Gays vs. Big Brother

A l’origine du scandale des écoutes menées par l’administration US, le journaliste Glenn Greenwald a expliqué que son homosexualité était à l’origine de son engagement. Comme un certain Bradley Manning.

Les révélations sur l’accès des agences de sécurité américaines aux relevés téléphoniques de millions d’Américains, la semaine dernière, c’était lui. La participation de Microsoft, Apple ou Facebook à un vaste programme d’espionnage informatique mené pour le compte de l’administration Obama, c’était encore lui. Glenn Greenwald est le journaliste dont tout le monde parle, en ce moment, aux Etats-Unis. A 46 ans, cet ancien avocat devenu bloggeur indépendant, puis journaliste pour le site Salon, avant de rejoindre «The Guardian», a un cheval de bataille: la protection de la vie privée. C’est au nom de la Constitution qu’il a entrepris de mettre au jour un appareil de surveillance d’Etat qu’il juge plus puissant que jamais. Pour lui, les explications de l’administration Obama qui défendent ces systèmes comme «un outil capital dans la protection de la Nation contre les menaces terroristes», ne tiennent pas. «Le gouvernement continue son orgie de poursuites contre les informateurs, et essaie de criminaliser le journalisme et de bâtir un réseau de surveillance massif qui détruit la vie privée», a-t-il écrit vendredi dans le quotidien britannique.

Aux Etats-Unis, Glenn Greenwald est sur la sellette. On l’accuse de faire peu de cas de la sécurité du pays, voire de le mettre en danger. Comme un certain Bradley Manning, le soldat américain qui fait actuellement face à une cour martiale pour avoir divulgué des milliers de documents militaires et diplomatiques top secret à WikiLeaks. Comme le jeune soldat, Greenwald est gay. Il s’est marié avec son partenaire, Brésilien, et vit depuis 2006 à Rio de Janeiro.

Evaluer le système
Manning avait dit que le traitement réservé aux homosexuels dans l’Armée lui avait ouvert les yeux sur les exactions commises par les forces américaines en Irak et en Afghanistan. Comme Manning – dont il est un ardent défenseur –, Greenwald indique que son homosexualité a joué un rôle dans sa croisade pour la protection de la sphère privée. «Quand vous grandissez en étant gay, vous ne faites pas partie du système et cela vous force à l’évaluer: ‘est-ce moi ou est-ce que le système qui est mauvais’?», explique-t-il. «La question du whistleblowing ou des fuites n’est pas une question de secrets et de mensonges. Ce qui est en jeu, c’est la limite entre public et privé: des distinctions avec lesquelles les hommes gay ont toujours dû naviguer avec précaution.», rappelle «Out».

Le fait d’être gay prédisposerait-il au whistleblowing? L’idée fait apparemment son chemin auprès d’un certain public. Hier, quand le nom d’Edward Snowden – la source de Greenwald pour le scandale de surveillance téléphonique – est sorti dans les médias, il a immédiatement fait l’objet de rumeurs sur les réseaux sociaux et les forums: l’ex-employé des services de renseignement américains serait-il donc homosexuel? Mais sur ce coup, les conspirationnistes semblent avoir tout faux.

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