Alors Raël, y a-t-il des gays chez les Elohims?

De passage en Suisse, Raël a bien voulu accorder à 360° une longue interview pour expliquer son positionnement à l’égard des homosexuels. Non sans prendre quelques précautions d’usage.

«Vous aurez rendez-vous à l’hôtel des Alpes à Savigny avec un membre de la sécurité.» Voilà ce que l’attachée de presse des raëliens suisses nous avait fixé comme instruction pour avoir la chance de rencontrer Sa Sainteté Raël, fortuitement de passage en Suisse au moment de notre enquête.

Le jour J, à l’heure H, la rencontre du 3e type allait-elle vraiment se produire, là, au milieu du Gros de Vaud? C’est ce que nous nous demandions au moment où notre contact pousse la porte du bistrot de l’Hôtel des Alpes, quasiment désert. Vingt-deux ans qu’il appartient au mouvement raëlien, qui compte une trentaine d’adeptes en Suisse romande, nous explique-t-il. Une fidélité aux Elohims qui lui a valu un divorce et la perte de son boulot, mais sans regret. Et de s’excuser: «Avant de vous conduire à Raël, je vais devoir vous fouiller. Question de sécurité. Vous comprenez, Raël reçoit des menaces de mort. Des fois que vous auriez une kalachnikov au fond de votre sac…».

Dans le brouillard, nous suivons donc en voiture l’adepte préposé à la sécurité. Où nous emmène-t-il? Au fin fond des bois? Après un parcours labyrinthique à travers des champs de bicoques, nous voici dans une simple villa. Il y a là un véritable comité d’accueil: Madame Raël – une jeune québécoise –, l’attachée de presse, le chef des raëliens romands et au centre du salon, Sa Sainteté trône dans son costume blanc satiné au milieu d’un auditoire d’adeptes attentifs. L’interview peut commencer, l’attachée de presse note toutes nos questions, un appareil photo crépite. On nous photographie durant toute la durée de l’entretien.

– Comment doit-on vous appeler?
– Simplement Raël.

– Dans les documents protocolaires que votre mouvement nous a fait parvenir en vue de cette interview, on a lu qu’on devait vous appeler Votre Sainteté Raël…
– Non, mais ça c’est juste pour les gens qui sont désagréables!

– Depuis quelque temps, les raëliens sont très prompts à dénoncer des actes homophobes par le biais de nombreux communiqués. Pour quelle raison le mouvement raëlien se positionne-t-il sur ce terrain?
– La défense des homosexuels est devenue une mode, mais en ce qui nous concerne, cela a toujours fait partie de notre philosophie de défendre la diversité sur tous les plans. Qu’elle soit sexuelle, raciale, culturelle… L’un des fondements de notre philosophie consiste à dire que plus une société est constituée de gens différents et plus elle est riche. J’ajouterais que le fait que nous soyons viscéralement anticonformistes nous procure un grand plaisir à défendre les causes qui dérangent les conservateurs. Si l’homosexualité n’était pas attaquée ou discriminée, on ne s’en occuperait peut-être pas. Ce qui focalise notre attention, c’est cette discrimination.

– Vous avez récemment réagi à propos de discriminations pratiquées contre les gays au Nigeria. En quoi cette cause particulière vous préoccupe-t-elle?
– Vous savez, on réagit partout où l’homophobie se manifeste, en Afrique, partout… Mais nous faisons plus encore. Par exemple, j’ai lancé une campagne aux Etats-Unis pour que San Francisco devienne un Etat indépendant et homosexuel. Ce serait une sorte d’Israël de l’homosexualité mondiale…

«J’aime les idées qui dérangent, c’est ma fonction de prophète de déranger»

– Ah bon, c’est ce que vous voulez!?
– Oui, moi j’aime les idées qui dérangent, c’est ma fonction de prophète de déranger. Sinon, un faux prophète est quelqu’un qui ne dérange personne.

