Édito

L’édito de juin:Bas résilles et haute hérésie

« Comment réclamer l’inclusivité lorsqu’on fait l’exacte preuve du contraire dans nos pratiques?»

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Rédacteur en chef

En mai 2022, pendant que la Fête du Slip se faisait bannir d’Instagram et qu’une partie des affiches de la campagne contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie étaient vandalisées dans l’espace public genevois, Marius Diserens faisait face, seul chez lui un dimanche soir, à un déferlement de haine à son égard sur Twitter.

Tout a commencé avec le repartage d’un reportage de la RTS datant de 2020, dans lequel il expliquait qu’être un homme est absolument compatible avec un dressing aux attributs féminins. S’en est suivi cet hallucinant flot de fiel en commentaires totalement abjects ne méritant pas de réponse. Mais qui, chacun, sous-tend une multitude de questions sur l’hostilité sous-jacente, comme une bombe à retardement.

Parmi ces commentaires, des hommes gais affirment leur rejet de ce type de masculinité. Pendant que les personnes non concernées vocifèrent, ouvrons plutôt la réflexion sur cette scission au sein de la communauté LGBTIQ+. Ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fois que cela arrive. Si nos revendications pour plus de visibilité suscitent trop souvent de violentes réactions de la part de personnes non alliées, ce combat au nom de nos droits ne devrait pas nous désolidariser. Jamais. Au lieu de cela, ne devrions-nous pas rester conscient·e·x·s que l’inégalité des privilèges est un dénominateur commun, à des niveaux différents selon nos genres et statuts sociaux? Si chaque trajectoire est individuelle, la marche en avant devrait être collective.

Chaque dissociation au cœur des foultitudes de vies inscrites dans la vaste communauté remet en question notre capacité à dialoguer, questionner, chercher des réponses, en inventer des nouvelles évolutives. Tirer à boulet rouge sous prétexte qu’un·e·x tel·le·x interlocuteur·trice·x n’a pas droit au chapitre parce qu’iel ne vit pas la même réalité éteint peu à peu toute forme d’humanité. A chaque fois que c’est le cas, au-delà de la sidération, croît le spectre d’un échec cuisant. Et la menace de donner des arguments à celles et ceux qui souhaitent nous renvoyer au placard des invisibilisé·e·x·s. Si même entre nous on ne fait plus l’effort de se comprendre, c’est le bordel. Les indigné·e·x·s de voir un homme politiquement engagé en chaussures à talons hauts devraient commencer par se demander quelle corde sensible cela touche en elleux. Oui, si la marche en avant devrait être collective, les limites, elles, sont personnelles. Surtout, comment réclamer l’inclusivité lorsqu’on fait l’exacte preuve du contraire dans nos pratiques?

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2 juin 2022   Thèmes: