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Thoune-Harlem, et retour

Le Blues, une vocation jamais démentie pour Philipp Fankhauser, un Suisse qui s’est taillé un grand nom aux côtés de légendes telles que Johnny Copeland. Avec «Watching from the Safe Side», son nouvel album, ce quadra séduisant et simple évoque son expérience singulière en tant que Bernois, blanc et gay dans le creuset d’une culture américaine, black et straight.

En tant que Suisse, blanc et venant donc d’un milieu plutôt favorisé, est-ce légitime de chanter le Blues?
Comme le disait Willie Dixon, le Blues parle des true facts of life, des vraies choses de la vie. C’est aussi bien la tristesse que le succès et la joie, toute la palette des sentiments. Et moi, je chante sur la joie d’être on the safe side, du côté sûr de la vie, en Suisse.
Depuis mes dix ans, il a toujours été clair que je voulais être un bluesman comme Buddy Guy ou Luther Allison. Mais je savais que j’avais un problème: j’étais blanc. Quand je suis arrivé aux Etats-Unis en 1993 et que je me suis mis à travailler avec certains de ces grands musiciens, je me suis aperçu que la plupart d’entre eux n’avaient quasiment aucun autre choix que de chanter le Blues et jouer de la guitare. Leur amour pour cette musique est sans partage. Alors j’ai tout essayé pour me débarrasser de mes «options suisses», des langues que je parle… désapprendre tous ces trucs que je sais faire, et dont j’avais l’impression qu’ils étaient comme des obstacles sur ma route. J’ai vraiment essayé de me «réduire», jusqu’à ce que je me rende compte que non, décidément je suis suisse, je viens de Berne et je chante le Blues. Voilà!

Dans ta chanson «Thomas and Rodney», tu mets en scène la rencontre entre un jeune Zurichois et un Américain d’un Etat du Sud… Le dialogue qui s’installe est difficile, plein de malentendus…
Quand je suis parti de Thoune pour Harlem, j’avais 29 ans. Je me suis retrouvé l’unique blanc au milieu de noirs. J’ai alors ressenti ce que pouvait ressentir un noir dans un environnement blanc – on est très nu. J’ai aussi connu beaucoup de gens dont je me suis inspiré pour créer l’histoire de Rodney. Dans la chanson, les deux hommes ont de la peine à se comprendre puis, à la fin, ils finissent par s’étreindre – peut-être que Thomas a compris Rodney, ou bien il y a autre chose entre eux – mais ça, c’est laissé à l’imagination de l’auditeur…

En tant que gay, comment vivais-tu cet aspect-là de ta vie dans le milieu des musiciens de Blues…
Johnny Copeland et son groupe, c’était «old, old school»! Johnny était noir, texan, il avait 55 ans quand je l’ai rencontré. Je n’ai jamais abordé le sujet avec lui et je ne sais pas s’il a jamais su que j’étais gay. Pour moi, ce n’était pas important. En tout cas, mes années en Amérique n’ont pas été très gay. J’étais concentré sur la musique. En tournée, je me souviens d’une fois où l’on avait pris un auto-stoppeur. Un rêve… mais je pouvais rien faire, même pas regarder! J’ai tout de même eu quelques bonnes surprises, comme à Nashville, une ville dominée par les religieux, où être gay, c’est exclu. Une fois que tout le groupe était allé dormir, j’avais pris un taxi et trouvé l’adresse d’une boîte. J’ai aperçu un mec se faufiler derrière un container, je l’ai suivi vers une petite porte, Là, j’ai découvert un club gay énorme, totalement fou et souterrain… Sodome et Gomorrhe, je n’ai jamais vu ça ailleurs! Finalement, quand quelque chose est caché, tout devient possible!

Il y a souvent de l’intimité et de la sensualité dans les chansons que tu signes sur l’album. Mais tu évites de t’adresser spécifiquement aux gays…
Je n’ai jamais voulu faire des chansons «gay» – l’important pour moi reste la musique. Dans «Sunday morning», quand je dis «You’re beautiful», on ne sait pas si je m’adresse à un homme ou à une femme. Pour moi, c’est une question de respect pour le groupe, mais aussi pour le public. Je ne suis pas un soldat des droits des gays, même si je sais qu’il y a des gens qui ont fait beaucoup pour que l’on puisse se montrer et vivre librement aujourd’hui en Suisse.

A force de rester dans une Suisse bien calme et sûre, tu ne risques pas perdre un certain esprit du Blues?
J’ai la grande joie de jouer avec Richard Cousins (bassiste du groupe, ndlr.). Beaucoup d’inspiration me vient par lui: on parle de beaucoup de choses que seuls lui et moi comprenons. Il a fait 20 ans de tournées en Amérique, moi seulement trois, mais on connaît beaucoup de détails et on parle l’américain ensemble… C’est très revitalisant pour moi – pour l’instant… car peut-être qu’un jour, dans cinq ou dix ans, j’y retournerai!

«Watching from the Safe Side», distribution Sony-BMG
En concert le 16 juillet au Gurten Festival de Berne avec les vocalistes ultraglamour The Sweet Inspirations.