De l’electro en tutu et gants de hockey

D’un battement de paupières arc-en-ciel, le Canadien Diamond Rings marie la pop-electro et la folk. Portrait d’un orfèvre du grand écart.

Ses longs bras d’ancien basketteur lui donnent des airs de kid qui aurait grandi trop vite. 1m90 moulé dans ses leggins, tête blonde et voix de basse profonde. Sur les épaules, un blouson scintillant qui fait bling. Au pied, une paire de Air Force qui font black. Le Canadien Diamond Rings, 26 ans, est un talent brut aux facettes bien taillées.

On le rencontre dans les loges du Romandie, à Lausanne, où sa tournée faisait halte il y a quelques semaines. Derrière ses machines clignotantes et ses lunettes miroitantes, il étrennait seul en scène les titres de son premier album, «Special Affections». Un précipité un brin cheap de folk et de pop électronique, une certain maestria du toc tout en clavier et en rythmiques minimales («Show me your stuff»). Parfois, la langueur des guitares s’évapore au contact d’un R’n’B suintant («Wait & See»). Normal, ici le collage est un art.

Rattraper le temps perdu
«Aujourd’hui, les outils digitaux offrent des possibilités infinies. Les styles se sont démultipliés. En musique, la question n’est plus de savoir ce que l’on fait, mais plutôt ce que l’on ne fait pas.» Ses jambes interminables pliées sous le miroir de la loge, il tend ses paupières aux bons soins de Lisa ; la complice de toujours avec qui, enfant, il s’ingéniait à combiner tutu et gants de hockey. «Adolescent, j’ai fait beaucoup de sport. J’ai toujours aimé ça, mais à l’intérieur, je me sentais excentrique, différent des autres. Diamond Rings est une manière de rattraper le temps perdu.»

Il trempe un carré de chocolat dans son vin rouge. Lisa lui fait des yeux de biche couleur perroquet. «Ce qu’on essaie de faire, tant au niveau du son que de l’image, c’est de distiller nos influences. Il y a beaucoup d’éléments venus du hip-hop des années 90, de l’électro d’avant-garde, mais on aime aussi Katy Perry ou Justin Timberlake. Je m’intéresse beaucoup aux chansons qui plaisent à des millions de gens. Pour moi, il y a quelque chose de magique là-dedans.»

Chant de la marge ou musique de masse, blush fuchsia ou peroxyde. Au fond, bien plus que l’arc en ciel revendiqué, c’est cette ambiguïté permanente qui rend Diamond Rings profondément queer. «J’aime l’idée que, soumises à une forte pression, différentes roches se cristallisent pour former un diamant. C’est à la fois souterrain et très précieux si on le découvre, à toute épreuve et en même temps infiniment délicat.»

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