Photo © SMITH 2018

«Le coming out le plus cool de france»

Le comédien, humoriste et réalisateur français Océan a créé la surprise au mois de mai en faisant son coming out trans sur internet. Apaisé, pédagogique, son message vidéo dédramatise la transidentité. Une révolution serait-elle en marche?

17 mai 2018, Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Le jeune média LGBT français Komitid met en ligne sur son site une vidéo de l’humoriste français Océan. Connu jusqu’alors sous le pseudo d’Océanerosemarie, par le biais de son one-woman-show La lesbienne invisible et de sa comédie romantique lesbienne «Embrasse-moi!», Océan déclare, face caméra, sur un fond rose bonbon: «J’ai compris que j’étais épuisé d’être une femme parce que je n’étais pas en adéquation avec qui je me sentais intérieurement. J’ai donc pris la décision de changer de genre, de m’affirmer tel que je suis, un homme trans*.»

Ses cheveux ont blondi, raccourci, la peau de son visage s’est un peu épaissie, sa voix est devenue plus grave. «Je me suis donc allégé de ce «e» final d’Océane qui féminisait et qui était un fardeau pour moi», conclut-il comme pour lui-même, avant d’ajouter, à l’adresse du plus grand nombre: «Je vous demanderai donc à partir de maintenant de m’appeler Océan et de me genrer au masculin. Vous verrez on s’habitue très vite, et je ne vous en voudrai pas si vous vous trompez au début puisque moi-même, je me trompe parfois.»

Une goutte de plus
Son coming out est émouvant et pourtant sans pathos, pédagogique sans être donneur de leçons. «Il me semble qu’Océan a eu la bonne stratégie en mobilisant humour, pédagogie, distance et parfois dérision dans un coming out décomplexé», estime la chercheuse Karine Espineira, co-fondatrice de l’Observatoire des Transidentités. Le coming out d’Océan n’est pourtant qu’une goutte de plus dans l’océan de coming out en vidéo qui a envahi la toile ces dernières années. «Ce que tous ces coming out ont en commun, c’est de de faire passer le message de la façon la plus apaisée possible», observe Karine Espineira. «Les personnes ne s’excusent pas – ou plus – d’être trans*. Le phénomène de l’«expiation» comme on a pu le voir dans des témoignages télévisés ou dans la presse écrite disparaissent. Les plus jeunes n’ont pas honte de ce qu’ils et elles sont et ils et elles l’expriment très clairement.»

La vidéo d’Océan a été visionnée plusieurs dizaines de milliers de fois, partagée sur les réseaux sociaux et l’info a été largement relayée par les médias français. Le comédien a même accordé plusieurs interviews aux grands médias mainstream au sujet de sa transidentité. La presse féminine, en particulier, semble être tombée sous son charme: Cosmopolitan estime que son coming out «fait du bien» et que l’humoriste «délivre un message plein d’espoir pour la communauté trans*»; Elle renchérit en évoquant un «joli» coming out. Dans une interview confiée à ce dernier titre, Océan confie d’ailleurs qu’il a eu l’impression de vivre «le coming out le plus cool de France», au vu des nombreux «messages d’amour et de soutien» qu’il a reçu.

Vague d’enthousiasme
La vague d’enthousiasme qui a accompagné le coming out de l’humoriste, dans le sillage de l’adoption en 2016 d’une loi qui facilite le changement d’état civil pour les trans*, serait-elle le signe que la société française serait aujourd’hui moins transphobe ? Karine Espineira nuance: «Je ne pense pas que la société française soit moins transphobe dans les grandes lignes, je la trouve plus friande de trans* connu·e·s, à l’image de la vague transgenre dans les médias depuis 2014.» À l’instar de Caitlyn Jenner et de son coming ultra médiatisé – et dans son cas bien précis, ultra monétisé – en 2015, la célébrité et la popularité d’Océan ont joué en sa faveur vis-à-vis du grand public. Sa position sociale privilégiée le protège de la transphobie quotidienne – même si l’humoriste indique tout de même avoir également reçu «des messages vraiment agressifs ou haineux».

Dans tous les entretiens qu’il a donné dans les jours et les semaines qui ont suivi son coming out, Océan n’a d’ailleurs eu de cesse de rappeler que les personnes trans* continuent d’être victimes de nombreuses discriminations en France. Dans son grand entretien à Elle, il rappelait à juste titre que «beaucoup de personnes transgenres sont traitées de folles» quand elles ont le courage de faire leur coming out et qu’«on leur dit qu’elles doivent se faire soigner». Devenu malgré lui l’homme trans* le plus célèbre de France, Océan se voit désormais investi d’une mission d’ambassadeur dans les médias. Un phénomène que Karine Espineira a déjà observé à plusieurs reprises: «Les médias font rapidement des porte-paroles des personnes connues, célèbres ou people, alors que ces personnes n’ont parfois jamais milité de toute leur existence. Soudain, du jour au lendemain, elles deviennent les hérauts de la cause trans*. Ce qu’elles ne sont pas et ne souhaitent souvent pas être.» Mais peut-être n’est-ce justement pas le cas d’Océan? Avec son spectacle «La lesbienne invisible», qu’il a joué pendant quatre ans en sillonnant la France, il a largement contribué à lutter contre l’invisibilisation des lesbiennes. À quand un one-man-show sur les hommes trans* ? En attendant, l’humoriste a d’ores et déjà annoncé qu’il était en train de tourner un documentaire sur sa trans*ition.

À lire également