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Des vies gay en Mondovision

De la petite histoire locale au mouvement global, il n’y a qu’un pas. Que franchit le documentaire Global Gay. Un projet qui se lance dans le financement participatif.

«I’m very much in love w/u». Un SMS pas bien méchant. Jean-Claude a pourtant été condamné à trois ans de prison pour ces quelques mots. Ça se passe au Cameroun, pays qui sanctionne les actes sexuels entre personnes du même sexe à cinq ans de prison. Jean-Claude, on le rencontre dans le documentaire Global Gay que sont en train de tourner à travers le monde l’écrivain et chercheur Frédéric Martel et le documentariste Rémi Lainé (Nés séropositifs, Khmers rouges, Le Monde s’arrête à Bugarach), et qui raconte à partir d’histoires locales – celles des gens de la rue – un combat beaucoup plus global, universel, celui du droit des homosexuels à vivre et à s’aimer librement.

Quand on aime ou désire quelqu’un du même sexe que soi, c’est la peine de mort dans sept pays, dont l’Iran, l’Arabie Saoudite ou encore le Yémen et le Soudan. La prison, les coups de fouet ou autres châtiments corporels dans 78 autres pays. Global Gay, c’est d’abord un livre, celui de Frédéric Martel, qui fourmille de témoignages dans tous ces pays. Mais pour le documentaire éponyme, «nous ne pouvions pas filmer en Iran ou le Nigeria pour deux raisons, détaille le réalisateur français Rémi Lainé. D’abord, ça aurait mis en péril la vie de nos interlocuteurs. Ensuite nous n’aurions eu aucune liberté d’action. Nous avons donc décidé de zones intermédiaires, de pays dans lequel le débat est existant. Nous en avons sélectionné six, dont les situations sont différentes et évoluent.»

De l’ombre à la lumière
Premier d’entre eux, le Cameroun. On y découvre Jean-Claude, donc, en cavale pour son sms amoureux. Art 347 bis du Code pénal camerounais : «Est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 20 000 à 200 000 francs d’amende toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe». selon le rapport annuel de l’ILGA sur l’homophobie d’Etat 2013. L’équipe y a tourné pendant trois semaines. Rémi Lainé: «Il y réside malgré tout un réseau associatif très actif et des personnes qui ont décidé de vivre au grand jour leur homosexualité. On a travaillé avec des gens qui ont été condamnés … Ces gens de la rue ont l’immense courage d’assumer leur homosexualité, ils sont dotés d’une force formidable! Et on se dit, à les côtoyer, que c’est une sacrée relève pour des régimes autocratiques moribonds … une relève qui passe par des réseaux associatifs de droits LGBT.» De Jean-Claude à l’universel, voilà l’essence de Global Gay, le docu. Ces petites révolutions qui finissent par changer le monde.

Il y a aussi Durga au Népal. Durga qui vit avec Bhakti, qui se définit comme transgenre. Pourquoi le Népal? Parce que depuis 2008 les actes homosexuels y sont légaux, alors que ce n’était quand même pas gagné … «Il y a eu une réelle évolution ces dernières années, raconte Valérie Montmartin, productrice et codirigeante de Ligne de Mire Production. Jusque il y a cinq ans, la loi était assez répressive. Mais suite au combat d’un député activiste, l’homosexualité a été dépénalisée. Cet élu a révolutionné les textes du pays, a fédéré les activistes et a créé une vraie force.» Un choix logique après le Cameroun. «De l’ombre à la lumière en quelque sorte», résume Rémi Lainé, réalisateur de Nés séropositifs, la vie devant soi (2011).

Autre pays, Cuba. Où se trouvent à l’heure où nous bouclons ce merveilleux numéro Rémi Lainé et son équipe. Il y réside un mouvement initié entre autres par Mariela Castro Espán (fille de Raúl et nièce de Fidel) qui y dirige un centre médical: le Centre national d’éducation sexuelle qui prend en charge la question du droit à l’homosexualité. «Une révolution dans la révolution» quand on sait les conditions dans lesquelles les homosexuels étaient enfermés dans des camps. Mais en excellent documentariste qu’il est, Rémi Lainé ne se laisse pas bluffer. «Nous ne sommes pas naïfs» reconnaît-il. «Est-ce du Pinkwashing? Est-ce une vraie (r)évolution ou cela ne cache-t-il pas d’une certaine façon une autre réalité? Comme lorsque le gouvernement d’Israël accorde l’accueil aux Palestiniens et dit: regardez ce que nous faisons pour eux? Ça ne doit pas masquer les résistances castristes, et les droits LGBT ne sont pas encore respectés partout.» Vérification sera donc faite sur place.

Quid des autorisations de tourner ? Au Cameroun, l’équipe n’a même pas essayé de demander; cela a été inutile au Népal; des autorisations officielles ont été demandées pour Cuba. La production compte aussi se rendre dans d’autres pays, de l’Est et de l’Asie, mais la discrétion ici est de mise. Motus et bouche cousue donc. Sur place, c’est la journaliste Alice Gastine, la «tour de contrôle» comme la surnomme Rémi Lainé, qui repère, depuis Paris, les contacts, les histoires de chacun.

Histoire locale, débat global
Pour la productrice Valérie Montmartin, ce documentaire intervient dans l’élan du mouvement pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité, qui doit conduire l’ONU à voter une résolution historique pour les droits des gays et des lesbiennes. «Ban Ki-Moon a interpelé l’Afrique à ce sujet, même Barack Obama s’est déclaré en faveur des droits LGBT. Nous savons que nous avons raison de traiter ce sujet, qui n’intéressait pas forcément tout le monde il y a encore peu.» Cette bataille de l’ONU à travers ses conférences forme le squelette de Global Gay. «C’est chiant, admet Valérie Montmartin, mais la chair de notre film c’est vraiment de plonger dans l’histoire des personnages.» Le dernier défi international raconté à la première personne.

Financement participatif

Prévu pour la fin de l’année, Global Gay n’a pas encore trouvé la totalité de son financement (le financement a été bouclé entre la rédaction et la publication de cet article, ndlr.). Le budget total est de 300’000 euros. Le diffuseur français, France 5, en couvre une partie. Des réponses sont attendues de la part d’organismes publics et de fonds privés. Petite nouveauté: pour la première fois, Ligne de Mire Production se lance dans le financement participatif et vise 10’000 euros avec le site touscoprod.com. Près de 50 % de la somme ont déjà été trouvés et une petite communauté se crée. Est-ce assez? «C’est déjà pas mal», défend Valérie Montmartin. Il faut aussi reconnaître que financer un film sur la dépénalisation de l’homosexualité en rend frileux plus d’un. «Reconnaissons-le, la question homosexuelle gêne, déplore Rémi Lainé. L’accueil pour ce film a été glacial. Mais ce n’est pas que ça. Les crédits diminuent car il y a de plus en plus de chaînes, les télévisions n’aiment pas forcément les projets internationaux et beaucoup trouvent ce projet trop ambitieux.» Le salut financier des documentaires réside-t-il dans le participatif? L’avenir nous le dira. Global Gay, de Frédéric Martel et Rémi Lainé. Sortie prévue fin 2013.