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Assurance-vie et VIH: un chemin semé d’embûches

Si les traitements augmentent l’espérance de vie des personnes séropositives, il leur est toujours difficile de contracter une assurance-vie. En cause: des conditions rédhibitoires, alors que des études montrent que le taux de mortalité approche de la norme.

Et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps. On aime bien entendre ce genre d’histoires. On rêve de pouvoir fonder sa propre entreprise, prendre un crédit ou souscrire une hypothèque pour acheter une maison avec une cheminée lors des longues soirées d’hiver. Sauf que pour accéder à ces différentes perspectives d’avenir, certaines banques demandent un contrat d’assurance-vie pour octroyer la clé vers un projet que l’on veut voir se construire.

C’est là que les ennuis commencent. Si pour une personne en bonne santé, sportive, non fumeuse, et ainsi de suite, contracter une assurance-vie ne pose pas de problème a priori, l’affaire est tout autre pour les séropositifs. Les assureurs demandent de montrer patte blanche, et lorsqu’on est atteint du VIH, autant dire que c’est mal parti.

Réalisable, mais sous conditions

Nous avons contacté quelques assureurs (les compagnies citées ici le sont dans le but de donner un panorama de la situation, mais elles ne sont pas forcément les seules à offrir ces prestations, ndlr.). Depuis quelques années maintenant, elles la possibilité aux personnes séropositives de contracter une assurance-vie: «La disponibilité des médicaments pour soigner le VIH a considérablement augmenté le pronostic, et donc l’assurabilité. Mais certains effets secondaires peuvent mettre la vie en danger. Les conditions d’acceptation sont définies avec les médecins-conseillers de la compagnie, et souvent elle est possible mais avec une surprime», explique le porte-parole d’Helvetia, Hansjörg Ryser. Même dispositif pour la Zürich Assurances, qui acceptent la souscription sous certaines conditions.

«L’acceptation est souvent possible, mais avec une surprime.»

Des conditions au cas par cas et selon l’état de santé de la personne permettent de dire si oui ou non un contrat peut être signé. Aucun chiffre n’a été donné par les compagnies quant au nombre d’assurés… De son côté, l’Aide Suisse contre le Sida (ASS) estime qu’il est très difficile d’obtenir une assurance-vie pour une personne séropositive, nous a confié Caroline Suter, conseillère juridique de l’organisme.

En 2010, l’ASS a soumis une demande d’assurance-vie pour un client atteint du VIH auprès de différentes sociétés. Niet catégorique, alors qu’il présentait un état de santé correct: traitement suivi dès la primo infection, ne fumait pas, virémie indécelable et taux d’immunité optimal. Leurs conseillers juridiques, présents dans toute la Suisse par ailleurs, ont fait recours avec le soutien du réassureur Swiss Re. L’affaire a eu une fin presque positive: un contrat a été soumis, mais les surprimes ont eu un effet dissuasif.

50% des séropositifs pourraient être assurés

Swiss Re, justement, est une compagnie de ré-assurance qui travaille avec les assureurs pour leur fournir des données académiques pour que les personnes séropositives soient assurables. En 2013 notamment, une étude publiée dans la revue médicale AIDS (Insurability of HIV-positive people treated with antiretroviral therapy in Europe) a démontré que 50% des personnes infectées par le VIH pouvaient être assurées, et ceci pendant 20 ans et sans surprimes. Une analyse que confirme le conseiller médical de Swiss Re. Le réassureur participe d’ailleurs à des forums avec des patients atteints du VIH pour promouvoir la possibilité d’être assuré. Aussi, cette compagnie organise des réunions avec des compagnies d’assurances dans toutes l’Europe pour démontrer l’assurabilité des séropositifs.

Avec les traitements, l’influence du VIH sur l’espérance de vie est similaire à celle qu’exerce le tabac.

«La communauté scientifique s’accorde à dire que l’espérance de vie d’une personne séropositive est très proche de la moyenne de la population non infectée», relate Sylvain de Lucia, médecin interne à l’unité VIH des HUG. «Au vu de la forte augmentation de l’espérance de vie des séropositifs sous traitement, il est inadéquat pour un assureur de refuser un contrat à ces personnes alors qu’elles le font pour des fumeurs.» Et l’étude de 2013 montre que l’influence du VIH sur l’espérance de vie est similaire à celle qu’exerce le tabac.