– Vous diffusez des communiqués, très bien, mais qu’est-ce que vous faites concrètement pour soutenir les homosexuels?
– Prendre position publiquement par des communiqués, c’est déjà énorme! Nous nous affichons comme la seule religion qui prend la défense des homosexuels. A cet égard, nous nous positionnons à l’extrême opposé de l’Eglise catholique.

– Justement, à ce propos, vous donnez surtout l’impression de chercher à occuper un marché. Là où l’Eglise catholique dérape, vous vous positionnez…
– On ne peut pas nous le reprocher! Il se trouve que l’on a un ennemi commun, c’est tout.

– Les homosexuels ne sont-ils pas un prétexte pour vous faire entendre?
– Non absolument pas. Si le pape n’existait pas et si sa philosophie dominante et dominatrice n’existait pas, il est probable que l’homosexualité serait très normale, acceptée, et nous n’aurions pas besoin de réagir.

– Concrètement, qu’est-ce que les raëliens font pour soutenir les homosexuels suisses?
(Il se tourne vers le représentant des raëliens de Suisse) – Est-ce qu’il y a des marches, des choses comme cela en Suisse?
(Le représentant: «Oui, nous étions à Sion récemment. Nous étions à la gay pride de Zurich également.»)

Mix & Remix
Mix & Remix
– Nous avons constaté qu’il existe une Association raëlienne des minorités sexuelles. Quel est son but?
– Ce sont des raëliens homosexuels qui ont créé cette association pour faire entendre leur voix. Car nous avons été victimes de discrimination dans quelques marches gays au Canada. Celles-ci ont refusé que nous participions et ont décidé d’interdire tous les mouvements qui ne sont pas directement liés à l’homosexualité. C’était inacceptable. Alors nous avons créé cette association homosexuelle de raëliens de façon à ce qu’on ne puisse plus nous exclure.

– Sur votre site consacré à l’homophobie, on peut lire que vous attribuez à des facteurs génétiques les raisons explicatives de l’homosexualité. Quelle est votre vision exactement?
– L’homosexualité n’est pas une maladie contagieuse comme le prétend le pape, ce n’est pas un vice, c’est bel et bien génétique. Cela a été confirmé par des recherches que beaucoup de gens veulent garder secrètes. C’est prouvé.

– Mais cette théorie conduit à l’idée que l’on peut guérir de l’homosexualité par des manipulations génétiques. C’est dangereux!
– Peut-être mais c’est valable pour tout le monde. On naît femme, on naît homme, et on pourrait aussi imaginer transformer une femme en homme et vice versa. On peut tout changer. Alors oui, il y a un risque que l’on veuille transformer quelqu’un à sa convenance, mais ça je n’y peux rien. La société doit accepter l’homosexualité comme une différence génétique. Cette réalité est tout de même intégrante car elle s’oppose à l’idée que l’homosexualité est un facteur contaminant.

– Reste que cette théorie génétique est très contestée dans les milieux scientifiques…
– C’est pourtant une réalité. L’enseignement que je donne vient des Elohims. Ce sont les êtres qui nous ont créés et ils savent comment on fonctionne. Et bien les Elohims m’ont confirmé l’origine génétique de l’homosexualité, ils me disent que c’est un fait.

Cathy Macherel et Ian Clavel

«je dois vous le dire: je suis fanatiquement hétérosexuel»

– Cela veut-il dire qu’il y a des homosexuels chez les Elohims?
– C’est une question intéressante! Je n’ai pas de réponse à cela, mais très certainement.

– Vous prônez l’amour libre et expérimental. Déjà expérimenté les plaisirs homosexuels?
– Non, je dois vous le dire: je suis fanatiquement hétérosexuel. Un jour, un vieil acteur m’a embrassé sur la bouche alors que j’étais un adolescent. Et bien je me suis lavé la bouche pendant une demi-heure!

