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Comme un pogo en haut talons

«Juvenile Deliquants» fagzine punky et déglingué édité par les légendaires Bruce la Bruce et G.B. Jones au milieu des années 80 surfe gaiement au sommet du genre queercore dont il est l'instigateur. Et ça cogne dur!

Insolent comme une claque sur une fesse moulée de cuir et suintant comme une bière tiède versée sur une crête hirsute, JD (prononcer Jay-Dee) est né à Toronto il y a quelques décennies. Dès ses premières frasques, il a été unanimement considéré comme le germe catalyseur ayant donné naissance à la scène queercore. Au fil des pages photocopiées couvertes de graffitis graveleux, punks et gays en prennent pour leur grade dans une joyeuse mêlée digne d’un pogo en talons hauts.

Le premier opus de JD agit tel un cocktail Molotov sur ces deux groupes marginaux pourtant habitués à se faire haranguer sans ménagement, mais pas forcément simultanément. Piqués à vif au coeur même de leur bastion et comble de l’ironie, par des membres de leur propre communauté, l’effet fédérateur n’a plus qu’à agir: le queercore, nouveau genre mutant, est né. Le but avoué de la sauvage G.B. Jones, fondatrice de JD et de son co-équipier Bruce la Bruce (encore obscurément underground à cette époque) est atteint dès la première parution. En attaquant ouvertement les deux parties, l’union se crée comme par enchantement et la fête peut commencer. Des titres tels que Don’t be Gay ou Polymorphous Perversity sont monnaie courante à la une de JD, et les collaborations issues des deux bords ne se font pas attendre: le genre se perfectionne à la vitesse grand V et on n’y va pas de main morte.

Outre G.B. Jones elle-même, dont les illustrations tendance gay cuir de ses «Tom Girls» ne font pas dans la dentelle, se dessine aussi déjà en filigrane ce qui deviendra par la suite l’univers tout spécifique de l’indétrônable Bruce la Bruce, à travers des fictions tout aussi trash et frontales que son style cinématographique actuel peut l’être. Les contributions à JD sont aussi en grande partie musicales, le sommet du genre demeurant l’introuvable mixtape culte: «JDs Top Ten Homo Core Hit Parade Tape» contenant des perles rares aux titres aussi explosifs que les noms des groupes (dont certains poids lourds) tels que Coil: «The Anal Staircase» ; The Leather Nun: «Gimme Gimme Gimme (A Man After Midnight)» ; The Dicks: «Off-Duty Sailor» ; The Raincoats: «Only Loved At Night» ; Victim’s Family: «Homophobia» et d’autres raretés du type Black Fag ou Vaginal Davis pour n’en citer que certains. Il n’est pas trop difficile de laisser son imagination divaguer en reconstituant mentalement le paroxysme proche de l’orgie que certaines soirées labellisées JD devaient atteindre à certains moments, et en particulier les premières parties du genre.

Lorsque JD a cessé d’exister en 1991, G.B. Jones a poursuivi dans la même direction en fondant immédiatement un autre fanzine, «Double Bill» classé X dans la catégorie plutôt extrême de hate-zine (en opposition farouche à fan-zine) puis a collaboré épisodiquement à plusieurs fanzines de type «Riot Grrrrl» – mouvement hardcore punk féministe- tout en continuant ses tournées en tant que musicienne punkrock. A cette époque, Bruce la Bruce prenait déjà l’ascenseur pour la gloire, bien que sa filmographie soit restée fidèle à l’underground pur et dur et cela malgré son indéniable succès. Son ascenseur paraissant être de type éternellement souterrain, il s’adresse encore à ce jour à un public très spécifique et, toutes proportions gardées relativement restreint, et cela nous ravit encore et toujours, puisque nous en sommes.