Ma pride avec Guillaume Dustan: Je gobe un œuf

1er août 1999

Guillaume Dustan, Fribourg, juin 1999. Photos: Nine.

Ecrivain et directeur de la collection Le Rayon Gay chez Balland, Guillaume Dustan était invité avec quelques-uns de ses écrivains aux forums littéraires de la Gay Pride de Fribourg. Croisements en marge des débats.

Vendredi, 14h, Bar Intercity, face aux arrivées TGV. Présentations, puis embarquement dans les taxis londoniens mis à disposition par un généreux sponsor. Les lesbiennes dans l’un, l’équipe du Rayon Gay dans l’autre. Les chauffeurs, gros et transpirants, nous tendent une carte: «Vous avez été véhiculés par Poupoune et La Gitane».

Dans le taxi, Dustan assure le «minimum syndical de small talk». Derrière ses lunettes de soleil rectangles. Rémès parle plus, un peu. S’intéresse à la Suisse, à Fribourg, un peu. Il connaît: Zurich-Bar Füsser, Genève-Dialogai, un peu. Le troisième, le traducteur de Dorothy Allison, écoute du regard, presque timide. S’élance dans une discussion sur les assoc’ de lutte contre le sida. Interrompt son propos, comme pour s’excuser. Le bon, la brute et le truand. Poupoune (ou La Gitane?) fait le chauffeur, et moi le guide touristique poli et intéressé. Les rôles sont bien répartis.

«Pourquoi Fribourg?» «Parce qu’on nous invite pas ailleurs.» «Parce que la Gay Pride romande tourne chaque année. Fribourg, c’est une petite ville, capitale catholique, jonction avec la Suisse alémanique, c’est un symbole.»

On avait décidé de s’arrêter sur l’aire du motel de la Gruyère. Parce qu’il y a un lac articficiel, une ruine carton-pâte et une terrasse. Drôle, quoi. On s’arrête pourtant avant, face au Léman et aux Alpes. Poupoune (ou La Gitane?) a la dalle. Alors, on s’arrête avant. On en profite pour boire un coup, pendant que Dustan fait le plein de clopes. Des Marylong, comme celles que lui a passées Nicolas Pages, après leur rencontre dans un train direction Liège, où ils étaient invités pour un débat littéraire. On a passé Lausanne. Montreux commence son festival en contre-bas. «On arrive quand?»

J’apprends qu’il est Sagittaire, c’est-à-dire «chiant et qui ne sait rien», et que Rémès est Vierge.

Dans pas longtemps, le temps d’apprendre que Dustan s’est fait virer de la rédaction en chef du gratuit «e-male», qu’il a d’autres projets de presse, qu’il va lancer un horoscope gay pour les fêtes de fin d’année, qu’il est Sagittaire, c’est-à-dire «chiant et qui ne sait rien», et que Rémès est Vierge.

Enfin, Fribourg: la photographe et moi descendons dans le centre-ville. Hôtel Elite. Rémès et Dustan profitent de la halte pour s’acheter une jupe blanche plissée chez Mode Discount, en face.

Après un repas à l’hôtel des écrivains, où on discute sans intérêt et on bouffe sans apprécier, Forum Fribourg pour le forum littéraire. Mauvais débat autour de mauvaises questions.

Je retrouve Dustan, Rémès et le traducteur de Dorothy Allison dans la grande halle qui sert à faire la fête: non, je n’ai pas d’ecstasy, je sais pas à qui demander.

Après avoir fait la tournée des grands ducs dans le centre, je me fais ramener par Poupoune (ou La Gitane?) au Forum. La porte s’ouvre. Dustan et les autres sont là: «Tiens, la bourgeoise!» Réponse avinée: «Je t’emmerde, connard!» Je me fais foutre dehors, la petite bande s’est trouvé un guide qui les emmène au camping de Dialogai, où l’équipe des soirées Genfshaft a fait un grand feu devant de grandes tentes…

Le premier s’approche, sourire en coin, lunettes de soleil rectangles: «Comment va notre journaliste bourgeoise et prétentieuse aujourd’hui?»

Le lendemain, gueule de bois sur les Grand-Places, point de départ du défilé. Dustan et Rémès ont enfilé leurs jupes. Le premier s’approche, sourire en coin, lunettes de soleil rectangles: «Comment va notre journaliste bourgeoise et prétentieuse aujourd’hui?» J’en sais rien, besoin d’une bière. L’hôtel qui borde la place balance des rouleaux de PQ depuis les fenêtres. Grandes bandes blanches qui s’envolent. Dustan: «C’est magique.» Char techno avec mousse, les rues de Fribourg remplies de monde. «C’est magique.» A mi-chemin, l’équipe du Rayon Gay se fait la malle au Café du Gothard pour une fondue moitié-moitié. Chasse aux gousses d’ail «pour faire chier la punaise qui anime le débat». Le forum littéraire du samedi soir s’avère pire que la veille.

La halle est un peu plus remplie que vendredi. Dustan et Rémès sortent leurs queues sur la piste, tenues par le guide du camping. Les petits pédés alentours font la moue. Affalé sur un banc, Dustan rêve d’un plan trip avec le guide du camping. Plus loin, Rémès me remercie pour «l’accueil sympathique». Poli. Moi, pas très intéressé.

Le téléphone de la chambre d’hôtel sonne à 10h: «Bonjour, cher ami, comment allez-vous?» La voix est agréable, je ne la reconnais pas tout de suite. Dustan non plus ne m’a pas reconnu, je lui passe le guide du camping qui dort à côté de moi. A 11h09, j’embarque avec le guide du camping dans un Intercity pour Genève. L’équipe du Rayon Gay est partie de son côté prendre le TGV de Paris. Dans ma boîte-aux-lettres, un exemplaire de «Nicolas Pages», le dernier opus de Dustan, avec une dédicace. Y’a une faute d’orthographe dans mon nom.

Guillaume Dustan: «Dans ma chambre», «Je sors ce soir», «Plus fort que moi» et «Nicolas Pages».
Eric Rémès: «Je bande donc je suis».
Nicolas Milon: traduction de «Peau» de Dorothy Alisson.

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