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La famille choisie, pilier des Noëls queer

La famille choisie, pilier des Noëls queer
Illustration: Madame Marilou
Rien de plus familial que les fêtes de Noël. Mais qui dit «famille» ne dit pas forcément liens du sang. Preuve en est le concept aussi queer que précieux de «famille choisie».

Chrétien·ne·x·s ou non, athée·x·s ou non, pour beaucoup d’entre nous, Noël est avant tout une fête durant laquelle on a coutume de passer des moments privilégiés avec nos proches. Reste que, pour beaucoup de personnes queer, la famille au sens de famille biologique (dite aussi d’origine) n’est ni un espace d’amour inconditionnel, ni un cadre où l’on peut être vraiment soi-même et se sentir compris·e·x.
 
C’est la raison pour laquelle nombreux·ses sont celleux qui passent le réveillon avec leur famille choisie, un concept résolument LGBTIQ+ que l’odeur du sapin mêlée à celle des biscuits de Noël nous a donné envie d’explorer.
 
Gabrielle Richard, sociologue spécialiste des questions de genre et autrice de Faire famille autrement, qui vient de sortir aux éditions Binge Audio, explique: «La famille choisie, c’est un groupe de relations unissant une personne donnée à différents individus. Ces relations ne sont pas biologiques contrairement à la notion de famille telle qu’on la conçoit habituellement. On dit qu’elle est « choisie » parce que fait l’objet d’une sélection très précautionneuse de la part des personnes concernées pour décider avec qui partager une intimité qui est d’ordinaire celle des familles biologiques. L’objectif est de créer un espace qui se veut familial en nature et où l’on s’apporte amour, bienveillance et soutien mutuel.»
 
Soutien, compréhension et bienveillance
Gabrielle Richard poursuit: «Nombre de personnes queer, quel que soit leur parcours, ne peuvent pas compter sur le soutien, les connaissances et la compréhension par défaut des membres de leur famille d’origine. Sauf exception, quand on est queer, il est rare que nos parents soient aussi queer. Cela veut dire que même si nos parents ont de bonnes intentions pour nous, que même s’ils ne sont pas homophobes ou transphobes, il y a une dimension de notre expérience de personne queer – marginalisation, nécessité de faire un coming out, etc. – qui leur échappe totalement.» Pour la sociologue, c’est précisément ce qui nous conduit à nous constituer une famille de cœur: «Dans le contexte global d’une société hétérosexiste, normée sur les plans du genre et de la sexualité, on se crée une famille choisie composée d’autres personnes queer pour éviter de toujours avoir à expliquer à partir d’où l’on parle. Toutes se comprennent par défaut et savent ce que cela signifie d’être une personne queer dans la société dans laquelle nous vivons.»
 
Léna, co-fondatrice de Vagin Pirate pour qui le concept de famille choisie revêt une place importante dans sa vie privée, témoigne de cette compréhension mutuelle et d’une dynamique qui rappelle celle de la famille d’origine – les contraintes en moins: «Les membres de la famille choisie sont celleux avec qui nous partageons notre quotidien, les moments joyeux comme tristes. C’est une famille qui vit, qui s’engueule, qui rigole. Tout n’est pas rose ou parfait mais on a décidé que les membres font partie de nos vies: on ne se les impose pas, on ne s’impose pas à elleux. Il y a quelque chose de vraiment beau là-dedans. C’est la chose la plus précieuse qui existe!» 
 
Uni·e·x·s par la vie et non par la biologie
Mais, puisque ce ne sont pas les liens du sang qui unissent les membres de ces familles et les créent par défaut, comment se constituent-elles? Gabrielle Richard décrypte ces regroupements protéiformes : «Il y a autant de conditions et de cas de figure que de familles choisies. Généralement, il s’agit de regroupements d’ami·e·x·s venu·e·x·s de différents milieux, qu’ils soient associatifs, militants, professionnels ou autres. Il peut s’agir aussi d’ami·e·x·s d’enfance dont on vient à connaître plus tard qu’iels sont queer aussi. Et, ce qui est également spécifique aux personnes queer, c’est qu’il y aussi parfois des ancien·ne·x·s partenaire·x·s qui peuvent devenir membres de la famille choisie, parce que l’on maintient avec elleux une grande proximité.»

Léna expose son exemple: «Ma famille choisie est assez tentaculaire! Elle se constitue de différents groupes qui gravitent autour de moi: des personnes lesbiennes avec qui j’échange quotidiennement via notre groupe WhatsApp, des gens queer très proches que je vois au minimum une fois par semaine, et mes besties d’enfance avec lesquelles je suis restée très soudée. Cette famille est large, évolutive et vivante.»
 
Enfin, retrouve t-on, au sein de la famille choisie, différentes générations comme au sein de la famille biologique? Assurément, répond Gabrielle Richard mais avec quelques différences: «Des gens de différentes générations font partie d’une même famille choisie mais, sauf exception, ces personnes ne sont pas perçues comme étant par exemple les grands-parents d’un enfant. Et lorsqu’il s’agit de nommer le lien entre les enfants d’un parent queer et les membres de la famille choisie, ce sont souvent des petits noms tels que «Tonton» ou «Tata» qui sont utilisés quel que soit l’âge des personnes. Ces noms empruntent au milieu familial mais ne font pas nécessairement référence à la génération.»
 
Noël en famille choisie
Venons-en aux modalités de célébration des fêtes de Noël. Pour celleux qui ont conservé un lien avec leur famille d’origine, celles-ci se déroulent souvent en deux temps comme l’explique Gabrielle Richard: «Il y a d’une part le repas avec la famille biologique, vu comme un passage obligé. Et d’autre part, comme pour compenser voire se récompenser, un repas ou un événement avec les membres de la famille queer. Durant ceux-ci, on peut raconter ce qui s’est passé et vider son sac.» Pour d’autres, comme Léna, le réveillon, c’est en famille choisie sinon rien: «Cela fait autrement plus de sens de passer Noël avec elleux que de passer des heures à table en compagnie d’un vieil oncle que l’on ne voit jamais et à qui on n’a rien à dire. Et puis, nous trouvons cela important d’ouvrir la maison où nous vivons à nos proches pour que tous·tes·x puissent trouver un espace safe ce soir-là plutôt que de considérer Noël comme une menace.» Au programme de Léna et de sa famille choisie pour le 24? Du tradi qui fait du bien avec: un bon repas, du champagne et des cadeaux.