotis Pascot nous emmène dans les méandres douloureux de la découverte de sa sexualité. Le jeune acteur et humoriste de 25 ans nous avait déjà marqué avec son «presque» coming out (comme l’avait titré nos collègues de Têtu·) dans son précédent stand-up. Son livre aborde également son difficile rapport au père et à la dépression qui le ronge. Sale triade. 

Il y a dix ans, on découvrait dans En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis un monde prolétaire violent et crasse d’homophobie. Un ouvrage qui a certainement marqué une grande partie des mecs gais de ma génération. À sa suite, Panayotis Pascot. Mais lui vient d’une famille bien plus privilégiée. Son père, Philippe Pascot, est écrivain et homme politique et le jeune homme évolue déjà dans le milieu médiatique parisien alors qu’il n’est pas encore majeur. On le découvre comme chroniqueur dans l’émission Le Petit Journal, il n’a que 17 ans! Louis, Pascot fils, deux trajectoires différentes et pourtant, dans le récit de ces hommes, le même rapport à la honte et à la culpabilité face à sa sexualité, et les exemples sont nombreux en littérature. Pourquoi?

«Au commencement, il y a l’injure.» écrit Didier Eribon en 1999 dans son formidable Réflexion sur la question gay. Et si une clé de compréhension de cette honte quasi structurelle face à la sexualité gaie se trouvait là? L’insulte ultime lorsqu’on est un garçon: «pédé». Quatre lettres qui révèlent à elles seules ce qu’il ne faut absolument pas être, l’antithèse de l’homme. Son pendant féminin? «pute», et non pas lesbienne – même si l’insulte fonctionne salement bien également. Aux hommes, l’interdiction d’être pénétré, «dispose de ta sexualité autant que tu veux, mais de la bonne manière, soit conquérant du corps féminin» nous souffle l’injure. Aux femmes, «réserve ta sexualité, ne soit pas dispendieuse, fais la rare» dit-elle. 

La pute et le pédé, deux figures repoussoirs qui rythment la manière dont on élève nos enfants dans cette société, qui dessinent la manière dont on les forge (ou ne les forge pas). Je dessine à grands traits bien sûr, je généralise et pourtant ce système semble toujours si présent. Alors comment changer ces figures-là, quelles figures repoussoirs non discriminantes créer, si le présupposé c’est que l’on se constitue sur des modèles auxquels on s’identifie et sur d’autres desquels on se distancie? Qu’inventer comme personnages pour que le prochain succès de la rentrée littéraire qui émane d’un homme gai ne soit pas une énième histoire de honte, de dépression et de figure paternelle rugueuse?