– Quelle est votre position vis-à-vis du mariage gay?
– Là, c’est une position en deux étapes, si je puis dire. Aussi longtemps que le mariage hétérosexuel est accepté, il faut les mêmes droits. Mais nous sommes contre le mariage hétérosexuel. Le mieux est de renoncer au mariage traditionnel, car c’est un contrat hypocrite, un échec total.

– Il y a quelques années, vous avez investi dans la société Clonaid…
– Non, je précise que j’ai initié le projet. J’ai juste lancé l’idée sur un site Internet pour dire qu’il faut qu’on fasse du clonage. Et ensuite est arrivée Brigitte Boisselier, évêque raëlienne, qui a effectivement lancé un programme de clonage. Mais sa société, j’insiste, n’a aucun lien avec le mouvement raëlien.

– Tout de même, lorsqu’on a annoncé la naissance du premier bébé cloné, vous étiez aux côtés de Brigitte Boisselier.
– Oui, on m’a donné la parole, j’étais ravi, mais je n’étais pas à la conférence de presse à Miami lorsque Clonaid a annoncé le premier bébé cloné. Je ne sais pas où se trouvent les laboratoires, je ne connais pas les scientifiques, je ne sais rien. L’idée, bien sûr, m’intéresse, mais vous savez, le clonage, c’est déjà dépassé, on est déjà beaucoup plus loin.

– C’est-à-dire?
– Ce qui m’intéresse, ce sont de nouveaux projets. J’ai demandé à Brigitte Boisselier de les développer. Il s’agit d’abord du projet Stemaid. Nous allons ouvrir des centres de rajeunissement à partir de cellules souches, à Crans-Montana notamment. Les cellules souches, c’est controversé, et en plus s’en servir pour rajeunir, cela va être encore plus controversé. C’est politiquement incorrect, donc ça m’intéresse. Le deuxième projet, c’est le ventre artificiel, qui permet de se passer d’une mère porteuse. Il s’agit de permettre à un bébé de se développer dans une machine.

– Et… c’est avancé comme projet?
– Oui, nous avons fait quelques essais, mais ce n’est pas encore abouti. Nous allons lancer un laboratoire de recherche pour l’elohimisation de la planète. C’est beaucoup plus controversé et choquant que l’enfant cloné: il s’agit de créer un être humain 100% synthétique. Le processus consiste à synthétiser les composantes génétiques à partir de produits chimiques inertes.

– Votre but, c’est d’atteindre la vie éternelle?
– Oui, si la science permet d’atteindre la vie éternelle, que ce soit en stoppant le vieillissement ou par le clonage, je suis preneur, bien sûr. Mais il s’agit de mettre en place tout un processus. Le clonage humain tel qu’il se pratique aujourd’hui n’est qu’un premier niveau. A terme – et c’est le stade qui m’intéresse le plus –, on pourra procéder au transfert de la mémoire et de la personnalité dans un clone. Vous êtes malade, vous êtes vieux, vous savez que vous allez mourir; alors vous vous clonez, vous faites une copie hardware de ce que vous êtes. Et dans cet être qui vous ressemble, vous downloadez toutes les informations qui sont dans votre cerveau. Vous vous réveillez ainsi dans un corps tout neuf. La permanence de la conscience, voilà ce qui m’intéresse! Vous vivez ainsi éternellement à travers plusieurs corps.

– Donc, concrètement, Raël est en train de mettre au point toutes ces machines?
– Ce n’est pas le mouvement raëlien qui dirige ce programme. Ce sont d’autres sociétés qui mettent tout cela en pratique. Le mouvement raëlien se concentre sur les aspects philosophiques, il lance des idées…

– Est-ce que vous avez peur de vous attirer de nouveaux ennuis? L’affaire du clonage a déjà amené pas mal de problèmes judiciaires au mouvement raëlien…
– Mais pas du tout! Il y a certes eu des pressions aux Etats-Unis qui ont fait que Brigitte Boisselier a dû fermer son premier laboratoire sur sol américain, puis une plainte a été déposée, mais elle est restée sans suite. Ce qui est vrai, c’est que les gouvernements prennent des mesures insensées contre le clonage. Tenez, la France a voté l’été dernier une loi qui interdit de faire de la propagande pour le clonage. En tant que citoyen français, même si je m’exprime à l’étranger sur ce sujet, je peux être poursuivi!

