Le Matin, journal homophobe ?

«Au diable la tolérance à tous crins, osons dire stop !», pouvait-on lire dans un article sur l’homoparentalité pour le moins choquant publié par Le Matin au lendemain des débats sur le partenariat enregistré fédéral. Un signe de plus qui montre que le journal orange fait de plus en plus son beurre en exacerbant les préjugés. Un lecteur de 360°, choqué par les inepties publiées, a contacté l’auteur de l’article. Celui-ci persiste et signe.

Selon Giovanni Sammali, auteur de l’article paru au lendemain des débats sur le partenariat, le fait que les enfants élevés par des gays ou des lesbiennes soient plus tolérants vis-à-vis de l’homosexualité n’est pas forcément un «effet anodin». Contacté par téléphone, il s’explique : «Cela interpelle. Cette incidence pose question dès lors que les études qui comparent les enfants élevés par des couples hétéros et homos, comme celle de Tasker et Golombok, s’abstiennent de commenter cette différence, alors même que leurs résultats l’établissent.» M. Sammali pense que certains homos militent pour qu’il y ait plus d’homos, notamment via la revendication du droit d’être parents : «Pouvoir s’afficher, trouver une vie équilibrée, c’est bien, mais vouloir grossir les rangs de la Gay Pride ne me paraît pas un argument relevant dans la question de l’homoparentalité». D’ailleurs, «les couples homosexuels ont plus d’enthousiasme et de convictions subjectives que de données tangibles à faire valoir […]», écrit-il dans Le Matin, de même que : «En érigeant leurs arguments en vérités absolues, les militants gays tombent dans un discours sectaire.» Reprocher au partenariat enregistré de promouvoir l’homosexualité est l’un des grands arguments de la droite chrétienne ultra-conservatrice, il faut le noter. «Ces homos qui veulent un enfant malgré leur choix, […]», écrit Giovanni Sammali. Qui confirme par téléphone : «L’homosexualité n’est pas imposée.» Vous pensez vraiment que c’est un choix, donc M. Sammali ? «Si on décide de former un couple homo, c’est un choix.» Très convaincant. «Quoi qu’il en soit, l’homosexualité est une situation qui à mes yeux ne donne pas le droit de décider qu’un être à venir ne vivra pas avec ses géniteurs. Comme pour les excès de la procréation assistée chez des mères sexagénaires ou le clonage, il faut se demander jusqu’où l’on peut aller», ajoute-t-il. Il faut dire que : «La Loi fondamentale (avec un grand L) de la vie humaine, c’est la rencontre entre un ovule et un spermatozoïde.» Un bel exemple de simplification à l’extrême du débat : main basse est faite sur la dimension sociale de la filiation, au-delà de la pure réalité biologique. Les couples – hétéros ou homos – qui ont adopté des enfants auraient donc enfreint cette «loi». Un argument qui ressemble à celui de Christian Fellrath, chef du Service des mineurs et des tutelles de Neuchâtel, cité par M. Sammali : «Les homosexuels revendiquent de vivre leur différence. Mais en ce qui concerne l’impossibilité biologique de procréer sans le recours à l’autre sexe, ils n’acceptent plus cette différence.» Cela se passe de commentaires… Au-delà du débat sur la dangerosité du contenu du Matin, qui exacerbe les préjugés et les peurs les plus divers, je pose la question suivante : comment réagir lorsqu’un journal lu par plus de 300’000 personnes publie des propos homophobes et qu’au lendemain du 10 décembre, il titre en une «Bravo Christoph» ? On a de quoi se dire que la droite ultra-conservatrice s’est trouvé un allié de force en Suisse romande.