Cette augmentation de l’espérance de vie est due notamment à l’amélioration de la trithérapie. Mais pour avoir de bons résultats, il faut se faire dépister à temps, et surtout bien suivre le traitement (voir encadré). Ainsi, par exemple, «il se peut qu’un diabétique ne bénéficiant pas d’un traitement adéquat ne se voit pas proposer d’offre d’assurance, alors qu’un client séropositif sous traitement optimal pourra souscrire une assurance», explique le porte-parole d’Helvetia. Mêmes conditions pour l’assureur Swiss Life.

Nécessité d’un meilleur cadre législatif

Conditions spécifiques voire très strictes, les séropositifs ont du mal à souscrire une assurance-vie. «Certains assureurs ont un train de retard sur l’état des connaissances actuelles, avance Sylvain de Lucia. Le problème vient notamment du fait que les données sur l’espérance de vie sont pour la plupart basées sur des modèles mathématiques. C’est seulement dans 20 ou 30 ans que nous saurons avec un haut degré de précision l’espérance de vie moyenne d’un patient séropositif.»

En attendant, que faire? Le problème principal quant à ces possibles refus est que les assurances complémentaires et assurances vie, donc non obligatoires, sont soumises à la loi sur le contrat d’assurance (LCA). Il n’y a donc aucune obligation de fournir ces prestations.

Certains assureurs ont un train de retard sur l’état des connaissances actuelles.

Pour Deborah Glejser, porte-parole du Groupe sida Genève, il s’agit de faire bouger les choses à un niveau politique. En France par exemple, il existe la convention AERAS, qui permet aux personnes séropositives, entre autres, d’obtenir une assurance-vie avec moins de contraintes. Une solution envisageable plutôt que de rester encore dans des déboires administratifs et médicaux pour enfin pouvoir monter son entreprise, acheter une maison, et assurer une qualité de vie financière à ses proches.

Trois questions au professeur Alexandra Calmy, responsable des consultations VIH/Sida aux HUG

– Pourquoi l’espérance de vie des séropositifs a augmenté?
– Il a tout d’abord l’amélioration des traitements depuis quelques années déjà. Les médicaments sont plus efficaces, avec moins d’effets secondaires. Aussi, la prise de médicament est plus facile, moins contraignante qu’auparavant. Les patients suivent mieux le traitement, l’amélioration est donc plus facile.
– Cela ne dépend-il que des médicaments?
– Non, pas uniquement. Pour espérer une augmentation de l’espérance de vie, il faut se faire dépister à temps. Plus le dépistage est précoce, plus il y a de chance que le traitement soit un succès. De même, il faut que le patient suive sa thérapie de manière stricte. S’il ne le fait pas, il y a plus de risque que le virus mute.
– S’il y a si peu d’assurés, est-ce seulement dû aux conditions des assurances?
– Pas nécessairement. Bien sûr, les compagnies d’assurances ont leurs règles et leurs conditions pour savoir si oui ou non ils décident d’octroyer une assurance-vie à une personne séropositive. Toutefois, je pense aussi que cela vient des patients. En effet, apprendre que l’on est séropositif est un moment très dur. A mon avis, beaucoup pensent que ce n’est pas possible pour eux de contracter une assurance vie au vu de leur situation, et peut-être que beaucoup s’interdisent de le demander. Ils ne devraient pas, ils doivent essayer.

One thought on “Assurance-vie et VIH: un chemin semé d’embûches

  1. Un article très intéressant et positif. La possibilité de souscrire une assurance-vie devrait être accordée à chacun, sans discrimination, quel que soit son état de santé. Pallier au manque de connaissances des assureurs en matière d’espérance de vie des personnes séropositives est une des pistes déterminantes à explorer, au même titre que d’informer ces personnes sur leur possibilité d’obtenir un contrat d’assurance-vie, en leur faisant prendre conscience de leurs éventuels freins psychologiques.

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