– Des rumeurs prétendent que vous voulez vous installer en Suisse.
– Pour l’instant, je passe juste un mois, deux mois par an en Suisse. J’aime beaucoup la Suisse, je n’exclus pas la possibilité de m’installer ici en effet, même si je l’ai récemment démenti dans un journal romand.

– Vous possédez des sociétés en Suisse?
– Le siège du mouvement raëlien international est en Suisse, c’est tout. Mais c’est juste une boîte postale.

– Pour des raisons fiscales peut-être…
– Non, non, pas du tout. La Suisse est un pays neutre, c’est central, voilà pourquoi nous sommes ici. Vous savez, votre pays n’est plus un paradis fiscal, d’ailleurs notre argent est placé ailleurs. Toutes les banques suisses nous ont éjectés, par pure discrimination.

– Comment financez-vous toutes vos activités?
– Encore une fois, les laboratoires n’appartiennent pas au mouvement raëlien, ce sont des sociétés privées qui investissent dans ces projets. Ce que je peux vous dire c’est que le mouvement raëlien se finance d’abord avec beaucoup d’amour. Les membres sont appelés à verser, s’ils le souhaitent, 10% de leur salaire s’ils sont actifs, 3% s’ils sont au chômage. Et rien s’ils habitent dans des régions défavorisées. Les Africains ne versent rien.

– Vous menez votre mouvement comme une entreprise qui maîtrise le marketing.
– Je pense que dans la formation que les Elohims m’ont donné à mon insu, j’ai été guidé pour accomplir certaines choses. J’ai été journaliste, cela m’a aidé à développer un certain sens de l’information. La communication devient la chose la plus importante de nos jours.

– Dernière question: vous êtes slip ou caleçon?
– Je suis plutôt «slip de grand-père», le genre «kangourou bien confortable» qui ne diminue pas la libido.

Un entretien sous surveillance

Interviewer Claude Vorilhon? Ce n’est pas une mince affaire. Voici un extrait
de la convention que les raëliens font signer aux journalistes, passage obligé avant toute demande d’entretien:

«Compte tenu que Sa Sainteté Raël ne souhaite réaliser des entrevues qu’avec des journalistes de bonne foi;
Compte tenu que les journalistes de bonne foi ne craignent pas de s’engager à faire des entrevues sur une base qui suppose la bonne foi;
Compte tenu des règles déontologiques qui doivent orienter le travail des journalistes;

  • Le/la journaliste s’engage à fournir une semaine avant l’entrevue, au représentant de Sa Sainteté RAËL, la liste des questions qu’il souhaite lui poser lors de l’entrevue;
  • Sa Sainteté RAËL se réserve le droit de quitter le plateau, si le/la journaliste ne s’en tient pas à l’une ou l’autre des questions prévues dans la liste fournie à l’avance; (…)
  • Aucune attitude arrogante, irrespectueuse, et désobligeante de la part de quiconque ne sera tolérée avant, pendant et après l’entrevue;
  • Le/la journaliste veillera à ce que l’équipe médiatique qui l’entourera accepte de se conformer aux normes de sécurité de l’équipe de sécurité de Sa Sainteté RAËL, en commençant par toutes les vérifications d’usage à l’arrivée (bagages, caisse du matériel, etc.), dont, en outre, la présence d’un membre de la sécurité juste à côté de la ou des caméras. (…)»

C.M. et I.C.

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