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Les paroissiens mettent à la porte leur pasteur ultraconservateur

Arrivé en 2015 dans la petite paroisse protestante de Kirchleerau, David Mägli a été renvoyé à ses études, notamment en raison de sa proximité avec la droite islamophobe et antigay.

La démocratie en vigueur dans les communautés protestantes a de quoi faire des jaloux parmi les fidèles d’autres religions: tous les quatre ans, elles sont en mesure de révoquer leurs pasteurs. Ce droit, les habitants de Kirchleerau, paroisse rurale d’Argovie comptant 872 membres, l’ont exercé le 23 septembre dernier. A la surprise générale, par 143 voix contre 92, ils ont mis David Mägli à la porte de l’église du village, provoquant une crise au sein du conseil de paroisse.

C’est avec amertume que le jeune pasteur de 36 ans a célébré hier son dernier culte, avant de devoir quitter le presbytère avec sa femme et ses quatre enfants. «Beaucoup sont incrédules, certains choqués et tristes», a-t-il confié aux fidèles.

Son ultime sermon devant un public clairsemé a été à l’image de ses trois ans de ministère: très politisé, note l’«Aargauer Zeitung». Mägli a critiqué la récente décision du Parlement fédéral d’inclure l’orientation sexuelle à la norme pénale sur la discrimination, citant l’hypothèse d’une fleuriste qui pourrait être poursuivie si elle refusait de livrer un bouquet de mariage à un couple gay.

Croisade contre une Suisse «néo-païenne»
Selon le quotidien régional, les positions très conservatrices du pasteur, dont c’était la première affectation après ses études de théologie, ont braqué bon nombre de villageois. En guise de pied-de-nez à ses détracteurs, Mägli a d’ailleurs consacré sa dernière quête au think-tank ultraconservateur Futur CH, qui lutte contre la «progression de l’islam», la «dévalorisation du mariage et de la famille» et la soi-disant «idéologie du genre». La Suisse se transforme de plus en plus en «pays néo-païen», a estimé le pasteur, qui a loué le travail réalisé par Futur CH sur l’éducation sexuelle, notamment avec un manuel alternatif destiné aux ados de 12 ans.

A ce profil très idéologique s’ajoute un style personnel, qui a eu le don d’agacer les habitants de Kirchleerau. Certains avaient peu apprécié de recevoir un courrier qui les convoquait au temple pour assister au culte. Mägli avait aussi réintroduit l’école du dimanche, un enseignement perçu comme anachronique par certains parents. «Les enfants devaient tout apprendre par cœur. Je suis d’avis que les jeunes doivent aller à l’église avec joie, pas parce qu’ils y sont obligés», résumait une paroissienne citée par le «Zofinger Tagblatt».

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