Suisse

Menacée, l’association PVA sonne la mobilisation

Zac Guimaraes, Beatrice Ascensio et Rocco Senatore de l’assocation PVA

Le groupe qui soutient les personnes porteuses du VIH/sida à Genève fait l’objet d’une coupe budgétaire drastique. Mais ses animateurs ne déposent pas les armes.

«Pour les personnes qui viennent ici, PVA est une famille», lance Rocco Senatore, coordinateur de l’association. Une famille désormais menacée dans sa survie puisqu’une coupe budgétaire drastique pourrait sérieusement remettre en question sa pérennité. La nouvelle est tombée le 19 juin dans le cadre d’une séance annuelle avec le médecin cantonal. L’association a alors appris que le Département de la santé allait réduire de moitié sa subvention en 2016. Celle-ci passerait de 200’000 à 100’000 francs. Avec un budget total de 260’000 francs, c’est près de 40% de son financement qui serait amputé.

Les responsables de PVA accusent le coup. «Nous devons nous réorganiser en seulement six mois alors que nous sommes déjà à l’os ici sur le plan financier, souligne Rocco Senatore. En plus, nous n’avons pas reçu de préavis. Cette nouvelle a été une surprise totale. Lors de notre rendez-vous, nous devions simplement présenter notre bilan et montrer que nos objectifs étaient bien atteints comme le préconise notre contrat de prestation quadriennal.»

«Pourquoi s’attaquer aux plus faibles?»
Pour la députée socialiste Lydia Schneider Hausser cette coupe budgétaire n’est pas normale. Elle a donc déposé au début du mois de septembre une question urgente à l’attention du Conseil d’Etat, intitulée «Pourquoi s’attaquer aux plus faibles?» Une initiative saluée par l’association. «Nous avons trouvé la formule de la député très adéquate. Nous sommes la seule association touchée par ces mesures d’économie dans l’enveloppe VIH du Canton. Or, PVA est la plus petite et la plus modeste. Nous sommes une microstructure avec seulement deux employés à mi-temps (la secrétaire et le coordinateur).»

Rapidement alertées, les associations genevoises actives dans le domaine du VIH se sont mobilisées. Parmi elles, Dialogai qui a, entre autre, pour mission de lutter contre l’épidémie. «Toutes les associations concernées par le contrat de prestations VIH ont envoyé une lettre au Département de la santé, s’inquiétant de l’avenir de PVA, explique Mathilde Captyn, directrice de Dialogai. C’est une décision arbitraire et nous devons nous serrer les coudes.»

Face à cette montée aux barricades, le Département de la santé tempère. «Il y a certainement eu une maladresse de communication, explique Mauro Poggia, conseiller d’Etat en charge de la santé. Le service du médecin cantonal n’a pas la compétence de supprimer une subvention. Il ne pouvait qu’amorcer une discussion et non annoncer une décision.» En effet, c’est maintenant au Grand Conseil de Genève de trancher au mois de décembre. Pour l’association, le message n’était pourtant pas aussi clair. «Il y a eu un évident manque de clarté lors de notre rendez-vous, s’indigne Rocco Senatore. On nous a simplement dit que des mesures d’économie devaient être faites et que cette coupe visait le volet thérapeutique de notre travail. Mais supprimer les thérapies c’est inconcevable. Il s’agit d’un ancrage de survie pour certaines personnes.»

Thérapies nécessaires
Il suffit de pénétrer à l’intérieur des locaux de l’association pour prendre toute la mesure de l’importance des ateliers thérapeutiques. Partout sur les murs, des dizaines de tableaux peints par des membres témoignent du travail accompli par l’association. «Certains viennent tous les mardis aux ateliers de peinture depuis vingt ans, précise Béatrice Ascencio, la secrétaire. Nous offrons aussi des massages, de la réflexologie ou encore une aide psychologique mais aucun de ces soins n’est remboursés par l’assurance de base. En tout, cela représente environ 665 thérapies par année.»

Pour PVA, c’est donc clair: le seul mot d’ordre est la mobilisation. «Nous allons nous battre pour influencer la décision du Grand Conseil et une pétition a déjà été lancée, affirme le Président Zaqueu Guimaraes. Du côté du Département de la santé, des négociations sont en vue. «J’ai demandé au médecin cantonal de réunir tous les acteurs dans ce domaine afin de trouver rapidement une solution acceptable», assure Mauro Poggia.

23 ans auprès des personnes séropositives

L’association PVA a été fondée en 1992 par des porteurs du VIH/sida. elle comprend 150 membres. Depuis plus de 20 ans, elle se bat pour le suivi psycho-social de ses membres et mène des actions de lutte contre la discrimination et la défense des droits des personnes qui vivent avec le virus. elle est aussi la seule association à offrir un soutien aux proches.

» www.pvageneve.ch

Thèmes: Genève  Santé  VIH/Sida 

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