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L’emo-sexualité fait son coming-out

27 nov. 2009

Photo: Etienne Delacrétaz

Ils sont jeunes, mélangent volontiers les codes du féminin et du masculin, et tablent volontiers sur un look dark et androgyne. Et vous, parlez-vous emo?

Ils sont sans cesse plus nombreux à peupler squares et halls de gare une fois la journée de cours terminée. Attendez-vous maintenant à les voir déferler dans les salles obscures d’ici quelques jours! Avec la sortie tant attendue du second volet de la série Twilight, les emos vont à nouveau faire parler d’eux. Devenu un véritable phénomène de société depuis l’apparition hyper-médiatique du groupe Tokyo Hotel (également un nouvel album!), le mouvement «emotional hardcore» n’a cessé de s’amplifier. Au point d’être devenu le style de référence pour les jeunes de 10 à 16 ans dont le look marquera probablement ce début de XXI e siècle. Mais bien plus que l’adoption d’un style vestimentaire particulier, être emo répond à une manière d’être. Souvent critiqués et attaqués pour leur androgynie et leur rapport ambigu à la sexualité, ils semblent vivre dans un monde qu’eux seuls comprennent, parfois difficile à percer Une fusion des genres Surchargés d’émotions (probablement dues à la période de transition adolescente qu’ils traversent), les emos sont parfois qualifiés de néo­romantiques. Une espèce de caricature baudelairienne aux cheveux gellifiés et aux yeux fardés, en quelque sorte. Pourtant, eux­mêmes ne sauraient définir précisément ce qu’ils sont, préférant considérer le mouvement comme «une fusion entre la culture manga, la musique hardcore, et le style gothique». Et de citer les mangas Bleach ou Naruto comme points de repères de leur génération, ou Marilyn Manson et Nation of Ulysses comme idoles sur la scène musicale. Le look physique et vestimentaire ne constitue dès lors qu’une liaison entre les genres. «Pour le maquillage filles et garçons, c’est crayon noir ou rouge sous les yeux, puis fard à paupière sous le crayon, genre My Chemical Romance. Pour les cheveux, coupe longue, une mèche devant les yeux et une couleur comme dans les mangas. Vans ou Converses pour les chaussures, et vêtements moulants! Après, être emo, c’est surtout une façon d’être, ce n’est pas le look qui compte le plus». Cependant, à l’évocation d’un éventuel emo en baggy, vous recevrez comme réponse un «faut pas rêver non plus»…

Une nouvelle forme de sexualité?
Cette tendance à l’androgynie (tant chez les filles que les garçons) est à l’origine d’une campagne de dénigrement homophobe anti­emo de plus en plus forte par le biais de blogs et de groupes Facebook, sans toutefois toucher ni révolter les principaux intéressés.«Ces gens se trompent. Nous ne sommes ni gays, ni lesbiennes, ni bi: nous sommes emosexuels». Emosexuels? «c’est­à­dire que nous sommes attirés uniquement par les emos, qu’ils soient filles ou garçons». Derrière ce nouveau genre de sexualité se cache un certain abolissement perçu et voulu du genre, inhérent à l’adoption du look androgyne. «Ni fille ni garçon: Emo!», me scande­t­on. C’est grâce à l’utilisation des technologies et médias modernes que ces jeunes adolescents font prévaloir cette nouvelle sexualité. Filmées au natel, les scènes «emokiss» montrant de long baisers langoureux entre filles ou garçons font fureur sur Myspace, Youtube ou encore Facebook. Les sex tapes amateur de type emo (entendez par là homo, hétéro ou bi) sont plus difficiles à trouver sur la toile, mais circulent tout de même au sein des groupes. Enfin, l’utilisation de la webcam via les messageries instantanées ou les sites de chat vidéo permettent une diffusion en live à des groupes restreints. En ce sens, rien d’anormal. Les emos ne font qu’utiliser les outils modernes leur permettant d’assouvir un désir de partage de leurs expériences sexuelles. Un phénomène qui semble de plus en plus commun aux jeunes d’aujourd’hui, comme le démontre le très sérieux documentaire «A l’école du X».Ce qui les démarque des autres, c’est cette tendance à gommer les notions de genre. «Ça m’est déjà arrivé d’avoir une expérience lesbienne devant une webcam. Ça m’est aussi arrivé de faire une fellation à un garçon pendant qu’il filmait avec son portable».

Entre pacte éternel et jeu d’ado
Les filles seraient les plus sensibles à cette emo­sexualisation des rapports. Le regard externe et les préjugés portés sur l’homosexualité masculine en seraient la principale raison, d’après certains emos. «C’est vrai que deux filles ensemble, ça passe mieux que deux mecs». Dès lors, nous pouvons nous demander à quel point l’anéantissement des genres relève d’un véritable engagement. La ligne semble facile à franchir entre l’appartenance réelle à un groupe (et à ses convictions) et le simple jeu d’adolescent. Carole, 28 ans, professeur de français d’un collège de la région lyonnaise, retrouve un peu de sa jeunesse dans ses élèves emos: «Aujourd’hui, nous sommes dans une période où tout est hyper-quelque chose. Les sentiments et les réactions des jeunes sont décuplés par rapport à mon époque. Quand j’étais au collège, et surtout au lycée, tout le monde essayait d’en faire plus que l’autre pour se démarquer. Et surtout les filles! Ne me demandez pas pourquoi, je serais incapable de répondre.

Quoiqu’il en soit, les emos reproduisent les schémas d’avant. Avec l’âge, on murit et onarrête tout ça». Julien va encore plus loin. Pour cet ancien blogueur emo de 18 ans, cette période consiste surtout en une «crise d’adolescence différente de celles de [leur] grand frère ou grande sœur. Une étape de la vie où l’on veut franchir les limites. Et vu que chaque génération fixe la limite encore plus haut, on en est arrivé à la génération emo». Les témoignages divergent. Vu de l’extérieur, «être émo» constitue un simple moyen de rébellion pour appréhender l’entrée dans l’âge adulte. Quant aux emos, ils affirment ne jamais vouloir se séparer de cette façon d’être et de ce sentiment de liberté. Quoiqu’il en soit, l’emosexualité comme nouveau type d’orientation sexuelle satisfera probablement les futurs chercheurs en études genre.

L’auteur tient à remercier les emos rencontrés pour la réalisation de cet article, pour leur ouverture et leur franchise, et dont les propos ont été ici reportés. L’Ecole du X, documentaire d’Ella Cerfontaine (2008, production Arte – Doc en Stock)

2 comments

faites vos recherches avant d’ecrire des trucs comme ca.
Le style emo ca n,a rien a voir avec tokio hotel et les manga. Fourfa.com vous trouverez des meilleurs info ici que sur les skyblogs.

Beaucoup d’amalgames dans cet article malheureusement. Avec tout de même un fond de vérité, mais qui ne rattrape pas les nombreuses erreurs.

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