Monde Jakarta

L’affaire du «pire violeur de l’histoire» ravive l’homophobie en Indonésie

28 janvier 2020

Reynhard Sinaga. Photo DR

Les défenseurs des droits de l’homme s’inquiètent de l’impact d’un récent fait divers hors-normes en Angleterre sur la vie des LGBT dans l’archipel de 260 millions d’habitants.

Le 6 janvier dernier, à Manchester (GB), Reynhard Sinaga écopait de la prison à vie. Cet étudiant postgrade avait été reconnu coupable d’une incroyable série de viols: au moins 159 jeunes hommes, abordés en état d’ivresse alors qu’ils sortaient de nightclubs, puis drogués à leur insu et abusés dans le studio du trentenaire.

Si le retentissement du procès du «pire criminel sexuel de l’histoire du Royaume-Uni», a été mondial, il a été particulièrement fort dans le pays dont Sinaga est ressortissant, l’Indonésie. Au point d’avoir des implications pour la communauté gay locale. Dans sa ville d’origine, Depok, près de Jakarta, le maire Mohammad Idris a annoncé des raids visant la communauté LGBT et l’ouverture de «centres de réhabilitation» pour cette population. On ignore si ces annonces se sont concrétisées.

Politiques discriminantes
Le climat a été dénoncé par la Commission nationale indonésienne des droits de l’homme. «Des dirigeants régionaux et des maires ont mis en place des politiques de discrimination à l’égard des groupes LGBT. Ils portent atteinte à leurs droits au nom des valeurs familiales», a expliqué Beka Ulung Hapsara, responsable de la Commission, à Al-Jazeera. Il a regretté l’«obsession» de l’homosexualité ravivée par l’affaire Sinaga, qui selon lui détourne l’attention du vrai problème soulevé par le cas: les viols.

L’homosexualité n’est pas illégale en Indonésie, mais les LGBT de cet immense archipel à majorité musulmane y vivent sous la menace croissante d’une criminalisation souhaitée par une partie de la classe politique. À l’heure actuelle seule la province d’Aceh, où la Sharia est en vigueur depuis 1999, punit l’homosexualité entre adultes consentants. Ceux-ci encourent une peine de flagellation.

Harcèlement
De nombreuses ONG dont Human Rights Watch s’inquiètent d’une hausse des attaques et des cas de harcèlement visant la communauté LGBT indonésienne, notamment des descentes de police arbitraires contre des lieux publics et des domiciles, parfois avec le soutien de militants islamistes. Cela complique notamment la lutte contre le VIH auprès de la population gay, où le nombre d’infections a été multiplié par cinq depuis 2007.

Cette situation se ressent jusqu’au paradis touristique de Bali. Peu après que l’affaire Sinaga a éclaté, une guesthouse gay a été fermée et trois autres établissements de Seminyak inspectés par la police. L’administration locale les suspecte de contrevenir aux «normes sociales et religieuses». L’activiste Arya constate que la vie LGBT, plutôt discrète dans l’île à majorité hindoue, devient de plus en plus précaire. «À Bali, on n’a jamais eu de problèmes avant, mais on voit des campagnes hostiles se multiplier sur les médias sociaux. On ne sait pas qui est derrière, mais ils utilisent en général la religion pour justifier leur haine.»

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