Suisse

Genève, le casse-pipe des bars gay

Depuis 2005, les lieux homos tombent comme des mouches, souvent peu après leur ouverture. Petite typologie d’une série noire qui n’en finit plus.

A Genève, il y a certaines choses qui disparaissent aussi vite que les logements vacants: les lieux gays! Selon nos petits calculs, depuis 2005 ce ne sont pas moins de treize établissements à vocation homosexuelle qui ont vu le jour et disparu peu de temps après, dans l’indifférence quasi générale (sauf celle des investisseurs). Le dernier en date, le Boys Club aura redonné vie tout juste deux mois aux locaux de l’ancienne Garçonnière (celle des années 1970-1980). Pour la plupart, ces rendez-vous répondaient à certains critères qui n’ont semble-t-il pas fait mouche, et cela serait un peu facile de mettre ça une fois encore sur dos de Calvin.

Pas de village mais…
Si la ville du bout du Léman ne jouit pas d’un quartier homosexuel, s’aventurer au-delà du secteur de la gare et des Pâquis semble un pari dangereux. Ceux qui s’y sont essayé y ont presque tous laissé leur mise. Le Vogue, ambitieux bistrot multimédia proche de l’université a fait un flop. Idem pour Le Tube qui a tenté un bref retour à son glorieux passé gay après une improbable reconversion en karaoké asiatique. A Plainpalais, seul le Déclic, vénérable institution ouverte en 1988, fait exception. Un petit lieu qui résiste tel le village d’Astérix et dont la recette plaît toujours à une clientèle fidèle.

Mais s’implanter dans le périmètre de Cornavin ne garantit rien, surtout compte tenu des loyers affolants dans le secteur. On se souvient notamment – ou pas – du Vogue by night sis place Saint-Gervais. La formule risquée de la crêperie qui se transformait le soir en bar homo n’a pas su séduire. Rideau. Juste en face, pas de galettes bretonnes, mais la Vie en rose proposait des sandwiches. Sans plus de succès. A croire que les gays préfèrent boire que manger. Au rayon des établissements portés disparus ont retrouve également de minuscules lieux isolés, dont l’ovni Silver, bistrot de quartier reconverti par un couple gay intrépide du côté de la Servette.

Money Money
Un certain opportunisme caractérise également certains des ces endroits. Attirés par le mythe des DINKS (double income, no kids – double revenu, pas d’enfants) certains se sont dits que la pauvreté en établissement LGBTIQ de Genève allait rentabiliser à coup sûr les annexes de boîtes (hétéros) existantes. Erreur! Au revoir le Backstage Behind, et ses 20m2 d’arrière-salle du Backstage à la rue Chaponnière; l’Inédit, appendice du White and Silver à Rive, ou encore le pâquisard Little Maybe, très discret prolongement du Maybe, disparu corps et âmes lui aussi.

Un lieu pourtant a su tirer son épingle du jeu, jusque récemment. Le Boudoir de la Baronne. A l’origine, il s’agissait d’un club de striptease réservé aux femmes, qui s’est mué ensuite, faute de clientèle, en boite gay. Score honorable avec 5 ans de survie bien qu’à la fin sous perfusion d’une clientèle hétéro.

Heureusement, le tableau n’est pas si sombre. L’ancienneté paie en matière de lieux gay comme nous le prouve la Concorde. De plus, le Nathan est toujours vivant, le Phare aussi. Une jolie programmation musicale et des prix attractifs font aussi le bonheur des gays – pas encore assez nombreux – qui fréquentent le K-36. Un établissement qui tout comme l’Aiglon, Livresse et La Bretelle répond peut-être a une nouvelle réalité de la communauté homosexuelle: le rejet d’un certain type de ghettoïsation et un désir de mixité. On pourrait presque se risquer à y voir un signe que les mentalités changent.

Thèmes: Genève  Scène LGBT 

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Il faudrait simplement penser que le marché gay à Genève n’est pas extensible à l’infini donc l’écrémage se fait naturellement. J’ai travaillé au Concorde comme on disait dans les années 70-80 et la diversité de la clientèle permettait de vivre la journée c’était le tout venant et le soir dès l’apéritif la clientèle gay et autre. Certains soir en semaine surtout c’était vide mais l’offre de bar était beaucoup moins importante que maintenant et moins spécifique.

C’est bien dommage pour Genève car normalement dans le monde entier se sont des lieux très festif.De toute manière à Genève rien n’est fait pour animer les bars.On met 2 chaises un barman et circuler il y a rien à voir.Dans les autres villes ont fait un effort pour animer le lieu et donner envie aux gens de revenir.La mentalité des tenanciers genevois ‘n’est pas propice à l’amusement.C’est l’enfer et ennuyeux!!!Celui qui sera s’investir dans son bar facile d’accès(pas au cul du monde),trouver la perle rare pour barman et créer une bonne ambiance(bar et danse dans un même lieu et 7/7) réussira car actuellement c’est le désert total.

On peut tous se mélanger mais un jour les gens auront de nouveau envie de se retrouver entre eux.Pas dans le but de faire de la discrimination et de s’enfermer mais pour cette ambiance gay qui est unique,facile de contact et très festive. Genève doit vraiment garder certains lieux 100% gay afin de ne pas être déconnectée de la scène gay mondiale.Il en va de la possibilité de faire aisément son coming out,d’une certaine culture familiale à préserver,de la diversité des lieux et du tourisme en général.

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